Le Liban chercherait Ă exploiter les relations Ă©troites entre le prĂ©sident turc Recep Tayyip ErdoÄźan et le prĂ©sident amĂ©ricain Donald Trump afin de rĂ©duire la pression exercĂ©e par Washington pour l’application des engagements relatifs au Hezbollah. C’est ce qu’affirme un rapport de l’institut de recherche amĂ©ricain FDD, la Fondation pour la dĂ©fense des dĂ©mocraties.
Selon ce rapport, le rapprochement entre Beyrouth et Ankara se déroule en parallèle des négociations entre le Liban et Israël, alors même que la Turquie cherche à étendre son influence sur la scène libanaise. À Beyrouth, on considère Ankara comme un levier supplémentaire face à Washington. Le rapport cite des propos tenus par Erdoğan le mois dernier, selon lesquels la sécurité de la Turquie ne commence pas à Hatay, mais à Alep, à Damas et à Beyrouth. Les auteurs du rapport interprètent cette mention de Beyrouth comme un signe que la Turquie perçoit les actions israéliennes contre le Hezbollah comme une menace potentielle pour ses propres intérêts sécuritaires.
Ces dĂ©clarations ont Ă©tĂ© formulĂ©es peu avant la rencontre d’ErdoÄźan avec le Premier ministre libanais Nawaf Salam Ă Istanbul, le 10 juillet. Selon le rapport, cette rencontre traduisait Ă la fois l’ambition d’Ankara d’influencer l’avenir du Liban et le souhait de Beyrouth d’obtenir un soutien turc en vue de la poursuite des contacts avec IsraĂ«l.
La Turquie cherche Ă s’imposer sur la scène libanaise
Les auteurs du rapport notent que, depuis l’attaque du 7 octobre, la Turquie a exprimĂ© un soutien clair au Hamas, et qu’ErdoÄźan a qualifiĂ© l’action israĂ©lienne contre le Hezbollah au Liban de « gĂ©nocide ». Ankara a tentĂ©, toujours selon le rapport, de se proposer comme mĂ©diatrice entre IsraĂ«l et le Hezbollah, mais les deux parties ont rejetĂ© cette possibilitĂ©. Au Liban, cette rĂ©ticence s’explique par la crainte d’une expansion de l’influence turque dans le pays.
D’après cette analyse, la Turquie serait frustrĂ©e d’ĂŞtre restĂ©e Ă l’Ă©cart du dossier libanais, alors qu’elle le considère comme faisant partie de son cercle de sĂ©curitĂ© nationale. Sa capacitĂ© Ă construire une base d’influence large au Liban demeure toutefois limitĂ©e, en raison notamment de la fragmentation du camp sunnite local et de l’absence d’une infrastructure politique unifiĂ©e qui lui serait identifiĂ©e.
La rencontre d’Istanbul a offert Ă Ankara l’occasion de renouer et d’approfondir son implication. Les auteurs du rapport estiment que la Turquie, aux cĂ´tĂ©s de pays comme l’Arabie saoudite, pourrait encourager le Liban Ă adopter une ligne plus ferme face Ă IsraĂ«l, et soutenir le pays dans son refus d’un affrontement direct avec le Hezbollah. Il est Ă©galement avancĂ© qu’Ankara pourrait Ĺ“uvrer Ă prĂ©server un environnement permettant Ă l’organisation de continuer Ă bĂ©nĂ©ficier d’une activitĂ© Ă©conomique et logistique en Turquie comme au Liban.
Le rapport souligne qu’aucune preuve n’indique que la Turquie finance ou arme directement le Hezbollah. Les auteurs affirment cependant qu’IsraĂ«l accuse Ankara de fermer les yeux sur des mouvements de fonds destinĂ©s Ă l’organisation transitant par son territoire. Ă€ ce sujet, le rapport Ă©voque un Ă©pisode survenu en fĂ©vrier 2025, au cours duquel les autoritĂ©s libanaises auraient saisi 2,5 millions de dollars sur un voyageur arrivĂ© Ă Beyrouth en provenance de Turquie — une somme prĂ©sentĂ©e comme destinĂ©e au Hezbollah. Le rapport rappelle Ă©galement qu’en novembre dernier, le sous-secrĂ©taire adjoint du TrĂ©sor amĂ©ricain chargĂ© du financement du terrorisme et du renseignement financier, John Hurley, avait appelĂ© la Turquie Ă agir pour stopper le flux de fonds vers le Hezbollah.
