Une nouvelle version en hĂ©breu de l’ouvrage cĂ©lèbre d’Elie Wiesel (87 ans), « Nuit » a Ă©tĂ© publiĂ© pour la première fois. Elle montre de la part de son auteur, la frustration avec les dirigeants juifs pendant la Shoah, une manifestation de rĂ©volte contre Dieu, le dĂ©sir de se venger sur les Hongrois qui souriaient quand les Juifs ont Ă©tĂ© dĂ©portĂ©s, et la description des scènes sexuelles dans les trains vers Auschwitz.
Celui qu’il a rĂ©vĂ©lĂ© l’Ă©criture est le Dr Joel Rappel, qui a trouvĂ© des millions de documents dans 330 boĂ®tes de Wiesel Ă l’UniversitĂ© de Boston, oĂą il a enseigné depuis plus de 35 ans.
Ces documents dĂ©crivent entre autres la vie de Wiesel dans la ville transylvanienne de Sighet (puis la Hongrie, aujourd’hui en Roumanie), oĂą il est nĂ© en 1928, et Ă New York, oĂą il a vĂ©cu depuis les annĂ©es 1960; ses expĂ©riences Ă Auschwitz et Buchenwald; sa carrière comme journaliste israĂ©lien après la Shoah et son travail en faveur des Juifs soviĂ©tiques et droits de l’homme dans le monde entier; et sa carrière d’Ă©crivain Ă succès qui cĂ´toie les leaders mondiaux.
Le Dr Joel Rappel, historien et ancien employĂ© de Radio IsraĂ«l s’est spĂ©cialisĂ© dans la recherche sur la Terre d’IsraĂ«l, la nation juive et le judaĂŻsme, il a travaillĂ© sept ans pour remplir la tâche complexe de tri et d’organisation. Il a passĂ© deux ans et demi Ă Â rechercher le manuscrit perdu de Wiesel.
Au milieu de son travail, il s’est concentrĂ© pour trouver un fragment d’une version hĂ©braĂŻque diffĂ©rente de la traduction par Haim Guri. Cela l’a amenĂ© Ă consulter Wiesel Ă propos de l’existence d’une version spĂ©ciale en hĂ©breu Ă©crite seulement pour IsraĂ«l.
Cette trouvaille gĂ©nère des questions sur la raison de leur non-publication, mais spĂ©cule que l’homme qui a aujourd’hui une santĂ© fragile a voulu laissĂ© ces textes aux futures gĂ©nĂ©rations.
Dans le manuscrit, Wiesel Ă©crit: « Nous croyons aux miracles et Dieu et non pas au destin … nous aurions pu Ă©viter de nombreuses catastrophes», Ă©crit-il. « Il y a un Dieu dans le ciel, …l’univers est divisĂ© en deux: Les anges de la mort et les morts»
Puis: «Je me suis arrĂŞtĂ© de prier et j’ai cessĂ© de parler de Dieu, car j’Ă©tais en colère contre lui… Nous ne mĂ©ritons pas de prier pour lui car, vraiment, pouvait-Il entendre nos prières? Pourquoi le sanctifier …??? Pourquoi la souffrance pleut sur nos tĂŞtes? Pourquoi Auschwitz et Birkenau? … Cette fois, nous n’allons pas nous prĂ©senter comme dĂ©fendeurs devant le tribunal et devant le juge divin. Cette fois, nous sommes des juges et Lui, l’accusĂ©. nous sommes prĂŞts ».
Il y a un grand nombre de documents sur ce sujet concernant un « acte d’accusation divin » et tous ses documents secouent les fondements de la justice ».
« Night » est le premier livre de Elie Wiesel, Ă©crit en 1950 et traduit en anglais en 1960 oĂą il dĂ©crit ses expĂ©riences en tant que jeune Juif pendant la Shoah, aux prises avec des problèmes existentiels graves liĂ©s Ă l’identitĂ© et basĂ©es sur la foi, ce qui lui a valu une reconnaissance internationale.
