Trump a reçu des Admorim à la Maison-Blanche, et Vance a plaisanté sur le nombre d’enfants

Rencontre inhabituelle à la Maison-Blanche : le président américain Donald Trump a reçu hier soir (jeudi) des rabbins de premier plan des États-Unis, lors d’une rencontre exceptionnelle à l’approche de Roch Hachana, que la Maison-Blanche a qualifiée de première du genre depuis 1979. Au-delà des vœux pour la nouvelle année, la discussion a porté sur plusieurs sujets préoccupant les communautés haredies aux États-Unis, notamment la crise du logement pour les familles nombreuses, des allègements pour les prisonniers juifs, et l’élargissement des avantages fiscaux pour les familles de plus de trois enfants.

Mais avant même que les rabbins n’entrent dans le Bureau ovale, la rencontre avait déjà suscité des critiques chez certains alliés pro-israéliens de Trump, notamment en raison de la participation de dirigeants du mouvement hassidique de Satmar, opposé au sionisme et à la création d’un État juif avant la venue du Messie.

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Parmi les participants figuraient les deux Admorim rivaux de Satmar, les frères Rabbi Aharon Teitelbaum de Kiryas Joel et Rabbi Zalman Leib Teitelbaum de Williamsburg, aux côtés des Admorim de Bobov et de Vizhnitz, d’un représentant de la dynastie hassidique de Skver, et du chef de la yeshiva de Lakewood, Rabbi Malkiel Kotler. Étaient également présents le gendre et conseiller de Trump, Jared Kushner, le vice-président JD Vance, ainsi que l’élu républicain Mike Lawler, dont la circonscription englobe la ville hassidique de New Square. Selon des personnes présentes, Vance a plaisanté avec les rabbins en disant que « les hassidim sont les seuls à avoir des familles plus grandes que la sienne » — le vice-président est lui-même père de quatre enfants.

Vance a également demandé pourquoi les Admorim portaient des « bekitshe » (habits hassidiques traditionnels) de couleurs différentes. L’un des présents lui aurait répondu en riant que la couleur dépend « du solde du compte en banque », une réponse qui a provoqué des rires dans la salle.

Rabbi Aharon Teitelbaum a béni le président avec la bénédiction traditionnelle « Celui qui accorde le salut aux rois », qu’un de ses proches a traduite en anglais, avant de remettre à Trump un billet contenant les sujets abordés lors de l’échange. Selon l’un des comptes-rendus, le président aurait rangé le billet dans un tiroir de son bureau et paraissait très ému.

Une poignée de main historique entre deux frères séparés

Les critiques contre cette rencontre se sont concentrées principalement sur Satmar. La militante de droite Laura Loomer, proche de Trump, avait affirmé avant même la rencontre que la Maison-Blanche offrait une tribune à des « rabbins anti-israéliens et soutiens de Mamdani », avertissant que cette démarche susciterait la colère des Juifs républicains soutenant le président.

L’animateur de radio conservateur Sid Rosenberg, régulièrement interviewé par Trump, a qualifié l’invitation adressée à Rabbi Aharon Teitelbaum d’« erreur monumentale », estimant qu’il « n’avait aucun droit de se trouver aux côtés du président ». Les deux Admorim n’avaient toutefois pas soutenu Zohran Mamdani lors de l’élection à la mairie de New York.

En toile de fond de cette rencontre planait également la controverse en Israël autour de la conscription des étudiants de yeshiva. Avant son départ pour Washington, Rabbi Aharon Teitelbaum avait déclaré à ses fidèles qu’il comptait demander à Trump d’intervenir en faveur des « dizaines de milliers de Juifs en terre d’Israël » qui, selon lui, font face au décret de conscription. Aucune annonce officielle n’a toutefois confirmé que ce sujet avait effectivement été abordé lors de l’échange ; des personnes présentes ont indiqué que la discussion s’était « principalement concentrée sur des questions internes américaines concernant la communauté haredie ».

La rencontre a également offert un moment rare au sein du monde haredi : les deux Admorim de Satmar, frères à la tête de factions rivales depuis deux décennies et en froid depuis longtemps, se sont serré la main et ont échangé face à face, apparemment pour la première fois depuis des dizaines d’années. Rabbi Aharon a même adressé ses félicitations à son frère à l’occasion des fiançailles de son petit-fils.

Du point de vue de la Maison-Blanche, cette rencontre reflétait aussi une réalité politique simple : ces communautés hassidiques accordent à Trump un soutien électoral particulièrement large, votant parfois presque comme un seul bloc. Selon une source au sein de l’administration, les rabbins ont remercié le président pour son combat contre l’antisémitisme, son soutien à la liberté religieuse et au libre choix des parents en matière d’éducation, ainsi que pour sa politique fiscale en faveur des familles. Trump a de son côté évoqué des grâces présidentielles pour des prisonniers juifs, mentionnant notamment le cas de Sholom Rubashkin, dont il avait déjà commué la peine en 2017.