Deux villes canadiennes, deux synagogues visĂ©es, moins d’une journĂ©e d’intervalle. Ce week-end, le Canada a une nouvelle fois illustrĂ©, de la façon la plus concrète qui soit, ce que son propre Premier ministre venait de dĂ©noncer publiquement. Mark Carney avait averti contre la montĂ©e en flèche de l’antisĂ©mitisme au Canada. Dans les heures qui ont suivi, deux lieux de culte juifs Ă©taient frappĂ©s.
Ă€ Toronto, dans le quartier de North York, la police a ouvert une enquĂŞte après que la vitre de la synagogue Mishkan Avraham a Ă©tĂ© brisĂ©e en pleine nuit — le samedi — au niveau de l’intersection des rues Bathurst et Glencairn. Selon les autoritĂ©s, l’impact a Ă©tĂ© causĂ© par un objet non identifiĂ©. Aucun blessĂ© n’est Ă dĂ©plorer, et aucun suspect n’a Ă©tĂ© dĂ©crit Ă ce stade. C’est l’unitĂ© spĂ©cialisĂ©e dans les crimes haineux de la police de Toronto qui a pris en charge le dossier, appelant la population Ă transmettre tout tĂ©moignage ou information.
Un cocktail Molotov lancé contre une synagogue de Montréal
La veille de cet incident torontois, c’est Ă MontrĂ©al qu’une synagogue avait Ă©tĂ© la cible d’une tentative d’incendie criminelle. Des bouteilles incendiaires avaient Ă©tĂ© projetĂ©es contre le bâtiment, dans ce que les tĂ©moins et les autoritĂ©s qualifient clairement de tentative de mettre le feu Ă un lieu de prière juif.
Le Consulat gĂ©nĂ©ral d’IsraĂ«l Ă Toronto a rĂ©agi avec vigueur. Dans une dĂ©claration officielle, l’institution a soulignĂ© que ces deux Ă©vĂ©nements, survenus en moins de vingt-quatre heures, sont symptomatiques d’une crise profonde que les dĂ©clarations de principe ne suffisent plus Ă endiguer. Le Consulat a pointĂ© du doigt une rĂ©alitĂ© que la communautĂ© juive canadienne endure depuis deux ans et demi : des synagogues, des Ă©coles juives, des centres communautaires contraints de fonctionner sous une protection sĂ©curitaire renforcĂ©e pour assurer une simple vie quotidienne normale.
« Des paroles aux actes »
La formule utilisĂ©e par le Consulat est sans ambiguĂŻtĂ© : « La communautĂ© juive a entendu d’innombrables dĂ©clarations de condamnation au cours des deux dernières annĂ©es et demie, mais dans les faits, les institutions juives continuent d’ĂŞtre prises pour cibles. » Et de conclure : « Il est temps de passer des paroles aux actes. »
Cette exigence de passage Ă l’action rĂ©sonne d’autant plus fort que les deux incidents surviennent dans un contexte de tension accrue, Ă la veille d’un Ă©vĂ©nement symboliquement fort : la 57e marche annuelle pour IsraĂ«l Ă Toronto, Ă laquelle plus de 50 000 personnes devraient participer ce dimanche. Le Consulat a tenu Ă envoyer un message clair Ă ceux qui espèrent intimider la communautĂ© : « La communautĂ© juive continuera de dĂ©filer avec fiertĂ© et assurance. Les tentatives d’intimidation n’atteindront pas leur but. »
Une communauté qui marche sous protection
L’image dit beaucoup sur l’Ă©tat des choses : une marche de solidaritĂ© avec IsraĂ«l rassemblant des dizaines de milliers de personnes dans une grande ville nord-amĂ©ricaine, organisĂ©e sous haute surveillance sĂ©curitaire, après que deux synagogues ont Ă©tĂ© attaquĂ©es le week-end prĂ©cĂ©dant l’Ă©vĂ©nement. Ce n’est plus l’exception — c’est devenu la norme pour les Juifs de Toronto et de MontrĂ©al.
Le Consulat a Ă©galement exprimĂ© sa reconnaissance envers la police de Toronto et les forces de l’ordre pour leur rĂ©activitĂ©, tout en leur demandant de poursuivre avec la rigueur nĂ©cessaire les responsables de ces actes. La conclusion de sa dĂ©claration vaut comme mise en demeure : « Une synagogue ne peut pas devenir une scène de crime. Les Juifs du Canada ne peuvent pas vivre avec le sentiment que la seule question est de savoir quelle institution juive sera la prochaine cible. Les autoritĂ©s doivent le dĂ©montrer par des actes, et non par des dĂ©clarations. »
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