La plus grande histoire mĂ©diatique en IsraĂ«l la semaine dernière a Ă©tĂ© la chute de la ville d’Evyatar en Samarie.
Evyatar est situĂ© entre trois villages palestiniens et deux villages israĂ©liens. Il existe depuis 2013, Ă la suite du meurtre d’Evyatar Borovsky Ă proximitĂ©, avant d’ĂŞtre dĂ©truit par les Forces de dĂ©fense israĂ©liennes. Il a Ă©tĂ© Ă nouveau reconstruit en mai par 50 familles en rĂ©ponse au meurtre de Yehuda Guetta.
Il y a un peu plus de deux semaines, le ministre de la DĂ©fense Benny Gantz a Ă©mis un nouvel ordre d’expulsion. La police et l’armĂ©e ont fait venir des renforts pour l’exĂ©cuter. Des militants de toute la JudĂ©e-Samarie et de tout le pays ont commencĂ© Ă diffuser sur Evyatar pour soutenir ses rĂ©sidents. Le compte Ă rebours de l’Ă©preuve de force a commencĂ©.
Lundi dernier, les parties ont annoncĂ© qu’elles Ă©taient parvenues Ă un accord. La confrontation Ă©tait terminĂ©e. Le Premier ministre Naftali Bennett et son acolyte, la ministre de l’IntĂ©rieur Ayelet Shaked, ont nĂ©gociĂ© un accord entre les habitants de Gantz et d’Evyatar avec le soutien du chef du Conseil rĂ©gional de Samarie, Yossi Dagan, et d’autres dirigeants communaux, dont la lĂ©gende de la colonie Daniella Weiss. L’accord prĂ©voyait l’Ă©vacuation de la majeure partie des habitants, la poursuite des activitĂ©s de la yeshiva du site et le maintien des enseignants et des Ă©tudiants dans la ville.
Les dirigeants des implantations et les mĂ©dias religieux sionistes, ainsi que Bennett et Shaked, ont dĂ©clarĂ© la victoire. C’Ă©tait la preuve que mĂŞme s’il formait un gouvernement dominĂ© par le bloc gauche-arabe, Bennett Ă©tait toujours un homme de droite, et obtenait mĂŞme l’accord de la gauche radicale et des islamistes pour Ă©tablir une nouvelle communautĂ© en Samarie.
Pas si vite, dit Gantz. Gantz a rejetĂ© l’accord. L’accord rĂ©ellement conclu ne comportait qu’une seule clause opĂ©rationnelle : les rĂ©sidents ont acceptĂ© d’Ă©vacuer d’ici vendredi. Gantz a donnĂ© une liste d’accords conditionnels qui mènent tous Ă une conclusion : les rĂ©sidents ont Ă©tĂ© eus. Evyatar pourrait se relever Ă une date ultĂ©rieure. Mais ce ne sera probablement pas le cas. Et pourtant, les habitants, les principales personnalitĂ©s religieuses sionistes, les dirigeants politiques et communaux ont tous acceptĂ© l’accord et ont fĂ©licitĂ© Bennett et Shaked pour leur leadership et leur soutien.
Les dĂ©tails de l’accord – Ă©vacuation rĂ©elle en Ă©change de vagues promesses d’accords futurs pour rĂ©tablir la yeshiva en attendant divers niveaux d’approbation rĂ©glementaire – indiquent clairement que le but de l’exercice n’Ă©tait pas d’ouvrir la voie Ă l’Ă©tablissement d’une nouvelle communautĂ© juive. en JudĂ©e et Samarie. C’Ă©tait pour Ă©viter l’embarras politique pour Bennett et Shaked, et pour l’Ă©lite sioniste religieuse qui partage leur haine pour l’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu. La mĂŞme Ă©lite qui soutient la dĂ©cision de Bennett et Shaked d’abandonner le bloc de droite composĂ© du Likoud, des ultra-orthodoxes et des Ă©lĂ©ments les plus idĂ©ologiquement rigides de la communautĂ© religieuse sioniste et de former un gouvernement avec la gauche, la gauche radicale et les Frères musulmans -parti islamiste alignĂ©.
