Salesforce mène un investissement de 166 millions de dollars dans la licorne israélienne HiBob alors que les agents d’IA entrent dans le monde du travail

La société israélienne HiBob a bouclé une levée de fonds de 166 millions de dollars menée par Salesforce, avec la participation de Farallon Capital Management. Il s’agit du plus important tour de financement réalisé depuis la création de l’entreprise spécialisée dans les ressources humaines. L’opération valorise HiBob autour de 3,2 milliards de dollars et doit lui permettre d’accélérer ses acquisitions, son expansion ainsi que le développement d’une plateforme appelée à jouer un rôle nouveau dans les entreprises utilisant massivement l’intelligence artificielle.

L’annonce a été faite le 1er septembre par HiBob. Pour la société, l’enjeu dépasse largement l’arrivée d’un nouvel investisseur de premier plan. Elle présente cette opération comme une étape dans sa transformation : d’une plateforme moderne de gestion des ressources humaines vers ce qu’elle appelle une couche d’« intelligence organisationnelle » destinée aux entreprises.

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Le changement repose sur une idée centrale : l’intelligence artificielle ne modifie plus seulement les logiciels utilisés par les salariés. Elle commence à transformer la structure même des organisations.

À mesure que des agents d’IA prennent en charge certaines tâches et s’intègrent aux processus de travail, les entreprises doivent déterminer ce qui sera réalisé par leurs salariés, ce qui pourra être confié aux agents et comment ces deux catégories travailleront ensemble.

Pour effectuer cet arbitrage, l’intelligence artificielle a besoin de contexte.

HiBob détient précisément une masse de données permettant de comprendre la structure réelle d’une entreprise : salariés, équipes, fonctions, compétences, responsables hiérarchiques, objectifs, rémunérations, performances, autorisations ou encore organisation des effectifs.

Ce sont ces informations qui prennent une valeur nouvelle avec l’arrivée des agents d’intelligence artificielle.

« Nous avons fondé HiBob avec une conviction simple : le monde du travail s’est transformé et continuera à se transformer rapidement », explique Ronni Zehavi, PDG et cofondateur de l’entreprise.

Pour lui, l’investissement réalisé par Salesforce confirme une conviction : l’IA ne transforme pas uniquement la technologie, elle modifie également « l’architecture des organisations ».

La perspective décrite par Zehavi est celle d’entreprises où humains et agents artificiels travailleront de plus en plus côte à côte. Dans cet environnement, disposer d’informations fiables sur les effectifs et le fonctionnement interne devient indispensable pour redéfinir les tâches, aider les responsables et prendre des décisions.

HiBob veut précisément devenir l’une des infrastructures permettant cette transformation.

L’entreprise est connue pour sa plateforme Bob, conçue pour réunir différentes fonctions liées aux ressources humaines, à la paie et à la finance. Elle veut désormais aller au-delà du rôle traditionnel d’un logiciel RH.

Son ambition consiste à transformer les données dont elle dispose en informations utilisables dans l’ensemble de l’entreprise, y compris directement par les systèmes et agents d’intelligence artificielle.

Pour Ronni Zehavi, l’erreur serait justement de considérer la révolution actuelle comme une simple question technologique.

« La plus grande erreur que les entreprises puissent commettre est de penser que l’IA est avant tout une histoire de technologie », affirme-t-il.

À ses yeux, il s’agit d’une « révolution organisationnelle et managériale ». Les entreprises qui sortiront gagnantes de cette transformation ne seront donc pas nécessairement celles disposant du meilleur modèle d’intelligence artificielle, mais celles qui auront construit la meilleure organisation pour l’ère de l’IA.

Cette conviction explique l’évolution stratégique de HiBob.

Pendant des années, les logiciels de ressources humaines ont principalement servi à administrer les salariés : recrutement, rémunération, congés, performances, organigrammes ou gestion des compétences.

L’apparition des agents d’IA change la fonction potentielle de ces données.

Une entreprise doit désormais être capable de répondre à de nouvelles questions : quelles tâches doivent continuer à être réalisées par des personnes ? Lesquelles peuvent être confiées à une intelligence artificielle ? Quelles compétences humaines deviennent plus importantes lorsque l’IA prend en charge l’exécution ? Quelles équipes se sont adaptées à cette nouvelle organisation et lesquelles doivent encore évoluer ?

Dans une interview accordée après l’annonce de la levée de fonds, Ronni Zehavi a résumé cette transformation par une formule : à partir de maintenant, le travail sera immédiatement une combinaison de personnes et d’agents.

Selon lui, les entreprises entrant dans l’année 2027 se posent déjà ces questions.

HiBob veut leur fournir la couche d’informations permettant d’y répondre.

La société estime qu’un modèle d’intelligence artificielle utilisé sans connaissance précise de l’organisation reste générique. En revanche, lorsque l’IA dispose d’informations fiables sur les salariés, les équipes, les compétences, les objectifs, les responsables et les structures internes, ses recommandations peuvent devenir beaucoup plus pertinentes pour l’entreprise concernée.

Salesforce semble partager cette analyse.

