Le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Sa’ar a adressé mardi un avertissement particulièrement clair au Royaume-Uni : si Londres met à exécution sa menace de nouvelles mesures contre Israël en raison du projet de construction E1 en Judée-Samarie, Jérusalem répondra.
« Si la Grande-Bretagne agit contre Israël, Israël agira contre la Grande-Bretagne », a déclaré Sa’ar lors d’une interview accordée à un podcast israélien.
Le ministre n’a pas détaillé la nature exacte des représailles envisagées. Il a toutefois assuré qu’Israël disposait des moyens nécessaires pour répondre.
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« Il existe des outils », a-t-il affirmé. Sa’ar a insisté sur le caractère explicite de son avertissement, estimant qu’une décision britannique de sanctionner Israël constituerait une « grave erreur ».
Selon lui, les conséquences pourraient même être exactement opposées à celles recherchées par Londres.
Interrogé à plusieurs reprises sur les mesures qu’Israël pourrait prendre, le chef de la diplomatie israélienne a refusé d’en dire davantage.
« Pourquoi donner des indices ? Ce que j’ai dit suffit », a-t-il répondu.
Sa’ar a toutefois ajouté une précision importante : Israël ne se contente pas d’évoquer théoriquement une éventuelle riposte. « Nous nous préparons », a-t-il déclaré, avant de prévenir que si les Britanniques « commettent une erreur, il y aura une réponse ».
Ces déclarations interviennent alors que Londres vient de réaffirmer publiquement son intention de prendre de nouvelles mesures contre la politique israélienne en Judée-Samarie.
Le ministre britannique des Affaires étrangères, Ed Miliband, a annoncé que son gouvernement présenterait dans les prochaines semaines un « ensemble complet de mesures » en réaction aux projets israéliens, avec une attention particulière portée à E1.
Cette zone située à proximité de Maalé Adoumim se trouve au centre d’une confrontation diplomatique ancienne entre Israël et plusieurs gouvernements occidentaux.
Le gouvernement britannique considère le développement d’E1 comme une menace directe pour la possibilité de créer à l’avenir un État palestinien territorialement viable.
Miliband affirme que le projet couperait le cœur du futur État palestinien et risquerait de séparer la Judée-Samarie de Jérusalem-Est. Pour Londres, cela mettrait en danger la solution à deux États.
Le ministre britannique a donc exigé d’Israël l’arrêt du projet E1, le retrait de l’appel d’offres déjà publié et la fin de l’expansion des implantations.
Le chargé d’affaires israélien au Royaume-Uni avait également été convoqué au Foreign Office afin que le gouvernement britannique lui transmette officiellement son opposition.
Londres ne s’est pas contenté d’une protestation diplomatique.
Miliband a annoncé que les mesures à venir auraient notamment pour objectif de sanctionner ceux qui participent à ce que le Royaume-Uni considère comme une expansion illégale des implantations.
Devant le Parlement britannique mardi, le ministre des Affaires étrangères a de nouveau promis que Londres agirait. Le gouvernement examine notamment ses relations économiques avec les territoires concernés et la possibilité d’étendre les mesures au-delà des seules marchandises.
Cette perspective provoque désormais la menace de représailles israéliennes.
Pour Gideon Sa’ar, le différend ne porte d’ailleurs plus uniquement sur E1. Le ministre israélien accuse le gouvernement britannique de mener depuis plusieurs mois une politique systématiquement hostile à Israël.
Il cite notamment les restrictions ayant affecté les exportations de défense vers Israël ainsi que les sanctions britanniques déjà imposées à des ministres israéliens.
Sa’ar affirme également que la politique intérieure britannique joue un rôle déterminant dans les décisions de Londres.
Le calendrier occupe une place centrale dans son accusation. Le ministre israélien rappelle que la conférence du Parti travailliste britannique doit se réunir à la fin du mois. À ses yeux, les menaces contre Israël répondent donc au moins en partie à des considérations politiques internes au Royaume-Uni.
Ce bras de fer avait commencé à s’intensifier plusieurs jours avant les nouvelles déclarations de mardi.
Après l’annonce britannique concernant E1, Sa’ar avait déjà vivement répondu à Ed Miliband. Le ministre israélien avait qualifié la position de son homologue britannique d’unilatérale et rejeté le ton employé par Londres.