La couverture de saturation que l’histoire d’Evyatar a reçue cachait une histoire stratĂ©gique beaucoup plus vaste. Alors que Bennett, Shaked, Dagan et d’autres dirigeants des implantatioons prĂ©tendaient ouvrir la voie Ă la crĂ©ation officielle d’Evyatar Ă l’avenir, les partenaires de la coalition de Bennett et Shaked, le ministre des Affaires Ă©trangères Yair Lapid et le chef de Ra’am Mansour Abbas, poussaient IsraĂ«l vers le bas voie qui met en danger l’existence de toutes les communautĂ©s israĂ©liennes en JudĂ©e-Samarie.
Mardi, Lapid s’est rendu Ă Abu Dhabi pour assister Ă l’ouverture officielle de l’ambassade d’IsraĂ«l aux Émirats arabes unis.
Bien qu’il ait fait l’Ă©loge des Accords d’Abraham lors de la cĂ©rĂ©monie officielle, lors d’un briefing avec des journalistes après les heures de bureau, Lapid les a rabaissĂ©s et a rabaissĂ© leur parrain, l’ancien prĂ©sident amĂ©ricain Donald Trump.
Lapid a dĂ©clarĂ© aux journalistes : « L’administration prĂ©cĂ©dente avait le sentiment qu’ils [les accords d’Abraham] sont venus Ă la place [du processus de paix avec les Palestiniens] pour montrer au monde que vous n’avez pas besoin d’avancer sur le front palestinien.
En d’autres termes, alors qu’il Ă©tait assis Ă Abou Dhabi, Lapid a dĂ©clarĂ© aux journalistes qu’il n’y avait aucune valeur intrinsèque Ă l’accord de paix entre son pays et son pays hĂ´te. Ce n’Ă©tait qu’un coup montĂ© pour Ă©carter les Palestiniens.
Il n’y a littĂ©ralement aucune vĂ©ritĂ© dans cette affirmation. Mais en plus de montrer sa propre turpitude morale, la dĂ©claration de Lapid a indiquĂ© ses prioritĂ©s stratĂ©giques. Le fait est que les accords d’Abraham reprĂ©sentent l’avancĂ©e stratĂ©gique la plus importante d’IsraĂ«l depuis la guerre des Six Jours de 1967. Comme cette guerre, ils ont complètement transformĂ© le conflit arabe avec IsraĂ«l. Si la guerre des Six Jours a clairement montrĂ© au monde arabe qu’IsraĂ«l Ă©tait une force avec laquelle il fallait compter, les Accords d’Abraham ont exprimĂ© l’acceptation par le monde arabe d’IsraĂ«l en tant que voisin permanent et bienvenu. Bien que tous les États arabes n’aient pas rejoint les accords d’Abraham, les accords ont effectivement mis fin au conflit du monde arabe avec IsraĂ«l.
De plus, Trump et son Ă©quipe n’ont pas utilisĂ© les accords pour Ă©carter les Palestiniens. Ils ont passĂ© trois ans Ă dĂ©velopper le plan amĂ©ricain de paix entre les Palestiniens et IsraĂ«l le plus dĂ©taillĂ© de l’histoire. Certes, les accords d’Abraham ont mis fin au veto palestinien sur la paix israĂ©lo-arabe. Mais ils ne sont venus qu’après que les Palestiniens ont rejetĂ© la paix.
L’Ă©quipe Biden, comme les Palestiniens, ne peut pas se conformer au plan Trump car il fait deux choses qu’ils dĂ©testent. Premièrement, il reconnaĂ®t qu’IsraĂ«l a des droits souverains sur la JudĂ©e-Samarie et soutient l’incorporation permanente des communautĂ©s israĂ©liennes de JudĂ©e-Samarie et de la vallĂ©e du Jourdain dans le territoire souverain d’IsraĂ«l.
Deuxièmement, il conditionne le soutien des États-Unis Ă la crĂ©ation d’un État palestinien au respect par les Palestiniens de leurs obligations juridiques envers IsraĂ«l et les États-Unis. Dans le cadre du plan Trump, pour recevoir le soutien des États-Unis Ă l’État palestinien, les Palestiniens doivent cesser de soutenir le terrorisme et accepter le droit de l’État juif Ă exister.
