« Ce n’est pas la climatisation » : un membre du conseil municipal dĂ©nonce les rumeurs

L’émotion reste immense Ă  JĂ©rusalem aprĂšs le drame survenu dans un Ă©tablissement d’accueil de la petite enfance, un Ă©vĂ©nement qui a profondĂ©ment bouleversĂ© les familles concernĂ©es, mais aussi l’ensemble du public haredi et, au-delĂ , la sociĂ©tĂ© israĂ©lienne tout entiĂšre. Alors que les circonstances exactes de l’accident font toujours l’objet d’une enquĂȘte officielle, une tempĂȘte mĂ©diatique et de rumeurs s’est rapidement abattue sur l’affaire, provoquant peur, colĂšre et incomprĂ©hension. Face Ă  cette situation, Elhanan Grossboim, membre du conseil municipal de JĂ©rusalem et titulaire du portefeuille des Affaires sociales, a dĂ©cidĂ© de sortir publiquement du silence pour dĂ©noncer ce qu’il qualifie de « discours irresponsable ».

Dans une interview accordĂ©e Ă  la radio, Grossboim a d’emblĂ©e exprimĂ© sa solidaritĂ© avec les familles endeuillĂ©es. « Avant toute chose, je prĂ©sente mes condolĂ©ances aux familles prĂ©cieuses qui vivent une douleur inimaginable », a-t-il dĂ©clarĂ©. « C’est une tragĂ©die pour les familles, une tragĂ©die pour le public haredi, et il faut le dire avec honnĂȘtetĂ© et avec une immense douleur. » Pour lui, le drame revĂȘt une dimension collective : il ne s’agit pas seulement d’un Ă©vĂ©nement isolĂ©, mais d’un choc profond qui touche toute une communautĂ© dĂ©jĂ  Ă©prouvĂ©e.

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Stopper la spirale des rumeurs

TrĂšs vite aprĂšs la rĂ©vĂ©lation de l’accident, les rĂ©seaux sociaux et certains canaux mĂ©diatiques ont relayĂ© des hypothĂšses non vĂ©rifiĂ©es sur les causes possibles du drame. Parmi elles, des affirmations selon lesquelles un incendie, un chauffage excessif ou encore un dysfonctionnement de la climatisation auraient provoquĂ© la catastrophe. Des rumeurs que Grossboim a fermement rejetĂ©es. « On a parlĂ© d’un feu dans l’appartement, d’une chaleur extrĂȘme, de la climatisation. Je le dis clairement : ce n’est pas la climatisation. Le climatiseur Ă©tait rĂ©glĂ© Ă  25 degrĂ©s. On ne meurt pas Ă  cause d’un climatiseur Ă  cette tempĂ©rature », a-t-il martelĂ©.

Selon lui, ces spĂ©culations ont eu des consĂ©quences concrĂštes et immĂ©diates. « Des mĂšres se sont levĂ©es en pleine nuit pour Ă©teindre les climatiseurs par peur. C’est un dommage rĂ©el causĂ© par un discours irresponsable », a-t-il expliquĂ©. Pour Grossboim, la propagation d’informations non fondĂ©es a gĂ©nĂ©rĂ© une panique inutile, ajoutant de l’angoisse Ă  une population dĂ©jĂ  profondĂ©ment choquĂ©e par la perte d’enfants en bas Ăąge.

Le chaos des premiĂšres heures

Le responsable municipal a Ă©galement Ă©voquĂ© le dĂ©sordre qui a rĂ©gnĂ© dans les premiĂšres heures suivant le drame. « Il y avait beaucoup de chaos sur place », a-t-il reconnu. « De nombreuses forces de secours sont arrivĂ©es simultanĂ©ment, ce qui est comprĂ©hensible dans un Ă©vĂ©nement de cette gravitĂ©. Mais en parallĂšle, des personnes ont diffusĂ© des messages sans savoir rĂ©ellement ce qui s’était passĂ©. La vĂ©ritĂ©, c’est que nous ne savons pas encore exactement ce qui s’est produit. »

Dans ce contexte d’incertitude, Grossboim a tenu Ă  rappeler un principe fondamental : la prĂ©somption d’innocence. « On ne peut pas accuser maintenant. La gardienne, d’aprĂšs ce que nous avons entendu jusqu’à prĂ©sent, a droit Ă  la prĂ©somption d’innocence », a-t-il soulignĂ©, mettant en garde contre toute tentative de dĂ©signer un coupable avant la fin de l’enquĂȘte officielle.

