Une affaire d’espionnage particulièrement grave, survenue en pleine guerre, a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©e lundi soir dans l’Ă©dition centrale de la chaĂ®ne N12. Elle met en cause un hassid amĂ©ricain de la communautĂ© Satmar, Yaakov Perel, arrivĂ© en IsraĂ«l et recrutĂ© par les services de renseignement iraniens.
Les documents dĂ©voilĂ©s pour la première fois par la chaĂ®ne ressemblent, Ă première vue, Ă de simples vidĂ©os de balades Ă vĂ©lo. Mais chaque mètre parcouru et filmĂ© avait en rĂ©alitĂ© une destination bien prĂ©cise : les services de renseignement iraniens. Dans le cadre de cette opĂ©ration d’espionnage, Perel a repĂ©rĂ© les dispositifs de sĂ©curitĂ© entourant le ministre Itamar Ben Gvir, et s’est mĂŞme approchĂ© au plus près possible du domicile de l’ancien chef d’Ă©tat-major, le gĂ©nĂ©ral Herzi Halevi.
Perel avait choisi de se rallier au dispositif iranien. De l’autre cĂ´tĂ© du tĂ©lĂ©phone se trouvait un officier traitant iranien, qui a commencĂ© Ă lui confier des missions les unes après les autres. « Tu es enfin ici, on peut maintenant vraiment commencer Ă avancer avant Shabbat », lui a Ă©crit son officier traitant.
Sa première mission consistait Ă se procurer une camĂ©ra GoPro Ă©quipĂ©e d’un support pour vĂ©lo, afin de pouvoir la fixer sur sa bicyclette. Perel a envoyĂ© Ă son officier traitant un devis trouvĂ© en ligne, achetĂ© le matĂ©riel, puis montrĂ© que l’opĂ©ration fonctionnait bel et bien et que la camĂ©ra Ă©tait opĂ©rationnelle.
Lors de l’Ă©change suivant, l’Iranien a mis en garde son nouvel agent au sujet des forces de sĂ©curitĂ© israĂ©liennes, lui Ă©crivant : « En tant qu’ami, je te dis qu’aucune mission n’est plus importante que toi. Tu dois ĂŞtre prudent dans tout ce que tu fais. Tu dois rĂ©flĂ©chir de manière logique. Souviens-toi qu’avant chaque mission, il faut « nettoyer » les tĂ©lĂ©phones. Il y a des camĂ©ras de sĂ©curitĂ© partout, donc il vaut mieux Ă©viter de faire les prĂ©paratifs dans des lieux publics. » Il a ajoutĂ© qu’il fallait veiller Ă ce que ni les camĂ©ras de surveillance ni les passants dans la rue ne remarquent un comportement suspect.
Après ce briefing opĂ©rationnel, la mission suivante pouvait commencer : localiser le domicile de l’ancien chef d’Ă©tat-major Herzi Halevi. Dans un premier temps, le hassid a filmĂ© les rues du quartier, avant de finir par atteindre l’entrĂ©e mĂŞme de sa maison. AussitĂ´t après, l’officier traitant iranien a demandĂ© Ă son agent d’emmĂ©nager dans un appartement situĂ© Ă proximitĂ© du domicile de Halevi. Il lui a fourni une carte prĂ©cise et lui a Ă©crit : « Notre objectif principal est de trouver une maison dans la zone verte. Les habitants y sont plus religieux, tu n’auras pas de mal Ă t’intĂ©grer. Je t’enverrai aujourd’hui 1 200 dollars. 1 000 dollars sont le paiement pour les deux dernières missions accomplies, et le reste est destinĂ© aux dĂ©penses Ă venir. »
L’officier traitant iranien a finalement abandonnĂ© l’idĂ©e du dĂ©mĂ©nagement pour se concentrer sur un autre objectif : le domicile du ministre Ben Gvir. « Rends-toi sur place avant la mission, filme-toi en train de faire un vlog sur le judaĂŻsme ou sur la Torah », lui a-t-il Ă©crit. L’espion a rĂ©pondu qu’il y aurait probablement un barrage Ă l’entrĂ©e, ce Ă quoi l’Iranien a rĂ©pondu qu’il devait ĂŞtre prĂŞt Ă rĂ©pondre Ă d’Ă©ventuelles questions et rĂ©flĂ©chir Ă l’avance Ă ses rĂ©ponses.
Perel n’a finalement pas menĂ© cette mission Ă son terme. Il a Ă©tĂ© interpellĂ© par des soldats et a expliquĂ© qu’il se rendait au Tombeau des Patriarches. Peu de temps après, il a fourni Ă son officier traitant un autre type de documentation, centrĂ© cette fois sur le ministre Ben Gvir de près, ainsi que sur son dispositif de sĂ©curitĂ©. L’officier traitant iranien lui a envoyĂ© une photo d’Ayala Ben Gvir, l’Ă©pouse du ministre, sur le Mont du Temple, mais l’espion a refusĂ© de s’y rendre, invoquant des raisons de conviction religieuse.
Après avoir fourni des documentations sur des lieux sensibles, s’ĂŞtre approchĂ© des domiciles d’un ministre de haut rang et d’un ancien chef d’Ă©tat-major, et avoir mĂŞme tentĂ© de rassembler des informations sur des avocats de premier plan Ă la demande des Iraniens, Perel a fini par ĂŞtre arrĂŞtĂ© par les enquĂŞteurs de l’unitĂ© Lahav 433 et du Shin Bet. Lors de son interrogatoire, il a reconnu avoir empochĂ© environ 15 000 dollars pour ses services, sans exprimer le moindre regret pour ses actes.
Un acte d’accusation grave a Ă©tĂ© dĂ©posĂ© contre lui devant le tribunal de district de Tel-Aviv, oĂą il demeure actuellement incarcĂ©rĂ©. Cette affaire se conclut nĂ©anmoins sur un message clair : en Iran, les tentatives de recrutement d’IsraĂ©liens n’ont jamais cessĂ©. Bien au contraire, les services iraniens continuent aujourd’hui encore de rechercher leur prochaine cible, une personne prĂŞte, moyennant de l’argent, Ă devenir leurs yeux et leurs oreilles Ă l’intĂ©rieur mĂŞme du territoire israĂ©lien.
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