Une cyberattaque visant les systèmes d’eau a touchĂ© sept États Ă travers les États-Unis, et selon le New York Times, l’ampleur des dĂ©gâts pourrait mĂŞme ĂŞtre plus importante que ce qui a Ă©tĂ© rapportĂ© jusqu’ici. Le Minnesota a Ă©tĂ© le premier État Ă signaler ces attaques ayant frappĂ© ses systèmes d’eau, rapidement rejoint par le Michigan. Aucune annonce officielle n’a pour l’instant Ă©tĂ© faite aux États-Unis, mais tout indique que l’Iran se trouve derrière cette opĂ©ration.
Jeudi dernier, le FBI et l’Agence de protection de l’environnement amĂ©ricaine (EPA) ont annoncĂ© qu’au moins sept États avaient signalĂ© des incidents touchant leurs systèmes d’eau au FBI. Le rapport prĂ©cise qu’aucun signe n’indique une atteinte Ă l’approvisionnement en eau, mais que les autoritĂ©s, Ă travers tout le pays, se sont prĂ©parĂ©es Ă d’Ă©ventuels dysfonctionnements des ordinateurs qui contrĂ´lent habituellement la qualitĂ© de l’eau et les niveaux de produits chimiques qu’elle contient.
Aux États-Unis, on affirme qu’une telle attaque serait sans prĂ©cĂ©dent. Mais Ynet avait dĂ©jĂ rĂ©vĂ©lĂ© en 2020 que l’Iran avait menĂ© une cyberattaque contre les installations d’eau en IsraĂ«l. Cette mĂŞme annĂ©e, une source du renseignement occidental avait rĂ©vĂ©lĂ© au Financial Times que l’objectif de l’attaque Ă©tait de faire monter le niveau de chlore dans l’eau distribuĂ©e aux foyers israĂ©liens. Quatre sources israĂ©liennes et une source occidentale avaient alors racontĂ© au journal que les Iraniens s’Ă©taient introduits dans les logiciels qui font fonctionner les pompes Ă eau en IsraĂ«l, après ĂŞtre passĂ©s par des serveurs amĂ©ricains et europĂ©ens pour dissimuler l’origine du code. Selon la source occidentale, la cyberattaque aurait pu conduire Ă l’arrĂŞt des pompes après la dĂ©couverte de l’anomalie chimique, ce qui aurait pu priver des milliers de citoyens d’eau au robinet en pleine vague de chaleur qui frappait alors IsraĂ«l.
Quoi qu’il en soit, il n’existe pour l’heure aucune certitude aux États-Unis que cette cyberattaque ait Ă©tĂ© menĂ©e pour le compte de l’Iran, et selon les autoritĂ©s amĂ©ricaines, l’enquĂŞte n’en est qu’Ă ses dĂ©buts. Mais selon le rapport, l’Iran a intensifiĂ© ses cyberattaques depuis la guerre avec IsraĂ«l et les États-Unis, et le rĂ©gime avait dĂ©jĂ tentĂ© par le passĂ© de s’en prendre Ă des installations d’eau similaires sur le sol amĂ©ricain. Le New York Times a prĂ©cisĂ© que rien n’indiquait pour l’instant un mobile Ă©conomique, ce qui rĂ©duit les probabilitĂ©s qu’il s’agisse d’un acte criminel de droit commun.
Le prĂ©sident Donald Trump a minimisĂ© l’ampleur de l’Ă©vĂ©nement hier, lorsqu’on l’a interrogĂ© Ă ce sujet. Il a accusĂ© l’État du Minnesota, qui a rapidement alertĂ© et poussĂ© d’autres États Ă vĂ©rifier leurs propres systèmes d’eau. « Je pense que c’est le Minnesota qui est derrière tout ça », a dĂ©clarĂ© Trump hier, « je ne crois pas qu’il y ait eu une cyberattaque iranienne. » Le gouverneur du Minnesota, Tim Walz, ancien colistier de la candidate dĂ©mocrate Kamala Harris lors de la dernière course Ă la prĂ©sidence, a rejetĂ© les accusations de Trump et dĂ©clarĂ© : « voilĂ Ă quoi ressemble la guerre moderne. »
Après les propos de Trump, des responsables fĂ©dĂ©raux ont indiquĂ©, lors d’Ă©changes Ă huis clos, que l’Iran demeurait le principal suspect, tout en prĂ©cisant que l’enquĂŞte n’en Ă©tait qu’Ă ses premiers stades et qu’aucune preuve dĂ©finitive n’avait encore Ă©tĂ© Ă©tablie. Les enquĂŞtes de cybersĂ©curitĂ©, a-t-on expliquĂ©, prennent parfois des mois avant d’aboutir Ă des conclusions.
