Il faut s’arrêter : Israël sur la voie directe vers la destruction | Général de réserve Yitzhak Brick

Il y a des vérités que l’on n’aime pas entendre. Celle que formule le général de réserve Yitzhak Brick dans cette tribune publiée ce dimanche dans Maariv en fait partie. Brick — officier dont les mises en garde répétées sur l’état de l’armée israélienne avaient souvent été reçues avec scepticisme avant d’être rattrapées par les événements — pose son diagnostic de façon tranchée : Israel doit s’arrêter. Pas par faiblesse. Par lucidité.

« Il arrive, dans l’histoire des peuples, des moments où la décision la plus courageuse et la plus juste n’est pas de continuer à se battre, mais de s’arrêter », écrit-il. « S’arrêter pour reprendre souffle, regarder la réalité en face, et prévenir la prochaine catastrophe. Israël se trouve aujourd’hui à un carrefour existentiel, où s’accrocher à la voie actuelle ne témoigne pas d’une force — mais de l’incapacité à procéder à une évaluation de situation lucide. »

« Aucune chance de gagner une guerre sur plusieurs fronts »

Le cœur de l’argumentation de Brick est militaire. Il affirme qu’Israël n’a, dans son état actuel, aucune chance de remporter une guerre menée simultanément sur plusieurs fronts. Et chaque jour qui passe, selon lui, érode un peu plus ce qui reste de la résilience nationale.

À ce tableau s’ajoute la dimension iranienne. Brick souligne qu’en parallèle des combats, Téhéran continue de renforcer ses bras armés — le Hezbollah, les milices irakiennes, les Houthis au Yémen — et accélère la production de missiles balistiques, qui pourraient atteindre des dizaines de milliers d’unités dans quelques années avec l’assistance chinoise et russe. L’Iran maintient également sa capacité à produire des bombes nucléaires, tandis que Tsahal et l’État d’Israël ne se préparent pas de façon adéquate face à cette menace existentielle, selon le général.

Une usure qui dépasse le champ de bataille

L’usure que décrit Brick ne se limite pas aux forces combattantes. Elle irrigue, dit-il, l’ensemble du corps social : la résilience nationale se fissure, l’éducation s’effondre sous le poids de la guerre prolongée, les relations internationales d’Israël sont à leur plus bas, et l’économie ainsi que le budget public subissent des dommages sévères.

Face à ceux qui présenteraient un arrêt de la guerre comme une « capitulation », Brick répond par un mot : démagogie. Ceux qui proclament qu’on peut continuer à frapper l’ennemi sans discriminer, sans tenir compte des prix à payer, et sans reconnaître l’impossibilité de vaincre dans les conditions actuelles, mettent en danger l’existence même du pays.

« La seule sortie : un arrêt des combats sur tous les fronts »

La conclusion du général est d’une clarté radicale. La seule voie pour sortir du labyrinthe dans lequel Israël s’est enfoncé, c’est de chercher un arrêt des combats sur l’ensemble des fronts — pour libérer le système militaire d’une surcharge qu’il n’est plus en mesure de supporter, pour permettre la reconstruction des institutions de l’État, et pour rétablir les relations internationales dégradées.

Brick plaide pour l’ouverture de nouvelles voies diplomatiques, pour des tentatives de parvenir à des ententes avec les voisins d’Israël, et pour la reconstruction des alliances stratégiques jugées vitales pour la sécurité nationale. Et il va plus loin encore : il affirme que pour sortir de ce danger, il est incontournable de remplacer les échelons politiques et militaires qui ont conduit Israël à la situation actuelle. « Seul un nouveau leadership, frais, connecté à la réalité et focalisé sur la reconstruction, pourra stopper la dérive, réhabiliter le pays et construire un avenir qui ne repose pas sur des illusions de miracles — mais sur une planification stratégique froide. »


À lire sur notre site : le général Brick avait déjà mis en garde en octobre 2023 contre une entrée terrestre prématurée à Gaza, et le déploiement inédit du système laser Or Eitan au nord face au Hezbollah.

 

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