Joe Teplow, directeur de la stratégie de Slack et vice-président chez Salesforce Labs, souligne que HiBob a développé une plateforme mondiale utilisée par plus de 5 500 clients.

Selon lui, cette connaissance approfondie du fonctionnement des organisations constitue une base permettant de rendre l’intelligence artificielle plus utile et davantage connectée à la manière dont les entreprises travaillent réellement.

L’investissement intervient d’ailleurs alors que les liens entre HiBob et Slack, propriété de Salesforce, se renforcent.

HiBob veut permettre aux informations organisationnelles de sortir du logiciel RH traditionnel pour rejoindre directement les espaces où les salariés travaillent et prennent leurs décisions.

Slack occupe une place importante dans cette stratégie.

Ryan Gavin, directeur marketing de Slack, estime que l’IA fonctionne le mieux lorsqu’elle comprend les personnes, leurs fonctions et les structures qui composent une organisation. Selon lui, les informations fiables concernant les effectifs constituent précisément cette fondation.

La collaboration entre Slack et HiBob doit donc permettre de placer ces informations directement dans l’environnement où les équipes communiquent quotidiennement.

Cette approche conduit HiBob vers un modèle plus ouvert.

L’entreprise considère que l’« intelligence organisationnelle » ne peut pas rester enfermée dans une application RH. Les informations doivent pouvoir être accessibles depuis les systèmes de collaboration, de gestion de la relation client, de finance et d’opérations, mais également depuis les agents et les flux de travail automatisés.

L’investissement de 166 millions de dollars doit donner à HiBob les moyens d’accélérer cette évolution.

Selon les informations publiées en Israël, l’entreprise prévoit notamment d’utiliser ces fonds pour réaliser des acquisitions stratégiques et élargir sa plateforme.

Le nouveau tour porte à plus de 700 millions de dollars le montant total levé par HiBob depuis sa création.

La valorisation progresse également. Le précédent grand tour de financement remontait à environ trois ans. L’entreprise était alors valorisée autour de 2,7 milliards de dollars selon les références utilisées par les sources internationales. La nouvelle opération la place autour de 3,2 milliards de dollars, certaines publications israéliennes avançant même une valorisation proche de 3,5 milliards.

HiBob a été créée en 2015 par Ronni Zehavi, Amit Knaani, Israel David et Andy Bellass.

Depuis, l’entreprise a développé Bob autour d’une conception des ressources humaines adaptée aux entreprises internationales et aux nouvelles formes d’organisation du travail. Elle affirme aujourd’hui servir des milliers d’entreprises de taille moyenne et de grandes organisations dans plus de 170 pays.

La levée intervient à un moment où Salesforce accélère elle-même très fortement dans l’intelligence artificielle.

Le groupe américain développe Agentforce, sa plateforme destinée aux agents autonomes, et cherche à transformer ses logiciels en infrastructure pour des entreprises dans lesquelles humains, données, applications et agents artificiels travaillent ensemble.

Les derniers résultats publiés par Salesforce donnent une idée de l’ampleur du mouvement.

Agentforce et Data 360 ont atteint ensemble près de 3,9 milliards de dollars de revenus annuels récurrents, avec une progression supérieure à 210 % sur un an. Agentforce représente à lui seul plus de 1,5 milliard de dollars de revenus annuels récurrents.

L’investissement dans HiBob s’inscrit donc dans une stratégie plus large.

Si Salesforce construit les agents et les plateformes permettant à l’IA d’agir dans les entreprises, HiBob détient un autre élément indispensable : les informations permettant à ces systèmes de comprendre comment les organisations humaines fonctionnent réellement.

Un agent peut exécuter une tâche rapidement. Encore faut-il qu’il sache quelles sont les responsabilités de chacun, qui possède telle compétence, qui peut autoriser une décision, comment une équipe est structurée et à qui revient finalement la responsabilité du résultat.

C’est précisément sur ce terrain que HiBob entend se positionner.

L’entreprise ne présente d’ailleurs pas l’arrivée des agents artificiels comme la disparition du rôle humain.

Sa vision repose au contraire sur une répartition des capacités : les agents doivent apporter vitesse, échelle et exécution, tandis que les personnes conservent notamment le jugement, la créativité, l’empathie et la responsabilité.

Le défi consiste alors à orchestrer ces deux composantes.

Pour HiBob, les données autrefois considérées comme de simples « données RH » deviennent ainsi une infrastructure stratégique. Elles doivent permettre aux entreprises de comprendre non seulement leurs effectifs, mais également leurs capacités, leurs lacunes et la meilleure manière de répartir le travail entre personnes et intelligence artificielle.

Les 166 millions de dollars apportés sous la direction de Salesforce constituent donc bien davantage qu’une nouvelle levée de fonds pour une licorne israélienne.

Ils représentent un pari sur une transformation précise du monde du travail : l’entreprise de demain ne gérera plus uniquement des salariés. Elle devra également intégrer des agents artificiels dans ses équipes, ses processus et ses chaînes de responsabilité.

Et dans cette organisation hybride, HiBob veut devenir la mémoire fiable permettant à chacun — humain comme intelligence artificielle — de comprendre qui fait quoi.

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