Shalom Beniakar attaqué à Londres : « Ils m’ont demandé si j’étais juif. Ils m’ont frappé et ont tenté de me déshabiller »

Il était 2h du matin. Shalom Beniakar, 22 ans, est sorti de son appartement pour passer un coup de téléphone. Il parlait hébreu. C’est tout ce qu’il a fallu pour déclencher ce qui a suivi. Un groupe de cinq à six individus en sweats noirs a foncé vers lui. L’un d’eux lui a demandé, avec un fort accent arabe, s’il était juif. Puis les coups ont commencé. Pendant cinq à six minutes, le jeune homme a été frappé, traîné, ses agresseurs tentant de lui arracher son pantalon. Les voisins juifs d’en face, alertés par le bruit, sont sortis et ont appelé la police.

Shalom Beniakar a raconté cette nuit-là dans un entretien accordé au studio de Ynet. Son témoignage a la dureté des faits bruts. Ce qui frappe d’emblée, c’est le lieu : le quartier de Golders Green, à Londres. L’un des quartiers les plus densément juifs de la capitale britannique. Un endroit où les kippot sont monnaie courante, où les enseignes hébraïques se mêlent aux vitrines anglaises, où des générations de Juifs se sont installées précisément parce qu’elles s’y sentaient chez elles. « Tout le monde porte la kippah, les gens se promènent, ça semblait calme, un endroit calme », a dit son père Avi. C’est exactement pourquoi son fils y parlait hébreu sans y penser.

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L’attaque s’est produite à moins de cent mètres du lieu où, il y a moins d’un mois, deux Juifs ont été poignardés dans le même quartier. Golders Green cumule : incendies de véhicules, agression au couteau, et maintenant ce groupe organisé qui ratisse les rues la nuit. « C’est le même endroit, le même secteur, pour la troisième fois », a noté Shalom. Ce n’est plus une coïncidence. C’est un territoire qui se transforme, progressivement, en zone de chasse.

Avi, le père, a reçu l’appel non pas de son fils, mais de la famille — Shalom avait trop peur de lui téléphoner directement. « Nous étions sous le choc. Jusqu’à maintenant on respire à peine. » Il avait pourtant prévenu, depuis longtemps. Quand il appelait son fils à Londres, il lui demandait de lui répondre en anglais. Pas par honte, mais par prudence. « Je l’ai toujours mis en garde : ne parle pas hébreu, cache tout signe d’appartenance à Israël, sois discret. » Lors de sa propre visite à Golders Green, un mois plus tôt, il avait ressenti cette fausse sécurité que procurent les quartiers communautaires. « On se sent entre nous, on se détend. C’est pour ça que je comprends qu’il ait parlé hébreu. »

Aujourd’hui, Avi veut que son fils rentre au pays « le plus vite possible ». Et son message aux parents d’Israéliens en diaspora est sans ambiguïté : « Ça devrait inquiéter chaque père et chaque mère dont les enfants sont à l’étranger. Ça aurait pu se terminer autrement. » Cette phrase — « ça aurait pu se terminer autrement » — dit tout ce que l’euphémisme britannique s’efforce d’habiller en statistiques et en rapports annuels sur les « hate crimes ».

Car la police, elle, a agi avec sa lenteur habituelle. Pas de patrouille dans la rue au moment de l’agression. Des questions posées à la victime sur le vif, puis les agents sont repartis. Shalom doit se rendre le lendemain pour déposer une déposition formelle. « Ils travaillent lentement », a-t-il dit, avec une sobriété qui en dit plus que toute critique directe. La communauté juive de Golders Green, elle, lui a envoyé une vague de messages de soutien. « Ils ont très peur », a-t-il précisé. « Ils veulent que ça change. C’est important, parce que ça ne peut pas continuer comme ça. »

Ce témoignage arrive dans un contexte qui n’a rien d’isolé. Depuis le 7 octobre 2023, les actes antisémites se multiplient en Grande-Bretagne à un rythme qui dépasse tous les records documentés. Les communautés juives de Londres, Manchester et d’autres villes britanniques signalent une dégradation constante de leur sentiment de sécurité. L’affaire Beniakar n’est pas un incident : elle est une illustration parmi d’autres d’une réalité qui s’installe.

Pour aller plus loin sur l’antisémitisme au Royaume-Uni :

Deux Juifs assassinés à Manchester : un nouvel attentat antisémite frappe le Royaume-Uni le jour de Yom Kippour

Londres : la montée d’un islamisme décomplexé et l’inquiétude grandissante des Juifs britanniques

 

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