Beyrouth cherche un appui Ă Washington
Selon le rapport, des responsables libanais souhaitent approfondir les relations politiques et Ă©conomiques avec la Turquie. Ils estiment qu’Ankara ne souhaite pas, ou n’est pas en mesure Ă ce stade, de reproduire le schĂ©ma iranien consistant Ă bâtir des organisations de tutelle communautaires au sein de l’État. Certaines Ă©valuations libanaises considèrent toutefois qu’une influence turque de ce type pourrait se dĂ©velopper Ă l’avenir.
L’importance de la Turquie aux yeux de Beyrouth dĂ©coule aussi de son appartenance Ă l’OTAN, de son armĂ©e puissante et de son industrie de dĂ©fense avancĂ©e. Ă€ cela s’ajoute le rapprochement entre Ankara et Washington sous la prĂ©sidence de Trump, largement fondĂ© sur ses relations personnelles avec ErdoÄźan. Le rapport mentionne que, lors du sommet de l’OTAN Ă Ankara le 7 juillet, Trump s’est exprimĂ© favorablement sur ErdoÄźan, allant jusqu’Ă dĂ©crire la Turquie comme plus loyale que certains alliĂ©s traditionnels des États-Unis.
Selon cette analyse, le Liban espère qu’ErdoÄźan pourra utiliser son accès direct Ă Trump pour influencer la mise en Ĺ“uvre des ententes avec IsraĂ«l et rĂ©duire les exigences amĂ©ricaines relatives au Hezbollah. L’objectif, selon le rapport, serait de parvenir Ă la fin de la prĂ©sence et de l’activitĂ© israĂ©liennes sans que le Liban ne soit contraint d’exĂ©cuter l’intĂ©gralitĂ© de ses engagements envers le Hezbollah, dans l’ordre initialement fixĂ©.
Le rapport conclut que la politique turque nuit aux objectifs amĂ©ricains au Liban, malgrĂ© l’amĂ©lioration des relations entre Washington et Ankara. Ses auteurs estiment que l’accord-cadre entre IsraĂ«l et le Liban visait Ă produire un règlement durable en s’attaquant aux racines du conflit, au premier rang desquelles l’arsenal du Hezbollah et sa capacitĂ© Ă reconstituer sa force militaire. Selon eux, le Liban aurait dĂ©jĂ commencĂ© Ă se dĂ©rober Ă une partie de ses engagements, notamment en exigeant qu’IsraĂ«l se retire en premier avant que Beyrouth n’examine les mesures qui lui incombent — un ordre des prioritĂ©s qui ne correspondrait pas au schĂ©ma fixĂ© par l’accord. Le rapport affirme Ă©galement que des responsables libanais de haut rang, dont le Premier ministre Salam, minimiseraient l’importance de l’accord, rĂ©interprĂ©teraient les engagements qu’il contient et rĂ©duiraient les discussions sur le dĂ©sarmement.
Les auteurs du rapport concluent que laisser le Hezbollah conserver ses capacitĂ©s militaires et se rĂ©armer va Ă l’encontre des intĂ©rĂŞts amĂ©ricains dans la rĂ©gion. Ils appellent Washington Ă contraindre le Liban Ă respecter ses engagements, Ă prendre des mesures en cas de violation, et Ă rejeter ce qu’ils qualifient de tentatives libanaises de contourner l’accord par une mĂ©diation turque.
Sur ce dossier, notre rĂ©daction avait suivi l’avertissement voilĂ© du chef du Hezbollah sur le risque d’une guerre civile au Liban, ainsi que les tensions autour de la composition de la dĂ©lĂ©gation libanaise aux nĂ©gociations frontalières avec IsraĂ«l.






