En Iran, on rĂ©agit Ă  la tentative d’assassinat de Trump : « Un spectacle de gangsters »

La machine Ă  propagande du rĂ©gime des ayatollahs tourne Ă  plein rĂ©gime. Ă€ peine la tentative d’assassinat contre le prĂ©sident amĂ©ricain Donald Trump Ă©chouĂ©e — lors du dĂ®ner annuel des correspondants de la Maison-Blanche — que les porte-voix de TĂ©hĂ©ran s’emparaient dĂ©jĂ  de l’Ă©vĂ©nement pour en faire une pièce de théâtre politique. Non pas pour dĂ©noncer un attentat, mais pour affirmer, avec un cynisme consommĂ©, qu’il n’y en avait jamais eu.

L’agence de presse Tasnim, organe attitrĂ© des Gardiens de la RĂ©volution islamique, a ouvert le bal. Dans ses colonnes, la tentative d’assassinat contre le prĂ©sident Trump est prĂ©sentĂ©e comme une « mise en scène », un « show » fabriquĂ© de toutes pièces Ă  des fins Ă©lectorales. Pas une ligne de compassion, pas un gramme de sobriĂ©tĂ©. Ă€ la place : le sarcasme en guise de politique Ă©trangère.

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Le précédent comme argument

Pour asseoir leur thèse du complot, les rĂ©dacteurs de Tasnim ont convoquĂ© l’histoire rĂ©cente. Ils rappellent qu’un « évĂ©nement similaire, mais bien plus grave », avait dĂ©jĂ  eu lieu avant l’Ă©lection prĂ©sidentielle — en rĂ©fĂ©rence Ă  la tentative d’assassinat de Butler, en Pennsylvanie, oĂą Trump avait Ă©tĂ© blessĂ© Ă  l’oreille. La conclusion de l’agence iranienne est sans appel : Trump aurait instrumentalisĂ© cet Ă©pisode lors de sa campagne Ă©lectorale, et l’incident de la soirĂ©e des correspondants ne serait que la rĂ©pĂ©tition du mĂŞme schĂ©ma. « Il y a ceux qui affirment que l’Ă©vĂ©nement actuel a pu ĂŞtre prĂ©parĂ© Ă  l’avance, en vue des Ă©lections de mi-mandat », affirme l’agence.

Le raisonnement est circulaire, mais c’est prĂ©cisĂ©ment lĂ  que rĂ©side son efficacitĂ© sur un public captif. Si un premier attentat a pu servir la propagande trumpiste, alors tout attentat suivant est suspect. L’outil devient irrĂ©futable par construction.

La « preuve » par le lapsus

L’agence iranienne n’en est pas restĂ©e aux spĂ©culations. Elle a cru dĂ©celer, dans les mots mĂŞmes de la Maison-Blanche, la confirmation de sa thĂ©orie. La porte-parole Caroline Leavitt aurait dĂ©clarĂ©, avant la cĂ©rĂ©monie, une phrase « accablante » : « Il y aura des coups de feu ce soir ! » Pour Tasnim, cette formulation ne saurait ĂŞtre le fruit du hasard — ce serait un aveu involontaire d’un scĂ©nario Ă©crit Ă  l’avance.

On pourrait sourire de l’acrobatie intellectuelle. Mais cette mĂ©canique — transformer un mot, une mĂ©taphore, un lapsus apparent, en pièce Ă  conviction — est l’une des techniques les plus classiques de la dĂ©sinformation de masse. Elle ne nĂ©cessite aucune preuve tangible : l’interprĂ©tation suffit, pourvu qu’elle soit prĂ©sentĂ©e avec suffisamment d’assurance.

Trump lui-mĂŞme, pris en dĂ©faut d’hĂ©roĂŻsme

La charge iranienne ne s’est pas arrĂŞtĂ©e Ă  l’Ă©vĂ©nement lui-mĂŞme. Elle a visĂ© le comportement de Trump dans les minutes suivant l’incident. Les propagandistes de TĂ©hĂ©ran soulignent que le prĂ©sident amĂ©ricain, dans une « situation supposĂ©ment critique et Ă  haut risque sĂ©curitaire », a trouvĂ© le temps de publier un tweet se prĂ©sentant comme un « hĂ©ros courageux » — et qu’il a mĂŞme annoncĂ© son intention de rester sur place pour la suite de la cĂ©rĂ©monie.

L’argument est habile dans sa perversitĂ© : le calme apparent de Trump devient une preuve de sa culpabilitĂ©. S’il n’avait pas eu peur, c’est qu’il savait. La logique du complot n’a que faire de la cohĂ©rence — elle transforme chaque dĂ©tail, chaque geste, chaque tweet, en confirmation d’une thèse prĂ©existante.

Une stratĂ©gie qui dĂ©passe l’incident

Ce qui se joue ici dĂ©passe largement la rĂ©action Ă  un fait divers dramatique. Pour le rĂ©gime iranien, chaque crise amĂ©ricaine est une opportunitĂ© de dĂ©stabilisation. L’objectif n’est pas de convaincre les AmĂ©ricains — c’est d’alimenter le doute dans les opinions publiques arabes et musulmanes, de nourrir les circuits de dĂ©sinformation internationaux, et de prĂ©senter la dĂ©mocratie amĂ©ricaine comme un théâtre de manipulation permanente.

La qualification de « spectacle de gangsters » n’est pas anodine. Elle place volontairement Washington au mĂŞme niveau moral que les rĂ©gimes que Trump lui-mĂŞme stigmatise. C’est une inversion rhĂ©torique rodĂ©e : face Ă  un adversaire qui dĂ©nonce le rĂ©gime des mollahs, affirmer que lui-mĂŞme n’est qu’un gangster. MĂŞme mĂ©thode, mĂŞme cynisme — et surtout, mĂŞme absence de preuves.

Ce type de rĂ©action, aussi grossier soit-il dans sa facture, s’inscrit dans une longue tradition de la guerre de l’information menĂ©e par TĂ©hĂ©ran. L’agence Tasnim n’est pas un mĂ©dia : c’est un instrument. Et cet instrument, ce soir-lĂ , n’Ă©tait pas en panne.


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