LâIran traverse lâune des pĂ©riodes les plus instables de ces derniĂšres annĂ©es. Selon une enquĂȘte publiĂ©e par le New York Times, la direction du rĂ©gime iranien a tenu plusieurs rĂ©unions dâurgence nocturnes ces derniers jours, face Ă lâampleur des manifestations populaires et Ă la crainte croissante que IsraĂ«l ne profite du chaos interne pour lancer une opĂ©ration militaire.
DâaprĂšs des sources iraniennes citĂ©es par le quotidien amĂ©ricain, le Conseil suprĂȘme de sĂ©curitĂ© nationale iranien sâest rĂ©uni dans lâurgence aprĂšs une dĂ©claration particuliĂšrement dure du prĂ©sident amĂ©ricain Donald Trump, qui a menacĂ© dâapporter un soutien aux manifestants si la rĂ©pression se poursuivait. Cette inquiĂ©tude a Ă©tĂ© renforcĂ©e par lâarrestation spectaculaire de NicolĂĄs Maduro, perçue Ă TĂ©hĂ©ran comme le signal du retour dâune AmĂ©rique prĂȘte Ă agir directement contre des rĂ©gimes jugĂ©s hostiles.
Un rĂ©gime sous pression extrĂȘme
Selon trois responsables iraniens au fait des discussions internes, les dirigeants reconnaissent en privĂ© que le rĂ©gime est entrĂ© dans un « mode survie ». Les dĂ©bats ont portĂ© Ă la fois sur la maniĂšre de contenir les protestations avec le minimum de violence visible, afin dâĂ©viter une explosion incontrĂŽlable de la colĂšre populaire, et sur la prĂ©paration Ă un scĂ©nario de confrontation militaire extĂ©rieure.
Le gouvernement iranien se retrouve aujourdâhui avec trĂšs peu de leviers. LâĂ©conomie est exsangue, la monnaie sâest effondrĂ©e et les sanctions internationales continuent de peser lourdement. Le prĂ©sident iranien Massoud Pezeshkian lâa reconnu publiquement Ă plusieurs reprises ces derniĂšres semaines, allant jusquâĂ dĂ©clarer quâil nâavait « pas de solution miracle » aux crises multiples qui frappent le pays. Lors de sa premiĂšre apparition publique ŚŚŚ le dĂ©but des manifestations, il a affirmĂ© :
« Toute politique injuste est vouĂ©e Ă lâĂ©chec. Nous devons reconnaĂźtre que nous sommes obligĂ©s dâĂ©couter le peuple. »
La peur dâune opportunitĂ© israĂ©lienne
Au cĆur des discussions sĂ©curitaires figure une crainte majeure : si lâinstabilitĂ© intĂ©rieure se prolonge, IsraĂ«l pourrait considĂ©rer la situation comme une fenĂȘtre dâopportunitĂ© pour frapper des cibles stratĂ©giques en Iran. Les dĂ©clarations de responsables israĂ©liens, dont la ministre Gila Gamliel, ont renforcĂ© cette inquiĂ©tude Ă TĂ©hĂ©ran.
En parallĂšle, le chef dâĂ©tat-major iranien, le gĂ©nĂ©ral Abdolrahim Mousavi, a accusĂ© les Ătats-Unis et IsraĂ«l de mener une « guerre douce » contre lâIran, combinant pressions Ă©conomiques et agitation interne. « Les ennemis tentent de crĂ©er le chaos pour compenser leur dĂ©faite dans la derniĂšre guerre », a-t-il affirmĂ©, Ă©voquant lâinfiltration de « forces entraĂźnĂ©es » parmi les manifestants.
Répression et messages contradictoires
Sur le terrain, la rĂ©pression sâintensifie. Des affrontements violents ont Ă©tĂ© signalĂ©s Ă Mashhad, Shiraz et TĂ©hĂ©ran, avec lâusage de balles rĂ©elles, de gaz lacrymogĂšnes et dâarrestations nocturnes ciblĂ©es. Les autoritĂ©s reconnaissent officiellement plusieurs morts, tandis que des ONG Ă©voquent un bilan bien plus lourd.
Le guide suprĂȘme Ali Khamenei a adoptĂ© un ton nettement plus dur que celui du prĂ©sident. Dans un discours rĂ©cent, il a appelĂ© à « remettre les Ă©meutiers Ă leur place », tout en accusant des « ennemis Ă©trangers » dâĂȘtre Ă lâorigine de la crise Ă©conomique. Il a toutefois admis que les commerçants de TĂ©hĂ©ran avaient des raisons lĂ©gitimes de protester face Ă lâexplosion des prix.
Un symbole de défi
Dans ce climat tendu, les mĂ©dias proches des forces de sĂ©curitĂ© ont diffusĂ© des images dâun nouveau panneau gĂ©ant installĂ© place de la Palestine Ă TĂ©hĂ©ran, reprĂ©sentant des cercueils recouverts des drapeaux amĂ©ricain et israĂ©lien, accompagnĂ©s du message en hĂ©breu et en anglais : « Prenez soin de vos soldats ». Le panneau aurait Ă©tĂ© installĂ© en rĂ©ponse directe aux menaces de Trump et aux propos du secrĂ©taire du Conseil suprĂȘme de sĂ©curitĂ© nationale iranien, Ali Larijani, qui avait dĂ©clarĂ© : « Ils devraient sâinquiĂ©ter pour leurs soldats. »
Une crise ouverte
Les manifestations, initialement dĂ©clenchĂ©es par une protestation spontanĂ©e de commerçants du bazar de TĂ©hĂ©ran, se sont rapidement Ă©tendues. Des Ă©tudiants dâau moins dix universitĂ©s ont rejoint le mouvement, dĂ©nonçant lâinflation galopante et lâeffondrement du rial, passĂ© dâenviron 32 000 rials pour un dollar en 2015 Ă prĂšs de 1,4 million de rials aujourdâhui.
Alors que le rĂ©gime tente de reprendre le contrĂŽle, la combinaison dâune contestation populaire persistante, de pressions internationales accrues et de la crainte dâune action militaire israĂ©lienne place lâIran dans une situation explosive, dont lâissue demeure hautement incertaine.





