Le héros juif égyptien Eli Cohen, l’un des plus grands espions que le monde ait jamais connu, a rapporté que la Syrie avait nommé un grand nombre de responsables gouvernementaux secrets.
Cela a conduit à la situation suivante :
En 1972, Steven Shalom, fils du leader communautaire Isaac Shalom, en association avec le dĂ©putĂ© Steven Solarz, prĂ©sident de la commission des relations Ă©trangères de la Chambre des reprĂ©sentants au Congrès, a cherchĂ© Ă aider les Juifs restant en Syrie. En signe de bonne volontĂ© envers les États-Unis, la Syrie a libĂ©rĂ© 14 femmes juives, leur permettant ainsi de venir officiellement aux États-Unis. Cette dĂ©cision visait Ă amĂ©liorer les relations entre la Syrie et les États-Unis. Le dĂ©putĂ© juif Solarz reprĂ©sentait le quartier de Brooklyn oĂą vivaient de nombreux Juifs syriens. Ils avaient contactĂ© Judy Feld Carr pour collecter des fonds afin de payer certains frais de voyage de ces femmes. Les 14 femmes secourues sont arrivĂ©es Ă Brooklyn, New York. Six se sont mariĂ©s et huit sont retournĂ©s en Syrie en raison d’un choc des cultures et parce que leur famille leur manquait.
 Les Juifs n’étaient pas traitĂ©s comme des citoyens Ă©gaux en Syrie : ils n’étaient pas autorisĂ©s Ă voyager Ă l’étranger en famille complète, de peur de s’enfuir. Une seule personne de chaque famille Ă©tait autorisĂ©e Ă voyager pour des raisons professionnelles ou mĂ©dicales. S’il n’est pas revenu le dernier jour de son visa de sortie, sa famille n’a plus jamais eu de nouvelles. Les Juifs ne pouvaient pas voyager entre les villes sans autorisation et sous la surveillance de la police secrète syrienne Mukhabarat . Chaque famille s’est vu attribuer trois mukhabarat pour superviser les familles juives. Leur courrier a Ă©tĂ© ouvert et lu et leurs tĂ©lĂ©phones ont Ă©tĂ© mis sur Ă©coute. Leurs voisins palestiniens les espionnaient.
Les pots-de-vin ont été versés à la police secrète pour réduire la pression exercée sur cette communauté. Des hommes juifs ont été tués au hasard dans la rue, des femmes ont été violées dans leurs appartements. Certains ont été jetés en prison sans raison ou accusés à tort par leurs voisins.
Une partie des fonds de Judy a Ă©tĂ© utilisĂ©e pour soudoyer le mukhabarat afin de permettre aux familles de s’enfuir au Liban. Quelques familles ont rĂ©ussi, mais beaucoup ont Ă©tĂ© arrĂŞtĂ©es Ă la frontière et ont subi des châtiments indicibles de la part des mukhabara t après leur arrestation.
La corruption crĂ©e davantage de pression sur les victimes afin que le maĂ®tre chanteur exige un flux d’argent sans fin. Les pots-de-vin ont créé davantage de difficultĂ©s et ont permis aux mukhabarat de demander toujours plus d’argent, tout en donnant l’impression au gouvernement de faire son travail. Un gagnant-gagnant pour le mukhabarat.
Telle était la situation de 4 500 Juifs en Syrie en 1988. Une juive américaine d’origine syrienne, Alice Sardell Harari, a formé un groupe appelé Conseil pour le sauvetage des Juifs syriens. L’objectif était d’obtenir une citoyenneté égale pour tous les Juifs afin qu’ils puissent voyager librement hors du pays.
J’ai rejoint ce comitĂ©. Mme Alice Sardell Harari en Ă©tait la prĂ©sidente. J’ai Ă©tĂ© nommĂ© vice-prĂ©sident Ă la fin de 1989, avec mes collègues vice-prĂ©sidents Marcos Zalta et Jack Mann.
Ce comitĂ© s’est consacrĂ© Ă faire pression avec succès sur le Congrès amĂ©ricain et les reprĂ©sentants du gouvernement. Nous avons obtenu de nombreuses rĂ©solutions punissant la Syrie pour son traitement envers la communautĂ© juive. Nous avons organisĂ© des manifestations simultanĂ©es devant l’ambassade syrienne Ă Washington DC, Londres, Paris et Rome, exigeant de laisser partir mon peuple.
Nous avons pris des annonces pleine page dans le New York Times, le Washington Post et le Wall Street Journal  détaillant les souffrances des Juifs en Syrie. Nous avons créé une pression mondiale sur la Syrie pour qu’elle libère ses Juifs.
Le comitĂ© a rĂ©ussi Ă faire pression sur l’UE et le FMI pour qu’ils mettent fin aux prĂŞts Ă la Syrie. L’Italie et l’Espagne ont annulĂ© leurs prĂŞts Ă la Syrie Ă moins qu’elles ne libèrent les Juifs ainsi que leurs familles et ne les traitent comme des citoyens syriens Ă©gaux.
La Syrie a compris et ressenti l’énorme pression. Il était traité de paria sur la scène politique mondiale.
Le coup de grâce a Ă©tĂ© mon lobbying auprès de Robert Maxwell, le magnat des mĂ©dias britannique, pour qu’il approche le prĂ©sident soviĂ©tique Gorbatchev et exige qu’Assad libère les Juifs ou subisse les consĂ©quences de l’annulation par l’Union soviĂ©tique de ses fournitures et de ses prĂŞts d’armes. Ă€ ce moment-lĂ , Hafez El Assad a cĂ©dĂ© Ă l’autorisation de tous les Juifs de voyager librement en famille en 1992. Le riche philanthrope Edmond Safra a proposĂ© de payer leurs billets aller-retour vers les États-Unis. Tous ont Ă©tĂ© rĂ©installĂ©s Ă Brooklyn. Aucun n’est allĂ© au Canada.