Comme les Palestiniens, l’administration Biden ne veut pas obliger les Palestiniens Ă mettre fin Ă leur parrainage du terrorisme ou Ă accepter IsraĂ«l. Comme les Palestiniens, ils veulent faire porter toute la responsabilitĂ© de la « paix » Ă IsraĂ«l. Étant donnĂ© que Lapid a fait de s’entendre avec l’administration Biden sa prioritĂ© absolue, sa dĂ©claration Ă Abou Dhabi a servi de dĂ©claration qu’il Ă©tait pleinement Ă bord de l’Ă©quipe Biden-Palestinienne.
Cela nous amène Ă Mansour Abbas. Comme l’a rapportĂ© la 20e chaĂ®ne mardi dernier, plus tĂ´t dans la semaine, Hassan Asfour, un haut responsable du Fatah impliquĂ© dans les nĂ©gociations entre le Fatah et le Hamas, a dĂ©clarĂ© Ă la tĂ©lĂ©vision Ă©gyptienne qu’Abbas servait de mĂ©diateur entre le Hamas et l’administration Biden. Le but des pourparlers est d’ouvrir la voie Ă des liens officiels des États-Unis avec l’organisation terroriste. InterrogĂ©, Abbas n’a pas niĂ© le rĂ©cit d’Asfour.
Channel 20 a Ă©galement rapportĂ© que dans une interview avec les mĂ©dias arabes la semaine dernière, Abbas a dĂ©clarĂ© que son appartenance au gouvernement Bennett-Lapid est la preuve nĂ©cessaire pour montrer que le gouvernement rĂ©pondra positivement aux demandes palestiniennes. Comme Ra’am, le Hamas est alignĂ© sur les Frères musulmans.
Le responsable de l’administration Biden Ă la tĂŞte de la ligne pro-Hamas est Hady Amr, sous-secrĂ©taire d’État adjoint pour IsraĂ«l et les Palestiniens. Amr serait le candidat de Biden au poste de consul gĂ©nĂ©ral dans le consulat que Biden a l’intention d’ouvrir Ă JĂ©rusalem pour servir les Palestiniens.
En 2018, en tant que chercheur principal au Brookings Institute, Amr Ă©tait l’auteur principal d’un document d’orientation appelant Ă une future administration dĂ©mocrate pour officialiser les liens des États-Unis avec le Hamas dans la mesure permise par la loi. Il a Ă©galement appelĂ© Ă l’intĂ©gration du Hamas dans l’OLP. Amr a demandĂ© que de vastes Ă©tendues de terres sous contrĂ´le israĂ©lien dans la zone C de JudĂ©e-Samarie soient transfĂ©rĂ©es sous contrĂ´le palestinien et que les droits de construction juifs soient gelĂ©s. Et il a recommandĂ© d’utiliser la vulnĂ©rabilitĂ© d’IsraĂ«l dans les forums internationaux comme les Nations Unies et l’Union europĂ©enne pour forcer son gouvernement Ă se conformer aux diktats amĂ©ricains.
L’intrigue internationale de Lapid et Abbas nous ramène Ă Evyatar et aux chefs religieux sionistes qui ont louĂ© un accord qui voit une communautĂ© se dĂ©manteler. Qui a fĂ©licitĂ© Bennett et Shaked pour avoir formĂ© une coalition dominĂ©e par des forces dĂ©terminĂ©es Ă dĂ©truire les communautĂ©s juives de JudĂ©e et de Samarie.
Les applaudissements que des dirigeants comme Dagan ont dĂ©versĂ©s sur l’accord d’Evyatar et sur Bennett et Shaked ont provoquĂ© la colère des militants du Likoud et des ultra-orthodoxes. Voici Dagan et Weiss louant un accord qui ne leur a rien donnĂ© tout en crĂ©ant un prĂ©cĂ©dent dangereux Ă la fois pour les futures colonies et pour les futures Ă©vacuations. Et l’annĂ©e dernière, les mĂŞmes dirigeants sont entrĂ©s en guerre contre le plan de souverainetĂ© Netanyahu-Trump.