Sa’ar avait alors placé le débat sur le terrain historique.
Selon lui, le peuple juif possède le droit de vivre sur l’ensemble de la Terre d’Israël, de la même manière que les Britanniques ont le droit de vivre à Londres ou ailleurs au Royaume-Uni.
Le ministre avait également invoqué la déclaration Balfour, adoptée plus d’un siècle auparavant par la Grande-Bretagne et reconnaissant le principe de l’établissement d’un foyer national juif.
Sa’ar avait accusé Londres d’adopter une posture incohérente en donnant des leçons à Israël sur les territoires où les Juifs peuvent vivre.
Il avait parallèlement reproché au ministre britannique des Affaires étrangères de condamner Israël tout en ignorant, selon lui, le terrorisme palestinien, l’incitation à la violence ainsi que les paiements effectués par l’Autorité palestinienne aux auteurs d’attaques et à leurs familles.
Le désaccord ne se limite donc plus à une discussion juridique ou diplomatique sur les constructions.
Des mesures concrètes sont désormais envisagées des deux côtés.
Le gouvernement britannique prépare son propre paquet de décisions, tandis qu’Israël indique ouvertement qu’une réponse est en préparation.
Selon une source informée citée par la presse israélienne, Sa’ar avait déjà averti Miliband directement lors d’un récent entretien téléphonique. Le message transmis aurait été qu’Israël ne pouvait accepter que des mesures punitives soient prises contre lui sans réagir.
Parmi les possibilités examinées par Jérusalem figurerait l’expulsion de responsables britanniques participant au centre international chargé de soutenir et de coordonner les efforts liés à Gaza. Des options plus sévères seraient également envisagées.
Aucune décision officielle israélienne sur ces mesures n’a toutefois été annoncée.
Sa’ar lui-même refuse précisément de révéler ce que contiennent les « outils » qu’il évoque.
Le ministre préfère laisser planer l’incertitude, tout en affirmant que la préparation est réelle.
Le précédent néerlandais donne cependant une indication sur la volonté israélienne de répondre aux mesures prises par des gouvernements européens.
Sa’ar a récemment annoncé l’expulsion de représentants néerlandais en réaction à des sanctions imposées par les Pays-Bas. Cette décision montre que Jérusalem est disposée à utiliser des mesures diplomatiques de réciprocité lorsque des gouvernements européens prennent des sanctions contre Israël.
Du côté britannique, la ligne officielle reste fondée sur la défense de la solution à deux États.
Miliband affirme que son gouvernement ne restera pas passif face à ce qu’il considère comme des décisions susceptibles de rendre impossible la création d’un État palestinien viable. Londres considère les implantations israéliennes comme contraires au droit international et voit dans E1 une ligne rouge particulière.
Le gouvernement britannique avait déjà renforcé en juin ses recommandations aux entreprises et citoyens britanniques afin qu’ils évitent les activités économiques et financières dans les implantations israéliennes.
Londres avait également demandé à la Charity Commission d’examiner les liens éventuels entre des organisations caritatives britanniques et certaines implantations.
La nouvelle série de mesures annoncée par Miliband pourrait donc représenter une nouvelle étape.
Pour Sa’ar, cependant, cette évolution ne restera pas sans conséquence.
Son message repose sur une logique de réciprocité assumée : toute action britannique contre Israël entraînera une action israélienne contre le Royaume-Uni.
La formulation choisie ne laisse pratiquement aucune place à l’ambiguïté.
Le ministre israélien ne dit pas qu’Israël pourrait répondre. Il affirme qu’Israël répondra.
La seule inconnue concerne désormais la forme de cette réponse.
Londres doit encore préciser le contenu exact de son « ensemble complet de mesures ». Jérusalem attend donc de connaître la décision britannique avant de dévoiler ses propres cartes.
Sa’ar affirme néanmoins que les préparatifs ont déjà commencé.
Deux calendriers avancent ainsi parallèlement : celui de Londres, qui promet ses mesures dans les prochaines semaines, et celui de Jérusalem, qui prépare la riposte qu’elles pourraient déclencher.
« Si la Grande-Bretagne agit contre Israël, Israël agira contre la Grande-Bretagne », prévient Sa’ar.
Puis vient la phrase qui résume désormais la position israélienne : « Nous avons des outils. »
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