Le projet visant à produire des composants du système de défense aérienne « Dôme de Fer » en Allemagne prend forme et devrait officiellement voir le jour. Selon une publication du journal économique allemand WirtschaftsWoche, le ministre-président de l’État de Basse-Saxe, Olaf Lies, doit annoncer dès demain (lundi) que l’usine Volkswagen d’Osnabrück sera vendue à un consortium dans lequel figure l’entreprise israélienne Rafael. Le site sera reconverti pour produire des composants destinés au système de défense aérienne « Dôme de Fer ».
Selon cette publication, la production sur le site d’Osnabrück devrait débuter dès l’année prochaine. L’objectif de cette opération est de garantir le maintien en poste des 2 300 employés de l’usine, qui faisait face à une menace de fermeture. Dans le cadre de cette reconversion, l’usine produira des camions lourds destinés au transport de missiles, des lanceurs et des générateurs pour le « Dôme de Fer », tandis que les intercepteurs eux-mêmes ne seront pas fabriqués en Allemagne.
Un montage conçu pour contourner le veto qatari
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La publication précise que la structure retenue pour cette transaction a été élaborée en réponse à l’opposition du fonds d’investissement qatari, actionnaire important de Volkswagen. Ce fonds, qui détient dix pour cent des actions de Volkswagen et dix-sept pour cent des droits de vote au conseil d’administration, avait menacé de faire échouer l’opération. Pour permettre la transaction et sauver l’usine, un montage alternatif a été retenu, dans lequel le groupe automobile ne sera pas directement partie prenante face à Rafael. L’usine sera vendue par Volkswagen à l’État de Basse-Saxe, à l’entreprise Rafael, ainsi qu’à un fonds d’investissement basé à Munich.
Cette opération intervient sur fond de crise persistante chez Volkswagen, qui a approuvé la semaine dernière un vaste plan de restructuration. Ce plan prévoit la suppression de jusqu’à 50 000 postes supplémentaires à travers le monde, qui s’ajoutent à des coupes déjà entamées depuis le début de l’année 2024, portant le total des emplois supprimés à environ 100 000. Le directeur général du groupe, Oliver Blume, cherche à réduire les coûts de plusieurs milliards d’euros face à des charges salariales élevées, une sous-utilisation des lignes de production et une concurrence croissante de l’industrie automobile chinoise. Blume avait déjà indiqué par le passé que le groupe chercherait de nouveaux partenaires et de nouvelles vocations industrielles pour les usines où la production automobile ne pouvait plus être maintenue, ce qui pourrait faire de cet accord un modèle applicable à d’autres sites. Le site d’Osnabrück avait déjà suscité un intérêt sécuritaire par le passé : l’année dernière, les géants européens de l’armement Rheinmetall et KNDS avaient examiné la possibilité de le racheter ou d’en louer certaines parties, sans que ces discussions n’aboutissent à un accord.
Un accord qui s’inscrit dans le réarmement allemand
Parallèlement aux mutations de l’industrie automobile, cette opération reflète l’effort accéléré de réarmement du gouvernement allemand. Le chancelier Friedrich Merz a récemment fait sortir le budget de la défense des contraintes du « frein à l’endettement » constitutionnel, avec l’intention que l’investissement dans les industries de défense serve également de moteur de croissance pour l’économie allemande, en stagnation ces dernières années. L’Allemagne prévoit d’investir plus de 500 milliards d’euros dans le domaine de la défense d’ici la fin de la décennie, les systèmes de défense aérienne ayant été désignés par de hauts responsables gouvernementaux comme l’une des priorités d’acquisition centrales.
Rafael n’a pas répondu aux sollicitations concernant cette publication.
Le projet a connu plusieurs rebondissements ces derniers mois : le fonds souverain qatari, actionnaire de poids chez Volkswagen via deux sièges au conseil de surveillance, s’était opposé dès le mois de juin à toute coopération avec une entreprise de défense israélienne, retardant significativement les négociations entre Volkswagen et Rafael, entamées par la signature d’une lettre d’intention fin avril. Le montage désormais envisagé, avec une prise de participation directe de l’État de Basse-Saxe dans le site d’Osnabrück, permettrait précisément de neutraliser ce blocage actionnarial.
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