Donald Trump veut son nom sur les cartes. Mercredi, dans un message publié sur Truth Social, le président américain a lancé l’idée de rebaptiser le détroit d’Ormuz « détroit de Trump ». L’argument avancé tient en une prémisse : les États-Unis en auraient désormais le contrôle. Il ajoute que, comme l’Amérique elle-même, le détroit serait ainsi plus « brûlant » que jamais, et signe le message de son nom en capitales.
La proposition n’est pas tombée de nulle part. La veille, le président avait écrit qu’il se satisfaisait pleinement de la position américaine actuelle, évoquant un contrôle quasi total du détroit et une économie iranienne en effondrement. Et le mois dernier, il était allé plus loin encore, annonçant qu’il déclarerait bientôt le détroit d’Ormuz territoire des États-Unis. La diplomatie iranienne avait répliqué à l’époque que le locataire de la Maison-Blanche vivait dans une illusion.
Ce que le détroit est réellement
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Il faut rappeler la géographie, parce qu’elle rend la proposition singulière. Le détroit d’Ormuz sépare l’Iran d’Oman et des Émirats arabes unis. Il relie le golfe Persique au golfe d’Oman et à la mer d’Arabie. Il ne constitue ni un territoire ni une possession des États-Unis, et se trouve à des milliers de kilomètres des côtes américaines. Le droit maritime international le reconnaît comme un détroit international, dans lequel les navires étrangers exercent un droit de passage.
Son importance, en revanche, n’a rien d’exagéré. Avant la guerre, environ un cinquième du pétrole mondial y transitait. C’est ce qui en fait l’un des goulets d’étranglement les plus stratégiques de la planète — et l’enjeu central du conflit en cours. Dans les faits, le trafic reste aujourd’hui très en deçà de son niveau d’avant-guerre, et les sociétés de suivi maritime relèvent même un nouveau recul ces derniers jours, à mesure que les frappes ont repris dans la région.
Quelques heures après sa publication, interrogé dans le Bureau ovale sur ses intentions réelles, Trump a ri et répondu qu’il n’en avait pas, qu’il avait simplement lancé l’idée en l’air. Le démenti est venu du président lui-même, et il est venu vite.
Une collection de renommages
Reste que la proposition s’inscrit dans une série désormais fournie. En août, Trump a signé un décret rebaptisant le lac Ontario « Lake America », en pleine crispation avec Ottawa. Il a chargé le secrétaire à l’Intérieur, Doug Burgum, de mettre à jour le système fédéral d’information sur les noms géographiques. Le Canada a rejeté le changement, et le Premier ministre Mark Carney a fait savoir que les Canadiens continueraient d’utiliser l’appellation traditionnelle. Google Maps et Apple Maps, eux, se sont alignés pour leurs utilisateurs américains.
En janvier 2025, le golfe du Mexique était devenu le golfe d’Amérique. En septembre 2025, le département de la Défense s’est vu attribuer le nom secondaire de département de la Guerre. Fin 2025, le Kennedy Center a été rebaptisé pour accoler le nom du président à celui de John F. Kennedy — avant que la justice n’ordonne le retrait de son nom. Toujours fin 2025, il a ajouté son patronyme à l’Institut américain de la paix, à Washington.
Le point commun de tous ces épisodes est aussi leur limite. Un président américain peut ordonner à son administration fédérale la manière de désigner un lieu. Il ne peut rien imposer aux autres États, libres d’ignorer ces nomenclatures. Le précédent du lac Ontario le montre bien : Washington a changé le nom sur ses propres registres, Ottawa a haussé les épaules, et deux entreprises technologiques ont tranché pour des millions d’utilisateurs.
Appliqué au détroit d’Ormuz, l’exercice prendrait une tout autre dimension. Il ne s’agirait plus d’un différend de voisinage avec un allié, mais d’une revendication symbolique sur une voie d’eau bordée par l’Iran, Oman et les Émirats, en pleine guerre. C’est probablement pour cela que la question posée dans le Bureau ovale est arrivée si vite — et que la réponse a été celle qu’elle a été.
La vidéo publiée par la source est disponible ici : séquence.
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