Le rabbin Yigal Levenstein n’est pas homme à encaisser une polémique sans répondre. Face aux allégations qui circulent depuis plusieurs jours sur l’existence de sévices sexuels à caractère rituel dans certains milieux religieux, le figure de proue du courant nationaliste-religieux radical a choisi l’offensive frontale. Dans une prise de parole publiée par Kipa News le 18 mars, il balaie les accusations d’un revers de main et les attribue à une campagne délibérée du camp laïc contre le monde religieux.
« Tombez pas dans le piège »
Le ton de Levenstein est celui qu’on lui connaît : direct, sans nuance, et habité par une certitude absolue. Pour lui, la question ne mérite même pas d’être sérieusement examinée. Il interpelle son auditoire religieux avec une indignation appuyée : comment peut-on imaginer sérieusement que des rituels juifs puissent servir de cadre à des violences sur des femmes ? Sa réponse est rhétorique — et sa conclusion est claire : ces allégations ne sont pas une alerte sociale, elles sont une fabrication politique.
Il use du mot hébreu « alyloum » — terme qui évoque directement les « accusations de sang » historiques portées contre les Juifs en Diaspora — pour caractériser ce qu’il décrit comme une attaque systématique du monde laïc contre le monde religieux. Le glissement est intentionnel : il place les religieux israéliens dans la position des victimes d’une persécution, et leurs accusateurs dans la lignée de ceux qui ont, au fil des siècles, utilisé la calomnie comme arme contre les Juifs.
La « progression » comme ennemi
Levenstein va plus loin dans son analyse. Il s’en prend à ce qu’il appelle « le progrès » — terme sous lequel il englobe une vision du monde qu’il décrit comme fondamentalement déstabilisatrice. Selon lui, la méthode de ce courant consiste à prendre les phénomènes les plus marginaux et les plus exceptionnels, à les amplifier jusqu’à les présenter comme représentatifs d’un tout, et à semer ainsi la confusion, la démoralisation et le chaos. Il compare cette mécanique au « concept du 6 octobre » — référence à la doctrine de sécurité israélienne qui a failli avant le massacre du 7 octobre 2023, où la réalité a été ignorée au profit d’une vision confortable. L’analogie est provocatrice : il accuse les milieux laïcs de produire, dans le domaine culturel, le même aveuglement volontaire que celui qui a conduit à la catastrophe sécuritaire.
Ce que Levenstein ne dit pas
La prise de parole du rabbin est un exercice de mobilisation communautaire autant qu’une réponse à des allégations précises. Il ne s’engage à aucun moment dans une réfutation factuelle des cas signalés. Il ne demande pas d’enquête, ne suggère pas de procédure interne, ne reconnaît aucune forme de vulnérabilité possible au sein des institutions religieuses. Sa réponse est entièrement politique : il s’agit de rassurer sa base, de désigner un ennemi extérieur, et de transformer une question de protection des personnes en bataille identitaire entre les deux grandes tribus de la société israélienne.
Ce type de réponse n’est pas propre au monde religieux israélien. Dans de nombreuses communautés fermées, les premières réactions aux allégations d’abus sont la négation et la contre-attaque. Ce qui distingue Levenstein, c’est l’échelle de son influence et la radicalité de sa formulation : en traitant l’ensemble du sujet comme une « calomnie » fabriquée, il rend structurellement impossible toute enquête interne sérieuse dans les milieux qui l’écoutent.
Source : Kipa News, 18 mars 2026
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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