Ancien pilote de chasse et commandant du Vol 69 : OĂč Ă©tait l’ArmĂ©e de l’Air le 7/10 ?

OĂč Ă©tait l’armĂ©e de l’air le 7.10

Je me demande depuis le 7 octobre oĂč se trouvait l’armĂ©e de l’air jusqu’Ă  environ 14 heures et pourquoi elle n’a pas ramĂ© pour chercher le contact et n’a pas agi comme ces hĂ©ros israĂ©liens qui ont quittĂ© leur foyer et se sont battus comme des lions. MĂȘme un an aprĂšs les Ă©vĂ©nements du 7 octobre, il n’y a pas de rĂ©ponse et j’espĂšre qu’un jour nous la recevrons.

Les Ă©vĂ©nements de l’annĂ©e avant la guerre

 Y a-t-il un lien direct ou indirect avec l’absence de rĂ©ponse de l’ArmĂ©e de l’Air le matin du 7 octobre et les Ă©vĂ©nements de l’annĂ©e qui l’a prĂ©cĂ©dĂ©e – les Ă©vĂ©nements de refus et d’incitation au refus de la part de certains anciens responsables de l’ArmĂ©e de l’Air et de certains des pilotes de rĂ©serve, les protestations violentes contre les rĂ©sultats des Ă©lections (ou selon eux la rĂ©forme juridique), qui se poursuivent en rĂ©alitĂ© jusqu’Ă  aujourd’hui en pĂ©riode de guerre ?

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Jusqu’à ce qu’une enquĂȘte approfondie soit menĂ©e et jusqu’à ce qu’elle soit rendue publique, nous ne connaĂźtrons pas la vĂ©ritĂ© et continuerons Ă  vivre dans l’obscuritĂ©. Nous aborderons la question du manque de rĂ©ponse de l’ArmĂ©e de l’Air Ă  la fois indĂ©pendamment des Ă©vĂ©nements de l’annĂ©e prĂ©cĂ©dant la guerre et en relation avec ces Ă©vĂ©nements.
 

Le silence

Certains ont affirmĂ© que l’armĂ©e de l’air Ă©tait « silencieuse » et ne pouvait donc pas rĂ©agir dans un dĂ©lai raisonnable Ă  l’attaque. Il s’agit d’une affirmation fausse et dĂ©connectĂ©e. Le « silence » dans l’ArmĂ©e de l’Air n’est pas un temps d’arrĂȘt ! Le silence dans l’ArmĂ©e de l’Air est une semaine pendant laquelle seuls les vols d’entraĂźnement et d’instruction sont suspendus. Il n’y a pas de changement dans le maintien en veille et dans l’activitĂ© opĂ©rationnelle. Le silence est prĂ©vu dans l’activitĂ© annuelle et a gĂ©nĂ©ralement lieu pendant la pĂ©riode des vacances. Pendant la pĂ©riode de silence, la prĂ©paration et les activitĂ©s opĂ©rationnelles planifiĂ©es ne devraient pas ĂȘtre affectĂ©es. Par consĂ©quent, toute affirmation selon laquelle l’armĂ©e de l’air Ă©tait silencieuse et n’a donc pas rĂ©pondu est complĂštement fausse.

Quel est le degrĂ© d’indĂ©pendance de l’ArmĂ©e de l’Air ?

En guise d’introduction, il est important de dire que l’ArmĂ©e de l’Air n’agit pas seule, mĂȘme si techniquement elle le peut. L’armĂ©e de l’air est une branche des Forces de dĂ©fense israĂ©liennes et est toujours exploitĂ©e comme telle, mĂȘme dans le cadre d’opĂ©rations dans lesquelles elle opĂšre seule. L’armĂ©e de l’air reçoit les renseignements de Tsahal, l’enveloppe opĂ©rationnelle de l’aile des opĂ©rations de Tsahal et est exploitĂ©e uniquement par lui et sous sa direction. L’ArmĂ©e de l’Air ne devrait lancer de maniĂšre indĂ©pendante aucune activitĂ© opĂ©rationnelle liĂ©e aux forces terrestres. L’objectif est qu’il n’y ait pas d’initiatives qui ne soient pas conformes aux objectifs de l’Ă©tat-major et de l’ensemble du systĂšme de dĂ©fense, il s’agit d’agir de maniĂšre synchronisĂ©e avec d’autres organes et unitĂ©s de Tsahal pour atteindre les objectifs et bien sĂ»r pour Ă©viter des dommages Ă  nos forces. Il est inutile de dĂ©crire ce qui se passerait si chaque force ou arme de l’armĂ©e dĂ©cidait et agissait de maniĂšre indĂ©pendante et de son propre chef.

