De chef terroriste à « pilier de la stabilité » : al-Joulani a reçu le sceau officiel — et une promesse sur le Golan

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a atterri en fin de semaine à Damas pour une visite historique, déclarant que « le plateau du Golan est un territoire syrien ». Il s’agit de la première visite d’un secrétaire général de l’ONU en exercice en Syrie depuis 2009. Selon les agences de presse Reuters et SANA, l’objectif officiel du déplacement est d’exprimer un soutien et une solidarité envers la reconstruction de l’État meurtri par plus d’une décennie de guerre civile.

Dans les faits, cette visite s’est transformée en le sceau de légitimité internationale le plus important reçu à ce jour par le nouveau président syrien, Ahmad al-Sharaa. Il s’agit du même homme connu sous le nom d’al-Joulani, qui, jusqu’en novembre 2025, faisait encore l’objet de sanctions sévères du Conseil de sécurité de l’ONU en raison de son passé de chef de la branche d’al-Qaïda dans le pays, et qui reçoit désormais une accolade chaleureuse et officielle de la part de la communauté internationale.

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Un front contre Israël : exigence de retrait du Golan

Cette visite historique comportait un volet pour le moins ironique. Lors d’une conférence de presse, Guterres a évoqué la présence israélienne dans la zone du plateau du Golan et a délivré un message ferme : « Ce qui se passe dans la région du plateau du Golan est totalement inacceptable. Le statu quo actuel doit cesser. Je tiens à rappeler à la communauté internationale que le plateau du Golan est un territoire syrien. »

Les propos de Guterres ont été appuyés par une exigence catégorique du ministre syrien des Affaires étrangères, qui a réclamé un retrait israélien « immédiat et sans conditions » des zones tampons du Golan où Tsahal a déployé des forces à la suite du vide de pouvoir créé par l’effondrement du régime d’Assad. Pour souligner l’implication de l’ONU dans ce dossier sensible, le secrétaire général doit également visiter le quartier général de la force d’observation de l’ONU (FNUOD), chargée de surveiller le plateau du Golan depuis l’accord de désengagement de 1974.

L’ironie tient au fait qu’avant de devenir président de la Syrie, à l’époque où il était recherché comme chef terroriste, le nom de guerre djihadiste d’al-Sharaa était Abou Mohammad al-Joulani — un nom qui lui avait été donné en raison de l’origine de sa famille, issue du plateau du Golan.

Le chemin du retour sur la scène mondiale

La Syrie, qui a souffert d’un isolement politique et économique quasi total pendant plus d’une décennie sous le régime de la famille Assad, profite de la venue du secrétaire général pour signaler son retour au sein de la communauté internationale en tant qu’acteur légitime à part entière. Lors d’une conférence de presse conjointe avec le ministre syrien des Affaires étrangères, Assaad al-Shaibani, Guterres a déclaré que la Syrie se trouve à « un moment de possibilité » et l’a qualifiée de « pilier de la stabilité au Moyen-Orient ». Le secrétaire général a souligné qu’aucun pays ne peut se relever seul d’une crise aussi profonde, et a appelé la communauté internationale à se mobiliser pour les efforts de reconstruction des infrastructures, le retour des réfugiés et le développement économique.

Le gouvernement d’al-Sharaa, qui a renversé le régime d’Assad lors d’une offensive surprise fin 2024, œuvre activement à élargir ses liens diplomatiques au-delà de ses alliés traditionnels que sont la Russie et l’Iran. Ces efforts portent leurs fruits : les États-Unis ont déjà levé la majorité des sanctions visant Damas, et le président Donald Trump a récemment annoncé son intention de retirer la Syrie de la liste des États soutenant le terrorisme. Ce basculement, d’une aide d’urgence vers un soutien aux institutions étatiques, se vérifie également sur le terrain : selon une responsable de l’ONU, environ 1,7 million de réfugiés sont revenus en Syrie depuis la chute d’Assad, auxquels s’ajoutent 1,9 million de personnes déplacées à l’intérieur du pays.

Outre les rencontres politiques au palais présidentiel de Damas — lequel a récemment connu une secousse sécuritaire avec l’explosion d’un engin explosif près de l’hôtel du président français Emmanuel Macron — la visite du secrétaire général de l’ONU comporte également une dimension symbolique lourde de sens. Selon des informations du journal « Asharq Al-Awsat », Guterres doit rencontrer des familles de victimes des attaques chimiques survenues à Douma et visiter la prison de Saidnaya, où des masses d’opposants au régime ont été torturés à mort. Le secrétaire général doit en outre s’adresser aux parlementaires syriens pour discuter de l’avancement des processus de justice sociale et de l’élaboration d’une nouvelle constitution.

Cette période de transition, conduite par un pouvoir islamiste, n’est cependant pas exempte de difficultés de fond. Malgré les promesses répétées du président al-Sharaa de protéger l’ensemble des minorités du pays, l’année écoulée a été marquée par des effusions de sang à caractère communautaire. Près de 1 500 membres de la communauté alaouite ont été tués par des factions identifiées au pouvoir en place dans la région côtière, et des centaines de citoyens issus de la minorité druze ont trouvé la mort dans le sud de la Syrie. Guterres, qui souhaitait présenter lors de sa visite un front de réconciliation régionale et de reconstruction, devra désormais naviguer avec prudence entre le soutien institutionnel accordé au nouveau régime syrien et les inquiétudes majeures concernant les droits humains des citoyens du pays.

Sur ce dossier, la question du Golan et de la légitimité du nouveau pouvoir syrien continue de mobiliser la scène internationale. Pour aller plus loin, retrouvez nos articles sur la menace syrienne d’une guerre contre Israël en cas de reconnaissance américaine de la souveraineté sur le Golan, sur la position de Guterres au sommet de la Ligue arabe concernant le Golan, ainsi que sur la commission d’enquête nommée par Guterres sur l’UNRWA.