Quelles sont les chances que Poutine utilise des armes biologiques ou chimiques ? Pour rĂ©pondre Ă cette question, et sans entrer dans les profondeurs de l’esprit de l’homme assis au Kremlin, il faut connaĂ®tre et comprendre le sens de leur utilisation – Ă©galement pour le cĂ´tĂ© attaquant, explique Halit Barel, spĂ©cialiste des armes nuclĂ©aires et amĂ©ricaines. Il y a un grand risque pour les militaires de l’utiliser. Les forces sont en place, et il est difficile de contrĂ´ler des Ă©vĂ©nements de ce genre de toute façon », dit-elle.
Commençons par une brève explication. L’arme biologique est l’utilisation de bactĂ©ries, de toxines ou de virus qui sont des substances toxiques afin de produire une maladie chez l’adversaire, gĂ©nĂ©ralement dans le but de provoquer sa mort ou sa blessure. Les armes biologiques peuvent ĂŞtre utilisĂ©es de diverses manières, dont l’une consiste Ă polluer les rĂ©servoirs d’eau et de nourriture. Il suffit d’ajouter les agents pathogènes aux sources d’eau et les toxines s’Ă©couleront rapidement vers les robinets des maisons ou vers les rĂ©servoirs d’eau des soldats en guerre. Une autre façon consiste Ă infecter des animaux comme les moustiques afin de transmettre les bactĂ©ries ou les virus aux humains.
Les effets physiques sur les personnes attaquĂ©es sont variĂ©s et dĂ©pendent des symptĂ´mes propres Ă chaque substance et agent pathogène. L’effet des gaz qui endommagent le système nerveux tels que le sarin, le soman et le VX dĂ©pend du degrĂ© d’exposition ainsi que du mode d’exposition. Les symptĂ´mes de l’exposition Ă l’un des gaz les plus Ă©tudiĂ©s dans ce contexte, le gaz sarin, sont la mĂ©iose, l’Ă©coulement nasal et l’essoufflement. Les cas les plus graves comprennent Ă©galement la perte de conscience, des convulsions et mĂŞme l’arrĂŞt de la respiration dans certains cas.
Le VX, un gaz considĂ©rĂ© comme le plus difficile, est 100 fois plus toxique que le sarin et les conclusions Ă son sujet sont similaires. L’anthrax fait partie des armes biologiques bien connues et provoque une infection bactĂ©rienne aiguĂ« dans les poumons. Il est Ă noter que pour utiliser ces agents pathogènes, leur aĂ©rosolisation est le plus souvent nĂ©cessaire, ce qui rend leur utilisation relativement aisĂ©e en les diffusant dans l’air, sous forme de « spray ». Dans tous les cas, ces armes sont interdites par la Convention de Genève et causent des dommages irrĂ©versibles Ă la population. La dernière utilisation de ces armes est assez rĂ©cente et a Ă©tĂ© enregistrĂ©e en Syrie de 2012 Ă cette annĂ©e, selon des rapports.
Lorsqu’il s’agit d’armes biologiques, le degrĂ© de risque augmente mĂŞme pour l’agresseur, tout comme il augmente pour la population attaquĂ©e. Barel explique qu’il est très difficile de trouver une logique stratĂ©gique dans une telle dĂ©marche pour Poutine, citant deux ans d’Ă©pidĂ©mie comme un Ă©vĂ©nement qui illustre bien Ă quel point une arme biologique contient un Ă©lĂ©ment d’incertitude, ce qui la rend « très inutilisable ». « Une fois que vous avez libĂ©rĂ© un agent biologique dans une campagne, vous ne pouvez pas contrĂ´ler les limites de son secteur, et vous ne devez pas contrĂ´ler l’endroit oĂą l’infection atteindra, mĂŞme au niveau gĂ©ographique – et au-delĂ de vous. »
Barel explique que la dynamique d’un Ă©vĂ©nement chimique, et dans une mesure encore plus grande – d’un Ă©vĂ©nement biologique, implique une dissuasion intĂ©grĂ©e, similaire Ă ce qui se passe lorsqu’il s’agit d’armes nuclĂ©aires. Au-delĂ de la problĂ©matique « technique », Barel mentionne que bien sĂ»r tout usage d’une telle arme conduira Ă une très forte escalade vis-Ă -vis des États-Unis, ce que les deux camps Ă©vitent depuis des annĂ©es – et pour cause.
Tout cela est basĂ© sur l’hypothèse des experts selon laquelle Poutine est un acteur rationnel dans ce domaine. Bien qu’il s’agisse d’une hypothèse qui peut sembler sans rapport avec la rĂ©alitĂ© pour les tĂ©lĂ©spectateurs des Ă©vĂ©nements qui se dĂ©roulent en Ukraine dans une perplexitĂ© mĂŞlĂ©e d’inquiĂ©tude, en fait, les experts n’ont aucune raison rĂ©elle de traiter Poutine mais comme un chef d’État rationnel. Cela ne justifie pas ses actions, mais plutĂ´t le point de vue Ă travers lequel il est interrogĂ© par rapport Ă ses actions, et par rapport Ă la variĂ©tĂ© des thĂ©ories censĂ©es aider les experts Ă comprendre et mĂŞme Ă anticiper ce qu’il va faire.
Ces choses doivent Ă©galement ĂŞtre comprises comme faisant partie de la campagne gĂ©opolitique et de propagande, qui fait partie de toute guerre. La porte-parole de la Maison Blanche, Jen Saki, a notĂ© l’utilisation d’armes non conventionnelles (interdites par la Convention de Genève) de la part de la Russie – en rĂ©ponse aux affirmations de la Russie. Saki a dĂ©clarĂ© que les affirmations de la Russie concernant le dĂ©veloppement d’armes chimiques en Ukraine Ă©taient ridicules, ajoutant qu’il s’agissait d’un « truc » familier des Russes, qui ont tendance Ă prĂ©parer le terrain pour l’action en blâmant l’autre partie pour l’action qu’ils sont eux-mĂŞmes intĂ©ressĂ©s Ă mener. Dans ce contexte, de hauts responsables gouvernementaux ont Ă©galement Ă©tĂ© citĂ©s comme se disant prĂ©occupĂ©s.
« Dans un monde oĂą vit et prospère un homme comme Assad, qui a utilisĂ© des armes chimiques en Syrie il y a quelques annĂ©es, cette inquiĂ©tude peut ĂŞtre comprise », dĂ©clare Bar-El : « Si nous regardons les types d’armes rĂ©partis sur le spectre, en effet l’arme chimique est celle que Poutine est le plus susceptible d’utiliser, car ses implications sont plus limitĂ©es – tant pour les militaires sur le terrain que sur la scène internationale. «Â
Bien que, contrairement aux armes nuclĂ©aires, l’utilisation d’armes biologiques et chimiques ne «dĂ©truit» pas vraiment le territoire pour l’occupation physique de l’armĂ©e attaquante, ajoute Barel, mais il est très douteux que Poutine fasse un pas dans la direction qui Ă©tablira les États-Unis et tous les alliĂ©s de l’OTAN contre lui.