Dans le mĂȘme temps, lorsqu’il apparaĂźt clairement au quartier gĂ©nĂ©ral de l’armĂ©e de l’air qu’il y a une infiltration des kibboutzim par des centaines et des milliers de terroristes du Hamas et qu’un massacre massif a eu lieu et qu’aucune instructions ne soient reçues, il est nĂ©cessaire d’agir immĂ©diatement et d’une maniĂšre diffĂ©rente.

Quand il n’y a pas de notes, il faut jouer sans notes, et c’est ce que nous n’avons pas fait cette fois-ci.

Je me souviens toujours de quelques membres de l’escadron 107, dans lequel j’ai volĂ© pendant la guerre du Kippour, qui Ă©taient en alerte Ă  Sharm le matin du 6 octobre 1973 et se sont retrouvĂ©s dans une situation largement similaire et se sont lancĂ©s sans aucune guidance et confirmation de la tour, et en quelques minutes, ils Ă©taient en combat aĂ©rien contre des vagues d’attaques venues attaquer le champ « Ofir » (Sharm). S’ils s’Ă©taient attardĂ©s et avaient attendu les instructions et les confirmations, ils n’auraient pas pu dĂ©coller et empĂȘcher l’attaque sur le terrain. C’est un excellent exemple de comprĂ©hension de l’image Ă  partir des «fragments d’informations» reçus, d’ingĂ©niositĂ© et de prise d’initiative, et c’est ce qui est exigĂ© de chaque pilote de chasse, de chaque porte-avions et, bien sĂ»r, du contrĂŽleur dans la salle de contrĂŽle.

L’armĂ©e israĂ©lienne et l’armĂ©e de l’air savent comment opĂ©rer conformĂ©ment Ă  des scĂ©narios d’attribution qui sont mis Ă  jour de temps en temps, mais mĂȘme lorsque tous les ordres et descriptions possibles sont prĂ©parĂ©s et mis en pratique, il y aura toujours des situations auxquelles on n’a pas pensĂ© ou prĂ©parĂ© . Il suffit de se rappeller des armĂ©es arabes lors de la guerre du Kippour, la brĂšche de la barriĂšre de masse Ă  Majdal Shams en 2011 et, comme mentionnĂ©, l’attaque du Hamas le 7 octobre avec la guerre des « Ă©pĂ©es de fer ». Nous devons comprendre qu’il y aura toujours des situations auxquelles nous n’étions pas prĂ©parĂ©s et nous devons savoir comment y rĂ©pondre.
 

Le matin de 7 octobre, les Forces de dĂ©fense israĂ©liennes et l’armĂ©e de l’air ont Ă©tĂ© confrontĂ©es Ă  une telle situation et il leur fallait rĂ©agir rapidement Ă  un scĂ©nario auquel elles ne s’Ă©taient pas prĂ©parĂ©es, il n’y avait pas d’ordres appropriĂ©s.

Lorsque des milliers de Gazaouis campent sur la clĂŽture sans aucun avertissement et sans que les forces de dĂ©fense de Tsahal de l’autre cĂŽtĂ© soient censĂ©es rĂ©agir et les arrĂȘter, c’est le chaos et un rĂ©tablissement rapide et une initiative sont nĂ©cessaires de la part de Tsahal et en gĂ©nĂ©ral et l’ArmĂ©e de l’Air en particulier. L’ArmĂ©e de l’Air a la capacitĂ© de rĂ©agir rapidement et d’agir rapidement et efficacement, mĂȘme dans les situations pour lesquelles elle est destinĂ©e, mais elle nĂ©cessite ici de l’initiative et une façon de penser diffĂ©rente.

Il faut ici une rĂ©cupĂ©ration rapide et une initiative, ce qui ne s’est pas produit avant de nombreuses heures, au contraire, une paralysie complĂšte et terrible s’est emparĂ©e de ces corps. L’ArmĂ©e de l’Air, en tant qu’organisme efficace et dĂ©terminĂ©, devait initier une action qui dĂ©clencherait une rĂ©ponse appropriĂ©e, mĂȘme partielle, mais cela ne s’est produit que vers 14 heures, mais c’Ă©tait trop tard !

Il est important d’admettre et de dire que Tsahal et l’armĂ©e de l’air n’ont pas rĂ©ussi Ă  protĂ©ger les frontiĂšres et les habitants. C’est l’objectif ultime de l’armĂ©e de l’air et de Tsahal, et elles ont lamentablement Ă©chouĂ©. Est-ce la raison pour laquelle les personnes qui composaient le personnel des salles de contrĂŽle, y compris le commandant, souffraient d’une paralysie qui ne leur permettait pas de fonctionner pendant de si longues heures ?

