La Slovénie a demandé à l’Union européenne d’ouvrir une enquête sur des allégations d’ingérence étrangère dans ses élections législatives, pointant du doigt la société de renseignement israélienne Black Cube. Cette affaire, qui a éclaté quelques jours seulement avant le scrutin du printemps 2026, a secoué la scène politique slovène et ravivé, à l’échelle européenne, les craintes d’une instrumentalisation des processus démocratiques par des acteurs privés étrangers.
L’enquête qui a tout déclenché
Tout commence avec un reportage publié sur le site d’information slovène MLADINA, qui révèle l’existence de contacts entre des proches de Janez Janša — chef de l’opposition de droite et ancien Premier ministre — et des représentants de Black Cube. Selon cette enquête, des émissaires de la société se seraient rendus à Ljubljana le 22 décembre 2025 pour y rencontrer Janša. Ce même jour, un avion privé en provenance de Tel Aviv aurait atterri dans la capitale slovène avec quatre passagers à bord, parmi lesquels auraient été identifiés Dan Zorla, cofondateur et PDG de Black Cube, ainsi que le général de réserve Giora Eiland, consultant présumé de la société.
Dans la foulée de ces révélations, des enregistrements et des vidéos ont été divulgués sur un site intitulé anti-corruption2026.com. Ces enregistrements, réalisés à l’aide de caméras cachées, prétendent documenter des réunions au cours desquelles des personnalités slovènes proches du gouvernement sortant auraient évoqué des pratiques de lobbying illégal et un usage détourné de fonds publics. Selon les médias slovènes, Black Cube aurait été impliquée dans la diffusion de ces enregistrements à des fins politiques, dans le but explicite de nuire à la coalition gouvernementale de Robert Golob à quelques jours d’un scrutin particulièrement serré.
Golob lui-même a réagi avec virulence. Pour le Premier ministre sortant de centre-gauche, l’implication d’une société de renseignement privée israélienne dans la campagne constitue un fait qu’il a qualifié de « profondément préoccupant », ajoutant que cette affaire mettait en danger « les processus démocratiques » dans le pays.
Bruxelles saisie, Golob renversé
C’est le site Politico qui a révélé en premier la teneur de la lettre adressée par Golob à la Commission européenne. Dans ce courrier, le chef du gouvernement slovène a dénoncé ce qu’il a décrit comme une « menace hybride évidente contre l’Union européenne et ses États membres ». Il a également rappelé que Black Cube avait déjà été associée à des tentatives d’ingérence électorale présumées en Roumanie et en Hongrie. Golob a demandé à la Commission de transmettre l’affaire au Centre européen pour la résilience démocratique — opérationnel depuis février 2026 — pour « une évaluation immédiate de la menace ».
Du côté des services de renseignement slovènes, le tableau dressé était tout aussi sombre. Le secrétaire d’État à la sécurité nationale et internationale a indiqué publiquement qu’il existait des « indices d’une ingérence étrangère directe dans les élections », et a ajouté que cette ingérence avait vraisemblablement été commanditée depuis l’intérieur même de la Slovénie. L’agence de renseignement intérieure a présenté des données en ce sens au Conseil de sécurité nationale.
Face à ces accusations, Janez Janša a reconnu avoir rencontré un responsable de la société, mais a prétendu ne plus se souvenir de la date exacte de cet entretien. Son parti a répondu que si des faits de corruption avaient effectivement été exposés grâce à ces enregistrements, il s’agirait là d’un « service rendu au public ». Black Cube, de son côté, n’a donné aucune réponse aux demandes de commentaires qui lui ont été adressées, ni par N12, ni par Politico, ni par MLADINA.
Un renversement de situation spectaculaire
Le dénouement de cette affaire est riche en paradoxes. Les élections slovènes se sont soldées par un résultat sans majorité claire, Golob remportant 29 sièges et Janša en décrochant 28 sur les 90 que compte le parlement. Incapable de former une coalition, Golob a rendu les clés du pouvoir à son rival en mai 2026. Janša a été investi Premier ministre et a formé un gouvernement de droite.
Du point de vue d’Israël, le retournement est saisissant. La Slovénie de Golob était l’un des États membres de l’Union européenne les plus hostiles à l’État juif : elle avait reconnu officiellement l’État palestinien en juin 2024, imposé un embargo total sur les armes dès juillet 2025 — première dans l’histoire de l’UE — et déclaré les ministres Smotrich et Ben Gvir persona non grata sur son territoire. Elle avait également boycotté l’Eurovision 2026 pour protester contre la participation israélienne. La Slovénie était aussi l’une des voix les plus actives au sein des institutions européennes pour pousser un agenda anti-israélien.
Avec Janša au pouvoir, le virage est à cent quatre-vingts degrés. Dès son investiture, le nouveau chef du gouvernement a annoncé son intention de transférer l’ambassade slovène à Jérusalem, de rétablir des relations normales avec Israël et de rompre avec le registre hostile de son prédécesseur. Vingt minutes seulement après l’entrée en fonction du nouveau gouvernement, le drapeau de l’OLP qui flottait sur le bâtiment gouvernemental depuis l’ère Golob a été retiré.
La polémique sur Black Cube, qui avait été brandie comme une arme par le camp sortant pour discréditer l’opposition de droite, s’est ainsi retournée contre lui. L’affaire illustre une tension de plus en plus visible en Europe entre, d’un côté, le recours croissant à des sociétés de renseignement privées dans les campagnes électorales, et de l’autre, les garde-fous institutionnels que l’Union européenne cherche à mettre en place pour protéger l’intégrité de ses processus démocratiques.
Pour les lecteurs d’infos-israel.news, cette saga slovène rappelle que les alliances et les hostilités envers l’État d’Israël au sein de l’UE ne sont jamais figées — et que les urnes peuvent, parfois, tout changer en une nuit.
Pour en savoir plus sur la relation entre Israël et les pays européens, vous pouvez consulter ces articles publiés sur notre site : 👉 Les pays les plus hostiles aux Juifs en Europe 👉 Les pays qui ont donné le douze points — et ceux qui n’ont pas donné un seul point à Israël à l’Eurovision 2026