Nate George, maire de Braham, une petite ville au nord de Minneapolis figurant parmi les cibles de la cyberattaque, a confiĂ© au New York Times que les responsables fĂ©dĂ©raux et locaux avaient très peu de doutes sur l’identitĂ© des auteurs. « Nous recevons des bribes d’informations de l’État du Minnesota et du FBI », a-t-il dĂ©clarĂ©. George, un rĂ©publicain candidat au poste de contrĂ´leur de l’État du Minnesota, a ajoutĂ© que les autoritĂ©s Ă©taient « à peu près certaines » que des acteurs iraniens se trouvaient derrière l’attaque, mais qu’elles Ă©taient « dissuadĂ©es de le dire publiquement. »
Les autoritĂ©s amĂ©ricaines ont refusĂ© de prĂ©ciser quels États avaient Ă©tĂ© touchĂ©s, mais le Michigan a confirmĂ©, aux cĂ´tĂ©s du Minnesota, avoir Ă©tĂ© affectĂ©. « Nous avons reçu un petit nombre de signalements de communautĂ©s du Michigan indiquant une activitĂ© correspondant Ă ce que les agences fĂ©dĂ©rales ont dĂ©crit », a dĂ©clarĂ© Dale George, porte-parole de l’État du Michigan, ajoutant que tous les systèmes touchĂ©s continuaient de fonctionner en toute sĂ©curitĂ© et qu’ »aucun impact connu ne constitue un risque pour la santĂ© publique. »
Alex Orleans, ancien consultant en cybersĂ©curitĂ© pour l’administration amĂ©ricaine spĂ©cialisĂ© dans le suivi des groupes de piratage iraniens, a expliquĂ© que TĂ©hĂ©ran menait un large Ă©ventail d’opĂ©rations de piratage contre des cibles amĂ©ricaines, israĂ©liennes et moyen-orientales depuis le dĂ©but de la guerre. Les intrusions dans les systèmes d’eau amĂ©ricains constituent, selon lui, une escalade significative. « Ce qui est sans prĂ©cĂ©dent ici, c’est que nous observons des effets directs et tangibles sur des systèmes de contrĂ´le au sein des infrastructures critiques amĂ©ricaines », a-t-il affirmĂ©.
L’Agence amĂ©ricaine de cybersĂ©curitĂ© et de sĂ©curitĂ© des infrastructures (CISA) a indiquĂ© hier que les pirates avaient visĂ© des « installations d’eau de toutes tailles », recommandant aux installations vulnĂ©rables de dĂ©connecter d’internet les contrĂ´leurs susceptibles d’ĂŞtre touchĂ©s. La cyberattaque, a prĂ©cisĂ© l’agence, « a entraĂ®nĂ© des avis d’Ă©bullition de l’eau et des opĂ©rations manuelles prolongĂ©es. » D’anciens responsables du renseignement et des experts en cybersĂ©curitĂ© estiment qu’il est très probable que les pirates aient saisi une opportunitĂ© opĂ©rationnelle plutĂ´t que ciblĂ© des villes prĂ©cises.
Ce dĂ©veloppement survient en parallèle d’une tension grandissante au Moyen-Orient, Ă l’approche d’une possible reprise des hostilitĂ©s contre l’Iran. Après des informations selon lesquelles les États-Unis et IsraĂ«l prĂ©pareraient l’une des opĂ©rations de bombardement les plus importantes menĂ©es jusqu’ici en Iran, ce week-end, la chaĂ®ne CBS a rapportĂ© ce soir, citant une source officielle israĂ©lienne, qu’ »IsraĂ«l n’a pas connaissance d’une dĂ©cision de reprendre pleinement l’opĂ©ration militaire, et aucune demande ne lui a Ă©tĂ© adressĂ©e pour rejoindre des actions militaires contre l’Iran. » Cette source s’est exprimĂ©e sous couvert d’anonymat, alors qu’IsraĂ«l garde le silence sur le sujet.
Sur fond de critiques internes visĂ©es contre Trump après son entrĂ©e en guerre contre l’Iran, IsraĂ«l Ă©vite de se faire percevoir comme belliqueux et attend une dĂ©cision de la Maison-Blanche. Le prĂ©sident amĂ©ricain semble perdre patience, mais rien n’indique qu’il rompra les nĂ©gociations Ă quelques mois seulement des Ă©lections de mi-mandat, alors que les prix du carburant sont Ă la hausse. Ă€ l’inverse, il pourrait aussi estimer qu’un coup puissant lui permettrait d’obtenir une victoire rapide. Tout dĂ©pendra en dĂ©finitive de ce que l’armĂ©e amĂ©ricaine lui recommandera. Dans l’intervalle, des ambassades amĂ©ricaines dans la rĂ©gion — notamment Ă BahreĂŻn, en Irak, en Jordanie, au KoweĂŻt, au Liban, Ă Oman, au Qatar, en Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis, en Égypte et en IsraĂ«l — ont publiĂ© des avertissements sĂ©curitaires Ă l’attention de leurs ressortissants, les appelant Ă quitter la zone ou Ă se tenir prĂŞts Ă le faire immĂ©diatement en cas d’escalade.