J’ai du mal Ă  y croire. Tout cela doit ĂȘtre Ă©tudiĂ© et publiĂ© et les leçons apprises doivent ĂȘtre corrigĂ©es immĂ©diatement.
 

Que pourrait faire l’ArmĂ©e de l’Air ?

L’ArmĂ©e de l’Air sait recueillir des renseignements par des moyens technologiques aussi bien que par des moyens simples (patrouilles Ă  vue par drones, hĂ©licoptĂšres et avions de combat), puis agir immĂ©diatement en « petits cercles » Ă  partir de ces renseignements pour frapper et tuer le plus grand nombre de terroristes qui avaient franchis la clĂŽture d’ouest en est et surtout Ă©liminer les  Ă©normes « entonnoirs » des milliers de terroristes qui ont franchi la clĂŽture. Je suis convaincu que dĂšs que les pilotes seraient arrivĂ©s et auraient vu de leurs propres yeux l’image de la bataille des milliers de terroristes de Nohba et de Gazaouis sur la clĂŽture, ils auraient su comment gĂ©rer l’incident.

En outre, des vols de « dĂ©monstration de prĂ©sence » au-dessus des kibboutzim, dans la zone de la barriĂšre et dans la bande de Gaza, perturberaient presque certainement certains de leurs plans et permettraient Ă  certaines des personnes enlevĂ©es de s’Ă©chapper. Encore une fois, il est important de se rappeler Ă  quel point le temps est critique dans de tels cas. J’estime que les rĂ©sultats du massacre ont Ă©tĂ© sensiblement diffĂ©rents, en fonction bien sĂ»r du moment de la rĂ©ponse.

Si l’armĂ©e de l’air avait rĂ©agi immĂ©diatement et de maniĂšre dĂ©cisive dĂšs la premiĂšre heure – les deux premiĂšres heures – le nombre de victimes du massacre et le nombre de personnes enlevĂ©es auraient Ă©tĂ© bien moindres. Il est important de souligner que le temps est trĂšs critique dans une telle situation et qu’il est important d’agir rapidement et par tous les moyens.
 

Les Ă©vĂ©nements du refus et le lien avec la non-rĂ©ponse de l’ArmĂ©e de l’Air

Y a-t-il un lien entre les Ă©vĂ©nements de refus de servir survenus l’annĂ©e prĂ©cĂ©dant la guerre ?
Apparemment, il n’y a aucun lien puisque l’ArmĂ©e de l’Air a dĂ©clarĂ© que tout le monde s’est prĂ©sentĂ© aux escadrons et aux salles de contrĂŽle dĂšs le dĂ©but des Ă©vĂ©nements et de l’appel au rapport. Dans le mĂȘme temps, il est difficile d’ignorer toutes ces dĂ©clarations dures de non-volontariat/rĂ©ticence de la part de certains anciens rĂ©servistes actifs de l’armĂ©e de l’air. Les partisans du refus promettaient avant tout qu’il n’y aurait ni armĂ©e ni force aĂ©rienne, et il en fut effectivement ainsi pendant plus de 8 heures. Toutes les menaces de « refus » entendues au cours des neuf mois prĂ©cĂ©dant le 7 octobre se sont rĂ©alisĂ©es une Ă  une.

Le fait qu’avant d’Ă©crire ces lignes, il n’y avait eu aucune excuse ou reconnaissance de la part du commandant de l’armĂ©e de l’air et du chef d’Ă©tat-major, et qu’un seul refusant ou instigateur de refus n’avait pas Ă©tĂ© retirĂ© du service de rĂ©serve (et s’il Ă©tait retirĂ©, il Ă©tait renvoyĂ© presque immĂ©diatement) , tout cela fonde le soupçon selon lequel il existe une autre raison Ă  la non-rĂ©ponse de l’armĂ©e de l’air. Tout cela fait partie du puzzle de la terrible omission, peut-ĂȘtre depuis la crĂ©ation de l’État, qui n’a pas encore fait l’objet d’une enquĂȘte (du moins pas publiĂ©e), et qui doit l’ĂȘtre jusqu’au bout.
 
Résumé

L’armĂ©e de l’air et Tsahal doivent mener une enquĂȘte approfondie  sur la vĂ©ritĂ©, la publier et en tirer des leçons pour le bien du peuple d’IsraĂ«l et des gĂ©nĂ©rations futures.

L’article a Ă©tĂ© rĂ©digĂ© par le colonel (de rĂ©serve) Meir Most, pilote de chasse et ancien commandant du vol 69, chef d’Ă©tat-major « Pilotes et combattants contre le refus ».

Crédit photo : Association « Pilotes et combattants contre le refus »

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