Le secouriste n’en Ă©tait pas un. Derrière la tenue de sauveteur qu’il arborait le jour du massacre du 7 octobre 2023, Ibrahim Abou Tzakar Ă©tait un terroriste du Hamas — un homme qui a traversĂ© la frontière avec IsraĂ«l non pour porter secours, mais pour enlever. L’armĂ©e israĂ©lienne a annoncĂ© jeudi son Ă©limination lors d’une frappe menĂ©e dans la bande de Gaza la semaine prĂ©cĂ©dente, après une analyse approfondie du renseignement ayant permis de confirmer son implication directe dans le kidnapping de Mia Schem.
Le nom de Mia Schem est l’un de ceux qui ont marquĂ© la crise des otages dans la mĂ©moire collective israĂ©lienne et internationale. Franco-israĂ©lienne âgĂ©e de 21 ans au moment des faits, elle avait Ă©tĂ© enlevĂ©e dans la rĂ©gion de Mefalsim, près de la frontière avec Gaza, après avoir participĂ© au festival de musique Nova organisĂ© au kibboutz ReĂŻm — la mĂŞme fĂŞte qui a Ă©tĂ© le théâtre d’un carnage sans prĂ©cĂ©dent. Son visage est devenu le symbole de l’horreur de cette journĂ©e lorsque le Hamas a diffusĂ© une vidĂ©o la montrant blessĂ©e, en captivitĂ©, le bras bandĂ©. Elle avait finalement Ă©tĂ© libĂ©rĂ©e en novembre 2023, au terme de 54 jours de dĂ©tention, dans le cadre du premier accord d’Ă©change d’otages conclu entre IsraĂ«l et le Hamas sous mĂ©diation internationale.
Le masque du secouriste
Le mode opĂ©ratoire d’Ibrahim Abou Tzakar illustre l’une des tactiques les plus cyniquement documentĂ©es du Hamas lors du 7 octobre : l’utilisation dĂ©libĂ©rĂ©e de couvertures civiles pour franchir la frontière, se fondre dans le chaos, et opĂ©rer en toute impunitĂ© dans les premières heures de l’attaque. En se dĂ©guisant en secouriste, Abou Tzakar pouvait circuler sans Ă©veiller immĂ©diatement les soupçons, au milieu d’une scène de crime d’une ampleur sans prĂ©cĂ©dent oĂą les lignes entre victimes, sauveteurs et assaillants se brouillaient Ă dessein.
Tsahal accuse rĂ©gulièrement le Hamas d’instrumentaliser les professions civiles — mĂ©dicales notamment — Ă des fins militaires. Cette affaire en est une illustration concrète et documentĂ©e, que l’armĂ©e israĂ©lienne verse dĂ©sormais au dossier public avec la mention de l’Ă©limination de l’intĂ©ressĂ©. Le mouvement islamiste palestinien, pour sa part, conteste systĂ©matiquement ces accusations.
Un profil opĂ©rationnel actif jusqu’au bout
L’Ă©limination d’Ibrahim Abou Tzakar ne se rĂ©sume pas Ă sa participation au kidnapping de Mia Schem. Selon le communiquĂ© de l’armĂ©e israĂ©lienne, le terroriste avait continuĂ© d’opĂ©rer activement depuis le dĂ©but de la guerre, participant Ă de nombreuses attaques contre des soldats israĂ©liens et des civils dans la bande de Gaza. Il n’Ă©tait donc pas un vestige du 7 octobre cantonnĂ© Ă ce seul crime : il Ă©tait un combattant actif, intĂ©grĂ© dans la chaĂ®ne opĂ©rationnelle du Hamas, que le renseignement israĂ©lien traquait depuis des mois.
C’est cette double nature — ravisseur d’otages le 7 octobre, combattant actif pendant la guerre — qui explique la prioritĂ© accordĂ©e Ă sa neutralisation. Tsahal prĂ©cise que ses forces restent dĂ©ployĂ©es dans le sud de Gaza conformĂ©ment aux modalitĂ©s du cessez-le-feu en vigueur, tout en maintenant leurs opĂ©rations contre les individus et groupes armĂ©s qu’elles considèrent comme des menaces immĂ©diates pour les soldats et les civils israĂ©liens.
Une traque qui se poursuit
La liquidation d’Abou Tzakar s’inscrit dans la politique israĂ©lienne de reddition de comptes systĂ©matique envers les participants identifiĂ©s au massacre du 7 octobre. Depuis la fin des combats les plus intenses et l’instauration du cessez-le-feu, Tsahal a poursuivi des frappes ciblĂ©es contre des individus nommĂ©ment identifiĂ©s comme impliquĂ©s dans les Ă©vĂ©nements de ce jour-là — une pratique qui se situe Ă la frontière entre la logique militaire du conflit en cours et une forme de justice expĂ©ditrice que l’armĂ©e revendique ouvertement.
Pour la famille Schem, pour Mia elle-mĂŞme et pour toutes les familles d’otages dont le calvaire a commencĂ© ce 7 octobre, chaque Ă©limination de ce type renvoie Ă la mĂŞme rĂ©alitĂ© : les hommes qui ont dĂ©clenchĂ© ce chaos sont encore, pour nombre d’entre eux, en vie. Et Tsahal entend continuer Ă rĂ©duire ce nombre.
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