Ils sont plus de cent soixante-dix, tous créateurs juifs d’Hollywood, et ils ont choisi un titre en forme de coup de poing : « Enough ! » — ça suffit. La lettre ouverte, publiée mardi, prend la défense de Mark Ruffalo, l’interprète de Hulk dans l’univers Marvel, contre les accusations d’antisémitisme qui le visent depuis plusieurs semaines.
Le texte s’ouvre sur une accusation frontale. Les signataires y dénoncent ce qu’ils décrivent comme une instrumentalisation fausse et dangereuse du reproche d’antisémitisme, dirigée contre ceux qui auraient le courage de dire une évidence : que les atteintes portées au peuple palestinien et celles portées aux libertés aux États-Unis seraient profondément liées, et qu’il n’y aurait rien d’antisémite à le relever.
Parmi les signataires figurent des noms qui pèsent : Joel Coen, Tony Kushner, Ilana Glazer, Lisa Cholodenko, Todd Haynes. Et Hannah Einbinder, la vedette de la série « Hacks », déjà largement engagée dans la controverse anti-israélienne.
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Ce qui a déclenché la polémique
Rappel du point de départ. Ruffalo fait campagne depuis des mois contre la fusion entre Paramount et Warner Bros. Discovery. Ses détracteurs lui reprochent d’avoir, dans ses attaques contre l’opération, ciblé des hommes d’affaires juifs et mobilisé les clichés classiques sur les juifs et le pouvoir. Dans sa prise de position, l’acteur accusait par ailleurs Israël de génocide et d’apartheid.
George Clooney says it’s “ridiculous” Mark Ruffalo is getting cancelled for his Warner Bros. merger tirade after he was accused of using ‘antisemitic tropes.’
“I support Mark Ruffalo’s ability to speak freely. I think that that’s ridiculous. We’re not going to ban speech.” pic.twitter.com/SJrpRQpXt2
— Oli London (@OliLondonTV) September 2, 2026
Le lien avec Israël n’est pas fortuit dans ce dossier. Le PDG de Paramount, David Ellison, est le fils de Larry Ellison, cofondateur d’Oracle. Or Oracle fournit des infrastructures technologiques ainsi que des services de bases de données et de cloud à des administrations gouvernementales et militaires israéliennes. La lettre affirme qu’il n’y a pas nécessairement d’antisémitisme à critiquer Israël, à critiquer Paramount pour son soutien à Israël, ou à critiquer Oracle pour son travail avec l’armée israélienne. Elle se présente comme une réponse à ce qu’elle qualifie de campagne de dénigrement scandaleuse contre un collègue respecté.
Mark Ruffalo is being defended by more than 170 Jewish entertainment figures in a new open letter rejecting Paramount’s claim that Ruffalo fueled “antisemitic tropes”:
“The time is over for spurious charges of antisemitism to be trotted out, this time in the defense of war,… pic.twitter.com/tlBeYK7UJA
— Variety (@Variety) September 1, 2026
Sur le fond économique, les signataires reprochent à la fusion de détruire des emplois, de renforcer ce qu’ils appellent le contrôle oligarchique des médias et d’étouffer la concurrence et la créativité dans la production et la distribution audiovisuelles. Mais le texte va plus loin : il présente l’opération comme un élément d’un plan plus vaste destiné à soutenir les exactions commises contre les Palestiniens et à réduire au silence ceux qui les dénoncent. Gaza y est décrite comme un laboratoire à ciel ouvert pour des technologies de mise à mort et de contrôle pilotées par l’intelligence artificielle — celles-là mêmes que célébrait, selon eux, l’ancienne directrice générale d’Oracle Safra Catz, aujourd’hui administratrice d’Oracle et de Paramount.
Le passage qui pose problème
C’est le paragraphe suivant qui a mis le feu aux poudres. La lettre y écrit que la route de l’intelligence artificielle vers l’ensemble Warner-Paramount passe par Gaza, et présente David Ellison comme l’architecte d’un monde orwellien où lui et son entourage surveilleraient en permanence les spectateurs pendant qu’ils regardent. Le texte s’appuie sur une déclaration d’Ellison évoquant des citoyens qui se tiendraient à carreau parce qu’on enregistre et signale en permanence. Ses détracteurs relèvent que le contexte de cette phrase a disparu au passage : Ellison parlait d’enregistrer des activités criminelles.
Mark Goldfeder, directeur du National Jewish Advocacy Center, a formulé la critique la plus tranchante sur X. Selon lui, une lettre entièrement consacrée à réfuter une prétendue calomnie devrait au minimum être capable de citer cette calomnie et d’expliquer en quoi elle est fausse — ce que celle-ci ne fait jamais. Il affirme que le texte reproduit exactement la structure conspirationniste qu’il prétend rejeter : des milliardaires juifs utilisant une fortune considérable pour concentrer le contrôle des médias, servir un État étranger, façonner la propagande et bâtir un appareil de surveillance généralisée. Et il résume en quatre mots ce qu’il identifie comme les clichés antisémites classiques : l’argent, les médias, la double allégeance, le contrôle occulte.
▫ Toxic avenger
▫Mark Ruffalo tried to recruit ADL CEO to help him apologize for ‘antisemitic’ Paramount rant — but was snubbed
▫@TatianaSiegel27
▫https://t.co/NGkGri8g5N@californiapost #frontpagestoday #USA 🇺🇸 pic.twitter.com/KmVk5PssaV— 𝙵𝚛𝚘𝚗𝚝 𝙿𝚊𝚐𝚎𝚜 𝚃𝚘𝚍𝚊𝚢 📰 (@ukpapers) September 3, 2026
Cette séquence intervient peu après une autre polémique impliquant l’acteur. Ruffalo, aux côtés de Javier Bardem et de dizaines d’autres comédiens de l’univers Marvel, avait réclamé la libération de Marwan Barghouti, condamné pour terrorisme — une initiative à laquelle le gouvernement israélien avait répondu avec vigueur.
Sur le même sujet, retrouvez sur notre site : Paramount contre l’acteur anti-israélien : « Antisémitisme, une ligne rouge franchie » et Hollywood réclame la libération de Marwan Barghouti : ce que les stars de Marvel préfèrent ignorer.