Une communauté sous le feu des critiques

Au-delĂ  de l’aspect factuel, l’élu municipal a vivement critiquĂ© le climat de stigmatisation qui, selon lui, s’est rapidement dĂ©veloppĂ© Ă  l’encontre du public haredi aprĂšs l’accident. « Nous sommes revenus Ă  un discours de ‘qui est coupable’ et de ‘les haredim sont coupables’. Cela doit s’arrĂȘter immĂ©diatement », a-t-il dĂ©noncĂ©. Pour Grossboim, certaines rĂ©actions mĂ©diatiques ont ravivĂ© des fractures sociales profondes, transformant une tragĂ©die humaine en instrument de polarisation.

« Le public haredi est un public responsable, fort, qui fait extrĂȘmement attention Ă  la sĂ©curitĂ© et Ă  la vie de ses enfants », a-t-il insistĂ©. « Nous n’accepterons pas de leçons de morale de la part de certains mĂ©dias dont l’objectif est uniquement d’attiser la haine contre nous. Il faut rendre sa fiertĂ© au public haredi : nous croyons en notre voie et nous continuerons Ă  Ă©lever nos enfants de maniĂšre responsable. »

Responsabilité, mais pas chasse aux sorciÚres

Pour autant, Grossboim n’a pas exclu la nĂ©cessitĂ© d’un examen approfondi et d’éventuelles rĂ©formes. « Il est Ă©vident qu’un examen sĂ©rieux doit ĂȘtre menĂ© », a-t-il reconnu, appelant Ă  tirer des enseignements professionnels et institutionnels de ce drame. Dans cette optique, il a rĂ©vĂ©lĂ© qu’une initiative Ă©tait en cours Ă  la MunicipalitĂ© de JĂ©rusalem : un programme visant Ă  renforcer la formation des personnels de la petite enfance.

« À la municipalitĂ© de JĂ©rusalem, nous avançons vers un plan selon lequel toutes les Ă©ducatrices et aides-soignantes – qu’elles travaillent dans des structures privĂ©es ou Ă  domicile – suivront des cours de formation et de sĂ©curitĂ© organisĂ©s et encadrĂ©s », a-t-il annoncĂ©. L’objectif est clair : amĂ©liorer les standards, renforcer les contrĂŽles et prĂ©venir autant que possible de futurs drames, sans pour autant transformer l’enquĂȘte en procĂšs public prĂ©maturĂ©.

Un appel Ă  la retenue et Ă  l’humanitĂ©

En conclusion, Grossboim a lancĂ© un appel Ă  la responsabilitĂ© collective. « Ce n’est pas le moment des accusations », a-t-il affirmĂ©. « C’est le moment de s’arrĂȘter, de pleurer, d’ĂȘtre responsables. » Pour lui, la prioritĂ© doit rester l’accompagnement des familles endeuillĂ©es, le respect du processus d’enquĂȘte et la lutte contre la dĂ©sinformation.

Alors que l’enquĂȘte se poursuit et que les autoritĂ©s cherchent Ă  Ă©tablir les faits avec prĂ©cision, ses dĂ©clarations mettent en lumiĂšre un enjeu central : dans une sociĂ©tĂ© marquĂ©e par des tensions sociales et identitaires, la maniĂšre de traiter une tragĂ©die peut soit apaiser, soit aggraver les fractures existantes. Entre douleur, colĂšre et quĂȘte de vĂ©ritĂ©, la ligne est mince. Et, comme le rappelle Grossboim, la responsabilitĂ© des responsables publics et des mĂ©dias est immense.