Yedidia Levy-Zauberman préparait une sortie en voilier avec sa famille pendant leurs vacances en Grèce. Rien de plus banal pour cet été-là : il avait réservé un bateau avec skipper par l’intermédiaire de ClickandBoat, une plateforme fondée en 2013 par deux entrepreneurs français et qui fonctionne sur un modèle comparable à celui d’Airbnb, mettant en relation propriétaires de bateaux et vacanciers en quête d’une sortie en mer.
Sa réservation impliquait toutefois plusieurs intervenants. Une base grecque assurait la gestion des bateaux et fournissait notamment les skippers chargés d’accompagner les clients. C’est peu après avoir finalisé sa réservation que Yedidia Levy-Zauberman reçoit un message sur WhatsApp. L’expéditeur : Alex, un skipper grec censé prendre en charge sa sortie en mer.
Le message, rédigé en anglais, contient une question à laquelle le père de famille ne s’attendait absolument pas. Le skipper s’excuse d’abord pour le caractère tardif et inconvenant de sa demande, avant d’expliquer que le gérant de la base avait signalé l’origine juive de son client. Il se sent donc obligé, écrit-il, de lui demander s’il soutient « l’occupation à Gaza ». Il ajoute être désolé de poser une telle question, se dit conscient d’être dans une position difficile, et présume que son interlocuteur l’est tout autant. Le message est accompagné d’un émoji exprimant la gêne.
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Interrogé sur cet échange, Yedidia Levy-Zauberman raconte que le skipper lui a expliqué que sur un bateau, l’équipage vit dans une proximité importante, et que chacun doit pouvoir compter sur l’autre. Il précise toutefois, sans détour : cette exigence n’avait rien de religieux, mais bien de politique — et le tout, uniquement fondé sur la consonance juive de son patronyme.
L’incident n’a finalement pas gâché le séjour de la famille française. Plutôt que de céder à cette mise en demeure, elle a simplement changé de bateau et de skipper, poursuivant son programme de vacances sans autre incident. Les faits ont par ailleurs été signalés à ClickandBoat. Sollicitée par Le Point, la plateforme n’aurait pas donné suite aux demandes du média.
Sur les réseaux sociaux, alors que l’affaire commençait à circuler, la communication de ClickandBoat a largement éludé la question de l’antisémitisme. Dans ses échanges avec le client, l’entreprise aurait surtout insisté sur le fait que sa propre responsabilité n’était pas engagée, tout en proposant un geste commercial. Une réponse jugée insatisfaisante par l’intéressé, d’autant que la question de la responsabilité des plateformes et de leurs intermédiaires est loin d’être aussi simple au regard de la jurisprudence.
Au-delà de l’aspect juridique, c’est surtout la légitimité perçue de la démarche qui choque Yedidia Levy-Zauberman : le fait qu’il ait pu sembler acceptable de soumettre un client à un interrogatoire politique sur la seule base de son appartenance supposée à un groupe religieux. Il souligne à quel point ce skippeur a exprimé, sans la moindre ambiguïté, comme une évidence morale, que sa bonne conscience l’autorisait à se livrer à une telle discrimination. Il conclut, dans les colonnes du Point, par une formule qui résume tout : la haine n’est jamais aussi dangereuse que lorsqu’elle se pare de vertu.
Cet épisode s’inscrit dans une tendance plus large observée cet été en Méditerranée, où plusieurs voyageurs juifs ou israéliens ont rapporté des incidents similaires, révélant une hostilité grandissante qui s’invite jusque dans les démarches les plus quotidiennes des vacances.
Sur des sujets proches, infos-israel.news a déjà évoqué l’antisémitisme grandissant visé par les touristes israéliens en Europe ainsi que les mises en garde des autorités concernant certaines régions de Grèce.






