Ainsi le Hezbollah a enlevé et assassiné les dirigeants de la communauté juive du Liban

Dans le cadre d’un accord conclu cette semaine, Israël devrait libérer des détenus vers le Liban, et en contrepartie, le gouvernement de Beyrouth s’engage à rechercher les dépouilles de disparus juifs. Le bureau du Premier ministre a précisé que Benyamin Netanyahou a donné pour instruction de faire avancer la localisation et le rapatriement des corps des dirigeants de la communauté juive, tombés en martyrs après avoir été enlevés et assassinés au milieu des années 1980 par des organisations terroristes — un épisode qui a porté un coup fatal à la judaïcité libanaise.

La vague d’enlèvements et d’assassinats systématiques a été menée par le Hezbollah entre 1984 et 1986. Le 15 août 1984, quelques mois à peine avant la création officielle de l’organisation terroriste, le secrétaire général de la communauté, Selim Mourad Jamous, fut enlevé à proximité de la synagogue de l’ouest de Beyrouth. Son corps ne fut jamais retrouvé, et il ne fut reconnu comme martyr que près d’une quinzaine d’années plus tard. Le 29 mars 1985, la communauté vécut une nuit d’enlèvements au cours de laquelle disparurent, l’un après l’autre, quatre ou cinq de ses dirigeants les plus en vue : le président de la communauté Isaac Sasson, son adjoint et pédiatre le Dr Elie Hallak, connu comme « le médecin des pauvres », le responsable de la Hevra Kadisha Elie Sror, le comptable Haim Cohen Halala, ainsi que Clément Dana. Quelques mois plus tard furent également enlevés le professeur Isaac Tarab et Raoul Mizrahi, dont le remplaçant fut retrouvé sans vie dix jours après son propre enlèvement — des faits largement documentés par le journaliste Itamar Eichner sur Ynet.

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Un ultimatum resté sans réponse

En novembre 1985, l’Organisation des opprimés sur terre, structure de façade du Hezbollah, revendiqua ces actes. Les ravisseurs envoyèrent une lettre au journal An-Nahar, accompagnée de photographies de quatre des otages, les accusant d’être des agents du Mossad. Parallèlement, ils exigèrent d’Israël qu’il achève son retrait de l’ensemble du territoire libanais et libère 300 combattants détenus par Israël et par l’Armée du Liban-Sud. Le gouvernement d’union nationale dirigé par Shimon Pérès refusa catégoriquement toute négociation ou libération de prisonniers, ce qui poussa le Hezbollah à mettre ses menaces à exécution et à exécuter les otages les uns après les autres.

Haim Cohen Halala fut le premier assassiné : son corps, atteint d’une balle à la tête, fut retrouvé jeté à l’angle d’une rue de Beyrouth en décembre 1985. Peu de temps après, le corps du professeur Tarab fut également découvert. En février 1986, Yehuda Benisti et son fils Ibrahim furent à leur tour enlevés ; le médecin, gravement torturé, mourut étranglé puis abattu. Une semaine plus tard, les ravisseurs annoncèrent l’assassinat du Dr Elie Hallak, qui avait auparavant soigné des otages étrangers et qui ne fut tué qu’après que le Hezbollah eut enlevé un médecin de remplacement pour le seconder. Le corps du Dr Hallak, comme ceux des autres otages dont le sort reste inconnu, devrait désormais faire l’objet de recherches de la part du gouvernement libanais dans le cadre de l’accord actuel.

Ce nouvel accord ravive l’un des chapitres les plus sombres ayant conduit à la quasi-disparition de la communauté juive du Liban. Dans les années 1960, le pays comptait encore environ 9 000 Juifs, mais la situation se dégrada progressivement, poussant nombre d’entre eux à fuir. En 1971, le secrétaire de la communauté, le professeur Albert Elia, fut enlevé à Damas, et lorsque la guerre civile éclata en 1975, il ne restait plus à Beyrouth qu’environ 1 800 Juifs, qui prenaient soin d’éviter tout contact avec Israël, convaincus que leurs voisins les protégeraient.