Après le 7 octobre, pourquoi le monde a-t-il retournĂ© l’accusation contre IsraĂ«l ? – Sabrina Hania

Au lendemain du 7 octobre 2023, beaucoup pensaient que le monde comprendrait enfin. Les images des massacres commis par le Hamas étaient insoutenables : familles assassinées, jeunes abattus lors d’un festival, femmes violentées, maisons incendiées et centaines de personnes emmenées en otage à Gaza.

Face à une telle barbarie, l’antisémitisme devait logiquement reculer. Les sociétés occidentales allaient, croyait-on, mesurer ce qu’Israël affrontait depuis des décennies. Elles reconnaîtraient enfin qu’un État attaqué possède le droit, mais aussi le devoir, de protéger sa population.

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Pourtant, l’inverse s’est produit.

Avant même que les corps aient tous été identifiés, des manifestations célébraient déjà « la résistance ». Puis l’attention s’est progressivement détournée des victimes israéliennes. Israël est passé, en quelques semaines, du statut de pays massacré à celui de principal accusé.

Un basculement presque immédiat

Les chiffres confirment que ce sentiment ne relève pas uniquement d’une impression israélienne. Les études ont constaté une hausse spectaculaire des incidents antisémites immédiatement après le massacre, avant même que l’offensive israélienne à Gaza ait pris toute son ampleur.

Selon le rapport mondial publié par l’Université de Tel-Aviv, le niveau des incidents antisémites reste nettement supérieur à celui enregistré avant la guerre. En 2025, les violences graves contre les Juifs ont même atteint un niveau historique : vingt personnes ont été assassinées lors de quatre attaques antisémites. Université de Tel-Aviv

Dans les pays du groupe J7 — France, Allemagne, Royaume-Uni, États-Unis, Canada, Australie et Argentine — le nombre total d’incidents antisémites a augmenté de 136 % par rapport à 2022, dernière année complète avant le massacre. Les violences ont progressé de 97 %. ADL

Le paradoxe est terrible : au lieu de provoquer un mouvement de solidarité durable envers les Juifs, le plus grand massacre de Juifs depuis la Shoah a libéré une hostilité qui semblait attendre son occasion.

Pourquoi Israël est-il devenu le coupable ?

Plusieurs mécanismes peuvent expliquer ce retournement.

D’abord, la guerre des images. Le massacre du 7 octobre s’est déroulé en quelques heures, tandis que la guerre à Gaza s’est prolongée pendant des mois. Chaque jour a apporté de nouvelles images de destructions et de souffrances palestiniennes. L’émotion immédiate a progressivement remplacé la chronologie : l’attaque initiale s’est effacée derrière ses conséquences.

Ensuite, Israël est une démocratie, exposée aux journalistes, aux tribunaux et à la pression de ses alliés. Les démocraties sont plus facilement sommées de se justifier que les organisations terroristes. Le Hamas peut utiliser des zones civiles, retenir des otages et revendiquer une guerre sacrificielle ; l’essentiel de la responsabilité médiatique finit néanmoins par retomber sur l’armée qui lui répond.

À cela s’ajoutent les réseaux sociaux, où les images les plus choquantes circulent sans contexte. Les algorithmes favorisent l’indignation, les slogans et les accusations absolues. Dans cet univers, expliquer la complexité d’une guerre devient presque impossible.

Enfin, Israël ne représente pas seulement un gouvernement. Pour ses ennemis, il incarne la souveraineté juive elle-même. L’ancien antisémitisme accusait les Juifs d’être partout sans avoir de patrie ; le nouvel antisémitisme leur reproche précisément d’en avoir une et de la défendre.

Critiquer n’est pas interdire de survivre

Toute critique de la politique israélienne n’est évidemment pas antisémite. Une démocratie peut être interrogée sur ses décisions militaires, et la souffrance des civils palestiniens ne doit jamais être niée.

Mais une frontière est franchie lorsque seul Israël se voit refuser le droit de neutraliser ceux qui ont massacré ses citoyens et promis de recommencer. Demander des précautions est légitime. Exiger qu’Israël accepte durablement le Hamas à sa frontière revient à lui interdire de se défendre.

Israël est alors traité comme un « pays rouge » : suspect avant toute enquête, coupable avant toute preuve et condamné quelle que soit sa réaction. S’il répond, on l’accuse de violence. S’il ne répond pas, ses ennemis comprennent qu’ils peuvent recommencer.

Le 7 octobre aurait dû rappeler au monde la conséquence de la haine antisémite lorsqu’elle n’est pas combattue. Il a plutôt révélé quelque chose de plus inquiétant : pour une partie de l’opinion internationale, même des Juifs massacrés doivent rapidement justifier leur droit à survivre.

La véritable question n’est donc plus seulement de savoir pourquoi Israël est critiqué. Elle est de savoir pourquoi tant de personnes acceptent le droit théorique d’Israël à exister, mais refusent les moyens indispensables à son existence.