L’archive de la version « Night » est très diffĂ©rente de celle publiĂ©e. Elle contient des sections entières qui ne figurent pas dans le livre fini.
Les vives critiques contre Dieu sont visibles dans la version archivĂ©e et comprennent Ă©galement des critiques acerbes contre des Juifs qui ont cĂ©dĂ© Ă la tentation de croire que rien de mauvais ne leur arriverait. Wiesel règle ses comptes avec ceux de son peuple qui ont fermĂ© leurs yeux et les oreilles devant ce qui se passait, et leur reproche d’ouvrir la voie pour les nazis. Il les appelle les «faux prophètes».
« Les Ă©ternels optimistes … Ce ne serait pas une exagĂ©ration de ma part si je disais qu’ils ont beaucoup aidĂ© Ă la nation gĂ©nocidaire pour prĂ©parer l’arrière-plan psychologique dans ce dĂ©sastre», Ă©crit-il, ajoutant: « En fait, les professionnels optimistes voulaient faire tout facilement. PrĂ©sent, mais ce faisant, ils ont enterrĂ© l’avenir …plus de juifs auraient pu ĂŞtre sauvĂ©s mais nous avions brisĂ© l’Ă©pĂ©e du destin sur un autel brĂ»lĂ© par des meurtriers. A la place, nous aurions fui … cachĂ© dans les montagnes avec les agriculteurs ».
Il parle également des dirigeants juifs, tant en Palestine sous mandat britannique et dans le monde. « Nous ne savions rien en Europe, alors qu’ils le savaient dans la terre d’IsraĂ«l, Ă Londres et Ă New York. Le monde Ă©tait silencieux et le monde juif Ă©tait silencieux. Pourquoi? Pourquoi, il n’était pas vital de nous informer de ce qui se passait en Allemagne? Pourquoi n’avons-nous pas Ă©tĂ© prĂ©venus? Il a Ă©galement accusĂ© le monde juif et ses dirigeants d’avoir omis de nous avertir, au moins du danger qui nous attendait comme une embuscade, afin que nous puissions trouver des moyens de se sauver ».
Il dĂ©crit Ă©galement en dĂ©tail ses voisins chrĂ©tiens-hongrois, en regardant avec bonheur les Juifs de sa ville natale quand ils ont Ă©tĂ© expulsĂ©s. « Tous les rĂ©sidents se tenaient Ă l’entrĂ©e de leurs maisons, leurs visages remplis de bonheur de voir leurs compatriotes malheureux marcher et disparaĂ®tre dans l’horizon pour toujours. Je dĂ©couvrais le vrai visage des Hongrois. Un visage brutal d’un animal. Non il serait exagĂ©rĂ© si je disais que les Hongrois Ă©taient plus violents envers nous que les Allemands ».
Wiesel dĂ©crit Ă©galement le dĂ©sir de vengeance qui a surgi en 1945. «À la fin de la guerre, je refusais de retourner dans ma ville natale parce que je ne voulais plus voir ces visages que je voyais quand nous avons Ă©tĂ© dĂ©portĂ©s. Si j’Ă©tais allĂ©, cela aurait Ă©tĂ© seulement pour se venger et dĂ©noncer l’hypocrisie des Hongrois».
Un autre détail remarquable qui ne figure pas dans la version actuelle de « Night » sont les relations sexuelles entre déportés dans des wagons à bestiaux vers Auschwitz.
Il a Ă©crit en dĂ©tail dans le texte archive: « Sous le couvert de la nuit, il y avait des garçons et des filles qui ont eu des rapports sexuels. L’impact de la catastrophe entraĂ®nait la tension sexuelle de ces derniers jours qui a provoquĂ© la volontĂ© de la libĂ©ration … et la chaleur …le principal Ă©tait de manger, boire et ĂŞtre joyeux, car demain nous allions mourir.  »




