Deux semaines. C’est le temps qui s’est Ă©coulĂ© depuis l’incident. Et la question la plus Ă©lĂ©mentaire — que faisait exactement cet engin dans les eaux israĂ©liennes ? — reste sans rĂ©ponse officielle. C’est ce silence qui a poussĂ© le correspondant militaire Shai LĂ©vy Ă tirer la sonnette d’alarme : « Quelqu’un dans l’appareil de sĂ©curitĂ© ne dit pas toute la vĂ©ritĂ©, et peut-ĂŞtre aussi est en train de construire un narratif. »
L’incident en question remonte Ă environ deux semaines. Un engin nautique — jet-ski ou embarcation non habitĂ©e — a franchi la frontière orientale du golfe d’Eilat depuis la Jordanie. IdentifiĂ© par des combattants de la marine israĂ©lienne, il a essuyĂ© des tirs qui l’ont touchĂ©, puis il est retournĂ© en direction de la Jordanie. L’Ă©vĂ©nement n’a pas Ă©tĂ© signalĂ© en temps rĂ©el. C’est seulement maintenant, après que le chef du Shin Bet a dĂ©signĂ© Eilat comme foyer de risque terroriste, que l’affaire refait surface.
Un rĂ©cit qui se dĂ©fait sous l’examen
Au lendemain de l’incident, des informations Ă©manant de sources jordaniennes indiquaient qu’une personne se trouvant Ă bord de l’engin avait Ă©tĂ© blessĂ©e lors des tirs. Mais les vĂ©rifications menĂ©es ensuite n’ont fourni aucune indication de la prĂ©sence d’un conducteur. Dans l’appareil de sĂ©curitĂ© israĂ©lien, l’hypothèse que ces informations jordaniennes Ă©taient erronĂ©es — ou dĂ©libĂ©rĂ©ment fausses — a commencĂ© Ă gagner du terrain.
Une autre piste a donc Ă©mergĂ© : l’engin Ă©tait peut-ĂŞtre entièrement non habitĂ©, conçu pour collecter du renseignement ou transporter des explosifs. Une troisième hypothèse est Ă©galement examinĂ©e — celle qu’un acteur hostile ait voulu tester la rĂ©activitĂ© et le niveau de prĂ©paration des forces israĂ©liennes dans cette zone. L’une des pistes explorĂ©es pointe vers des Ă©lĂ©ments liĂ©s aux Houthis, dans la perspective d’une future tentative d’action hostile dans l’espace maritime d’Eilat.
Les questions techniques que pose Shai Lévy
Le correspondant militaire met le doigt sur ce qui rend l’incertitude persistante encore plus troublante : la marine israĂ©lienne dispose de systèmes technologiques avancĂ©s, notamment le système Typhoon — un système d’armement Ă distance que les navires de combat utilisent couramment — ainsi que d’autres Ă©quipements permettant l’identification prĂ©cise d’une embarcation et de ce qui se trouve Ă son bord.
« Si après deux semaines on n’est toujours pas capable de rĂ©pondre Ă cette question, alors quelqu’un dans l’appareil de sĂ©curitĂ© ne dit pas toute la vĂ©ritĂ©, et peut-ĂŞtre aussi construit un narratif », a affirmĂ© LĂ©vy sans dĂ©tour. En d’autres termes : avec les moyens techniques disponibles, l’absence de rĂ©ponse claire ne s’explique pas par une limitation technologique — elle s’explique par un choix.
Le timing du Shin Bet
Ce qui rend l’affaire encore plus Ă©trange, c’est la sĂ©quence : l’incident est survenu il y a environ deux semaines, dans un silence total. Puis, soudainement, le chef du Shin Bet a identifiĂ© publiquement Eilat comme un foyer de risque terroriste. C’est cette dĂ©signation qui a, pour ainsi dire, tirĂ© l’incident de l’ombre et provoquĂ© les premières questions publiques.
Shai LĂ©vy reconnaĂ®t par ailleurs que Tsahal salue le comportement du commandant du navire — ce qui indique que l’ouverture du feu est considĂ©rĂ©e comme justifiĂ©e. Mais fĂ©liciter les opĂ©rateurs ne rĂ©pond pas Ă la question sur la nature de l’objet qu’ils ont touchĂ©, ni sur les circonstances exactes de l’incident.
L’affaire reste donc suspendue : un incident dont on ignore encore s’il impliquait un ĂŞtre humain ou un drone, une embarcation jordanienne ordinaire Ă©garĂ©e ou un outil de reconnaissance dĂ©libĂ©rĂ©, un incident isolĂ© ou un premier sondage avant quelque chose de plus ambitieux. Deux semaines, et aucune de ces questions ne trouve de rĂ©ponse dans l’espace public.
Pour aller plus loin :
- Eilat frappĂ©e par un drone houthi : un ex-gĂ©nĂ©ral de l’armĂ©e de l’air israĂ©lienne dĂ©nonce « un Ă©chec de la dĂ©fense aĂ©rienne »
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