L’Égypte affirme avoir identifié des failles de sécurité sérieuses sur la première centrale nucléaire construite sur son territoire, après qu’une correspondance confidentielle avec l’entreprise russe d’énergie nucléaire Rosatom, contrôlée par le gouvernement russe, a été révélée par le site d’information américain Politico.
Dans une lettre confidentielle datée du 4 juin, adressée à un haut responsable de Rosatom, l’Autorité égyptienne des centrales nucléaires décrit des « défauts » affectant plusieurs unités de réacteurs ainsi que des violations de la « culture de sûreté nucléaire » lors de la construction de la centrale d’El-Dabaa. La lettre évoque également une « négligence délibérée » de la part d’un responsable du projet.
La centrale d’El-Dabaa se trouve sur la côte méditerranéenne, près de la ville du même nom, à environ 650 kilomètres à l’ouest de la frontière israélienne. Elle est censée constituer la pierre angulaire du futur plan énergétique de l’Égypte.
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Une partie des documents a été transmise par une source du renseignement restée anonyme, celle-ci n’étant pas autorisée à s’exprimer auprès des médias, et n’avait jamais été rendue publique auparavant. Le dossier comprend des documents internes de l’entreprise décrivant des retards de construction et des inquiétudes techniques issues des propres audits menés par Rosatom sur le projet.
Un dossier qui embarrasse Moscou en pleine offensive de charme européenne
Depuis que l’invasion totale de l’Ukraine par la Russie en 2022 a poussé l’Europe à imposer de vastes sanctions au pays, Rosatom a tenté de convaincre les gouvernements européens qu’elle demeurait un fournisseur fiable et compétent sur le marché de l’énergie nucléaire. Mais ces accusations de failles de sécurité pourraient venir renforcer les inquiétudes déjà existantes autour des activités de cette entreprise contrôlée par le Kremlin au sein de l’Union européenne, d’autant que le même modèle de réacteur, le VVER-1200, est également prévu pour l’extension de la centrale hongroise de Paks II.
Dans une déclaration transmise à Politico, Rosatom a affirmé maintenir les plus hauts standards de sûreté nucléaire, et ce tout au long de la construction d’El-Dabaa. L’entreprise a refusé de préciser si elle avait bien reçu la lettre ou les plaintes de l’Autorité égyptienne des centrales nucléaires, laquelle n’a pas répondu aux nombreuses sollicitations concernant ses échanges avec Rosatom. Selon la déclaration de l’entreprise, le haut niveau d’organisation du travail, le système de gestion de la qualité et la culture de sûreté seraient confirmés par l’attention constante portée au projet par les directions politiques de la Fédération de Russie et de la République arabe d’Égypte, ainsi que par la direction de l’Agence internationale de l’énergie atomique, dont des représentants assistent régulièrement aux étapes clés du projet. L’entreprise a ajouté qu’une cérémonie récemment organisée pour l’une des unités de réacteur d’El-Dabaa avait réuni des responsables russes, égyptiens et de l’AIEA.
Des retards de dix-huit mois évoqués en interne
Selon des éléments complémentaires du dossier consulté par Politico, plusieurs documents internes de Rosatom confirment certains des points soulevés par les autorités égyptiennes, mettant en avant des retards, des problèmes de qualité de construction et des lacunes dans la gestion du projet. Un audit interne préliminaire de l’entreprise aurait même averti que le calendrier prévu pour la mise en service du premier réacteur pourrait glisser d’environ dix-huit mois, passant de septembre 2028 à mars 2030. Le dossier évoquerait également des manquements aux règles de sécurité sur le chantier et une tentative de dissimulation d’un accident survenu sur le site.
Les autorités russes et égyptiennes ont fermement rejeté ces accusations, les qualifiant de partiales, et affirmant que le projet respecte pleinement les normes internationales de sûreté. La partie égyptienne a pour sa part estimé que le rapport présentait une image déformée de la réalité du chantier, mêlant des observations techniques courantes à des enjeux géopolitiques plus larges.
El-Dabaa doit à terme compter quatre réacteurs de génération III+ pour une capacité combinée de 4 800 mégawatts, dont la construction a débuté en 2022 pour un coût total avoisinant les 28,75 milliards de dollars, financés à 85 % par un prêt russe. Le Premier ministre égyptien Mostafa Madbouly avait indiqué en juillet dernier que les travaux sur les quatre réacteurs devraient s’achever d’ici 2030, la première unité devant commencer à produire de l’électricité dès 2028. Aucun combustible nucléaire n’a pour l’heure été introduit sur le site.
Ce dossier s’inscrit dans un contexte régional où la question de la sécurité des installations nucléaires civiles, notamment celles liées à des puissances étrangères, suscite une vigilance constante, comme le rappelait déjà notre article sur les risques soulevés autour du programme nucléaire des Émirats arabes unis, ou celui consacré aux installations souterraines développées par l’Iran pour résister aux frappes.






