Elle copie IsraĂ«l ? Le pays europĂ©en sur la voie d’une dĂ©cision contre la communautĂ© musulmane

Le Danemark s’apprĂŞte Ă  franchir une ligne que peu de dĂ©mocraties europĂ©ennes ont osĂ© traverser. Le pays nordique envisage d’interdire l’appel Ă  la prière islamique (adhan) diffusĂ© publiquement depuis les haut-parleurs des mosquĂ©es, au nom de la prĂ©servation de l’espace public laĂŻc et de l’identitĂ© nationale. La dĂ©claration d’un ministre gouvernemental, affirmant que certains quartiers du pays donnent l’impression d’une « banlieue d’Islamabad », a mis le feu aux poudres d’un dĂ©bat qui divise profondĂ©ment la sociĂ©tĂ© danoise.

C’est Morten Bødskov, ministre des Affaires et figure de premier plan au sein du Parti social-dĂ©mocrate au pouvoir, qui a formulĂ© la position gouvernementale dans les termes les plus tranchants jusqu’ici. La proposition marque la troisième tentative d’un ministre danois de l’immigration de mettre en place un cadre lĂ©gal susceptible d’interdire cette pratique, après des tentatives similaires en 2020 et en 2025. Cette fois, une enquĂŞte officielle a Ă©tĂ© lancĂ©e pour dĂ©terminer si une telle interdiction nationale peut ĂŞtre introduite sans violer les protections constitutionnelles garantissant la libertĂ© de culte.

Israel Hai - Toute l actualite israelienne en une seule application gratuite

Un pays en plein débat identitaire

Le Danemark compte environ 270 000 musulmans sur une population totale de quelque 6 millions d’habitants, soit environ 4,5 % de la population. Le pays dispose d’une centaine de mosquĂ©es. Ă€ Copenhague, la Grande MosquĂ©e opère depuis longtemps sous un accord avec les autoritĂ©s locales qui lui interdit de diffuser l’appel Ă  la prière en extĂ©rieur. Plusieurs autres villes ont adoptĂ© des rĂ©glementations sur le bruit qui produisent le mĂŞme effet de facto. Mais une interdiction nationale, uniforme et explicite, serait d’une toute autre portĂ©e symbolique.

La proposition a dĂ©clenchĂ© une rĂ©action immĂ©diate sur les rĂ©seaux sociaux, profondĂ©ment polarisĂ©e. Des partisans ont saluĂ© la mesure comme une dĂ©fense nĂ©cessaire de l’espace public laĂŻc, arguant que les smartphones modernes rendent caduque l’utilisation de haut-parleurs pour convoquer les fidèles. Des critiques, en revanche, ont dĂ©noncĂ© une atteinte Ă  la libertĂ© religieuse et un signal discriminatoire envoyĂ© Ă  la minoritĂ© musulmane du pays. Des organisations de dĂ©fense des droits humains ont averti que la mesure risque de fragiliser la cohĂ©sion sociale et d’attiser les tensions intercommunautaires.

Un obstacle constitutionnel potentiel

Juridiquement, la route est semĂ©e d’embĂ»ches. La Constitution danoise garantit le droit au culte public. Des juristes spĂ©cialisĂ©s s’interrogent sur la possibilitĂ© de formuler l’interdiction comme une rĂ©glementation neutre du bruit plutĂ´t que comme une restriction ciblant spĂ©cifiquement l’islam — seule voie qui lui permettrait, selon certains experts, de survivre Ă  un examen judiciaire. D’autres pays europĂ©ens, comme la Grande-Bretagne et l’Allemagne, ont optĂ© pour des rĂ©glementations plus souples limitant les horaires ou le volume des diffusions, sans interdiction totale.

Le Danemark mène depuis plusieurs annĂ©es l’une des politiques d’immigration les plus strictes d’Europe sous la Première ministre Mette Frederiksen, revenue au pouvoir après des Ă©lections anticipĂ©es en mars 2026. Cette proposition s’inscrit dans la continuitĂ© de cette ligne dure, qui a dĂ©jĂ  vu l’introduction d’une interdiction des voiles intĂ©graux en 2018 et des discussions en cours sur une extension de ce texte aux Ă©tablissements scolaires.

Pour retrouver nos articles sur les communautĂ©s musulmanes et l’islam en Europe :