Ce plan a donnĂ© Ă IsraĂ«l la souverainetĂ© sur toutes les communautĂ©s israĂ©liennes de JudĂ©e-Samarie et de la vallĂ©e du Jourdain – 90 % de ce que veulent des dirigeants comme Dagan et Weiss, et une voie pour atteindre les 10 % restants de leur objectif. Mais Dagan et ses partenaires ont dĂ©clarĂ© que cet accord mettait en pĂ©ril tout ce qu’ils avaient construit et ont commencĂ© Ă attaquer Trump et Netanyahu.
Bennett est le premier Premier ministre vĂŞtu de kippa de l’histoire d’IsraĂ«l. Pour la gĂ©nĂ©ration prĂ©cĂ©dente, les sionistes religieux ont rĂŞvĂ© bruyamment du jour oĂą le premier ministre viendrait de leur communautĂ©. Donc, pour certains membres de la communautĂ©, Bennett semble ĂŞtre un rĂŞve devenu rĂ©alitĂ©.
Mais la dĂ©mocratie est un jeu difficile. Dans des circonstances normales, vous ne pouvez obtenir ce que vous voulez qu’en augmentant votre nombre. En tant que petite minoritĂ©, les sionistes religieux n’ont aucune chance de devenir la plus grande force politique du pays. Ainsi, le jeu de la dĂ©mocratie exigeait qu’ils fassent partie du bloc de droite-religieux. Certes, ils Ă©taient d’accord avec le Likud et les partis ultra-orthodoxes sur 90 % des questions et ont reçu 90 % de ce qu’ils voulaient. Mais le Likoud, la plus grande faction, Ă©tait en charge de la politique nationale. Et les ultra-orthodoxes, qui sont Ă©galement plus nombreux que les sionistes religieux, ont pris le contrĂ´le du Grand Rabbinat.
Ne voulant pas accepter ce compromis, Bennett en a fait un autre, antidĂ©mocratique. Il a abandonnĂ© ses alliĂ©s. Il a fait passer sa faction de six sièges Ă la Knesset de l’autre cĂ´tĂ© et a formĂ© un nouveau partenariat avec le bloc arabe de gauche. Certes, ses Ă©lecteurs et leurs Ă©lecteurs ne sont d’accord que sur 10 % des questions. Mais concĂ©der presque tout ce qui Ă©tait important pour un titre valait le sacrifice.
La trahison des principes de Bennett pour sa position a fait de lui le politicien le plus dĂ©testĂ© d’IsraĂ«l parmi ses anciens alliĂ©s mĂ©prisĂ©s du bloc religieux de droite. Mais jusqu’Ă cette semaine, on supposait qu’il avait agi sans le soutien de ses Ă©lecteurs. La volontĂ© de la direction religieuse sioniste de se tenir Ă ses cĂ´tĂ©s sur Evyatar a indiquĂ© qu’il n’agissait pas entièrement seul. Il avait une circonscription pour sa trahison. Les dirigeants des colons qui se sont opposĂ©s au plan de souverainetĂ© du Likoud soutiennent un accord d’Ă©vacuation qui garantit la mainmise de Bennett au pouvoir tout en mettant en danger l’ensemble de l’entreprise de colonisation en JudĂ©e-Samarie.
Le clivage n’est pas seulement entre Bennett et Netanyahu. C’est entre l’Ă©lite sioniste religieuse et le camp nationaliste dans son ensemble.
Et c’est la vraie histoire de la semaine dernière. La direction stratĂ©gique dans laquelle Lapid et Abbas prennent le pays mettra bientĂ´t en pĂ©ril tout ce que les sionistes religieux ont travaillĂ© en JudĂ©e-Samarie depuis la guerre des Six Jours. Leur dĂ©cision d’Ă©viter une confrontation Ă Evyatar garantit que la prochaine confrontation sera bien pire. Et lorsqu’ils sont appelĂ©s au combat, s’Ă©tant coupĂ©s de leurs partenaires et alliĂ©s pour suivre leur chef opportuniste, ils se retrouveront seuls.
PAR CAROLINE GLICK




