Nourriture ? Eau ? Abri ? Des bénévoles humanitaires importent la politique « Free Palestine » dans la crise migratoire de Ceuta

Des bénévoles espagnols venus à Ceuta pour apporter une aide humanitaire aux migrants marocains ont mêlé politique et assistance humanitaire, en portant des t-shirts « Free Palestine » tout en distribuant des bouteilles d’eau et en faisant scander à la foule de migrants le slogan « Free Palestine ».

Selon des critiques, ce dont les migrants ont réellement besoin, ce sont des biens de première nécessité comme de la nourriture, de l’eau et un abri. Leur faire scander des slogans sans rapport avec leur situation détournerait, selon eux, l’attention de leurs besoins urgents au profit d’un message politique porté par les militants eux-mêmes. Dans ce cas précis, ces mêmes critiques ont également relevé que le Maroc est signataire des accords d’Abraham et constitue un allié à la fois d’Israël et des États-Unis.

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Une crise humanitaire qui a débuté fin juillet

La crise à Ceuta a débuté le 30 juillet, lorsqu’un chaos total a éclaté dans la ville autonome espagnole : environ 72 000 migrants, majoritairement de jeunes hommes, ont franchi la frontière depuis le Maroc pour affluer vers la cité, déclenchant une crise humanitaire de grande ampleur. En l’espace de quelques jours, environ 70 000 d’entre eux sont retournés au Maroc, mais près de 2 000 sont restés à Ceuta.

Des images ont montré des migrants envahissant des commerces et s’affrontant avec la police, tandis que d’autres images semblaient montrer les autorités marocaines déposant des camions entiers de jeunes hommes à la frontière. Bien que le Maroc soit censé contrôler sa frontière, certains migrants ont affirmé que les gardes-frontières les avaient tout simplement laissés passer.

Selon les données disponibles, au moins 41 personnes sont mortes durant cette vague de traversées, la plupart par noyade en tentant de rejoindre l’enclave espagnole à la nage ou en franchissant la digue qui soutient la barrière frontalière. Les autorités espagnoles ont depuis installé une barrière flottante de 500 mètres le long de la frontière maritime pour tenter de contenir de nouvelles arrivées.

Une crise qui a également enflammé les tensions européennes

Cette crise a fait grimper les tensions entre pays européens, la Première ministre italienne Giorgia Meloni ayant menacé de suspendre les accords de Schengen, qui permettent la libre circulation entre États, en dénonçant la politique migratoire jugée trop laxiste de l’Espagne comme responsable de l’explosion de cette crise.

Beaucoup ont pointé du doigt une décision de la Cour suprême espagnole, rendue fin juillet, selon laquelle les migrants entrant à la nage dans les enclaves de Ceuta et Melilla ne pouvaient pas être renvoyés sommairement au Maroc, dans la mesure où ils ne franchissaient pas la barrière physique de la frontière, et devaient donc bénéficier d’une procédure plus stricte avant toute expulsion. Cette décision aurait ensuite été largement relayée et déformée sur les réseaux sociaux, certains comptes affirmant à tort que l’Espagne avait « ouvert la voie » à quiconque arriverait par la mer et que les renvois n’étaient désormais plus possibles.

D’autres analystes estiment que des passeurs et trafiquants d’êtres humains, informés de cette décision judiciaire, en auraient profité pour attirer davantage de candidats au départ, une campagne de mobilisation sur les réseaux sociaux ayant été identifiée par plusieurs médias comme ayant contribué à l’ampleur soudaine de l’afflux migratoire vers la ville.

Cet épisode, où des bénévoles ont mêlé assistance humanitaire et messages politiques sur le conflit israélo-palestinien, illustre la façon dont la crise migratoire de Ceuta est rapidement devenue, au-delà de sa dimension purement humanitaire, un terrain de mobilisation pour des causes politiques sans rapport direct avec le sort des migrants eux-mêmes — un phénomène déjà observé lors d’autres épisodes de tension survenus dans la ville ces dernières semaines, comme le rappelle notre article sur le désarroi d’une habitante de Ceuta submergée par le chaos migratoire.