En quelques semaines, l’Egypte a fait plus de dĂ©gâts aux tunnels qu’IsraĂ«l en 20 ans.

GAZA – Mahmoud Bakeer parle de son dĂ©sespoir, suite aux fortes prĂ©cipitations de cette nuit qui ont inondĂ© sa maison. Il raconte comment il a criĂ© Ă  sa femme et ses cinq enfants de fuir leur maison sur la frontière de Gaza avec l’Egypte après l’arrivĂ©e de l’eau.

Les inondations de la semaine dernière se sont ajoutĂ©es au pompage de l’eau vers les tunnels que le Caire  a mis en place depuis plusieurs semaines pour dĂ©truire ceux qui se trouvent à sa frontière.

La fragilitĂ© du sol a entraĂ®né sous la ville frontière de Rafah l’affaissement des maisons et leur inondation avec les fortes pluies. Le Caire a dĂ©cidĂ© d’en finir avec la contrebande d’armes par les insurgĂ©s islamistes qui passent des tunnels de Gaza vers le dĂ©sert du SinaĂŻ de l’Égypte et attaquent la police égyptienne.

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Pour Bakeer, 61 ans, l’Egypte Ă©tait dans le passĂ© une passerelle vers le monde pour 1,8 million de Palestiniens de Gaza, mais aujourd’hui, il dit que la souffrance de sa famille est particulièrement douloureuse.

« Nous respectons nos voisins, nous aimons l’Egypte, mais nos voisins ont rendu notre vie plus difficile, » a-t-il dit devant sa maison dĂ©truite.

 Le pompage de l’Egypte de l’eau salĂ©e de la MĂ©diterranĂ©e Ă  proximitĂ© ne crĂ©e pas seulement la destruction  des tunnels, selon les responsables palestiniens, mais cela a également contaminĂ© l’approvisionnement en eau douce, menaçant de dĂ©truire les terres agricoles et de propager des maladies.
 

Les rĂ©sidents locaux disent que la construction des tunnels par les islamistes du Hamas était à son apogĂ©e en 2007 quant IsraĂ«l a renforcĂ© une fermeture de ces passages dans l’enclave, et près de 2.500 passages souterrains serpentaient sous la frontière avec l’Egypte.

Marchandises commerciales, armes de contrebande dans les tunnels par le Hamas et d’autres factions militantes continuaient, alors que les Palestiniens dĂ©noncĂ© le siège israĂ©lien voisin.

En 2008-10, certains propriétaires de tunnels sont devenus millionnaires et ont fait passer des véhicules Hummer, machines à laver, vaches et les moutons à travers les tunnels. Le Hamas a imposé une taxe sur les expéditions.

A un moment, un nombre estimatif de 22.000 Palestiniens travaillaient dans l’industrie des tunnels, puis ces activitĂ©s ont diminuĂ© en 2010, après qu’IsraĂ«l, sous pression internationale a dĂ©cidĂ© d’allĂ©ger les restrictions sur les importations commerciales dans la bande de Gaza, et a permis le passage de plus de marchandises à travers ses passages terrestres.

Ensuite, ce mois de septembre, luttant contre une insurrection dans le nord du SinaĂŻ, l’Égypte a dĂ©cidĂ© de fermer les tunnels une fois pour toutes. DĂ©terminĂ©e Ă  mettre un terme au terrorisme qui sĂ©vit dans le Sinaï par la Bande de Gaza, l’Egypte a commencĂ© Ă  pomper l’eau dans le labyrinthe souterrain, causant l’effondrement de la terre. 

L’Egypte a pompĂ© plusieurs fois depuis septembre, et en quelques semaines elle a fait plus de dĂ©gâts au rĂ©seau, qui faisait passer environ 30% des importations de Gaza, que les bombardements israĂ©liens au cours des 20 dernières annĂ©es. 

Il resterait moins de 20 tunnels de marchandises commerciales, avec des cigarettes, la contrebande principale. Personne ne peut dire combien de tunnels font passer des armes car c’est un secret bien gardé par le Hamas et d’autres groupes armĂ©s, qui ont menĂ© une guerre avec IsraĂ«l en 2014. 

Aujord’hui, les rĂ©sidents et les responsables locaux disent que l’eau de mer pollue les rĂ©serves d’eau potable souterraines. Le dĂ©bordement a atteint les rues et les maisons Ă  moins de 100 mètres  de la barrière frontalière. Les vastes flaques d’eau et de boue s’étalent partout.

« Un mètre cube d’eau de mer pollue 40 mètres cubes d’eau souterraine », a dĂ©clarĂ© Tamer al-Sleibi, directeur du dĂ©partement de l’eau de l’AutoritĂ© palestinienne dans la bande de Gaza, qui est prĂ©occupĂ© par les dommages environnementaux Ă  long terme . 

 » La campagne de l’Egypte, a-t-il dit, pourrait affaiblir les fondations des maisons dĂ©jĂ  sur un terrain glissant en raison de la construction des tunnels et rendre les terres impropres Ă  l’agriculture dans les zones proches de la frontière. 

Il y a aussi un risque pour la santĂ© concernant l’eau stagnante entraĂ®nant les moustiques et autres vecteurs de maladies. Le maire de Rafah, Subhy Rudwan, a dĂ©clarĂ© que les six puits qui desservent la ville de 230.000 familles sont menacĂ©es de contamination. 

« Nous suivons la situation à la frontière de près et nous avons remarqué quelques effondrements de terrain dans certains domaines », a-t-il dit. 

Vendredi dernier, Rudwan a dit que les forces Ă©gyptiennes ont pompĂ© dans l’eau de la mer du matin au soir. « S’ils continuent Ă  le faire, la vie et la rĂ©sidence des personnes dans la zone frontalière sera en danger, et ils pourraient ĂŞtre forcĂ©s de quitter leurs maisons. Nous avons fait appel Ă  l’Egypte pour arrĂŞter les inondations », dit-il. 

Les dirigeants du Hamas ont rejetĂ© les allĂ©gations du Caire qui affirment que le Hamas se mĂŞle des affaires Ă©gyptiennes et qu’il y a une prĂ©sence armĂ©e en dehors de Gaza, dans le SinaĂŻ. Les reprĂ©sentants du groupe ont rencontrĂ© des responsables Ă©gyptiens, mais ils n’ont pas rĂ©ussi Ă  les convaincre de fermer les robinets.

Dans la zone des tunnels, les travailleurs se dĂ©placent maintenant dans la boue. Le passage de la frontière avec l’Egypte a Ă©tĂ© en grande partie fermĂ©. Un propriĂ©taire de tunnel a dit que le tunnel lui a coĂ»tĂ© 200 000 $ et l’inondation l’avait forcĂ© à baisser son effectif. « Nous apportons des cigarettes pour quelques jours par mois et nous passons le reste des jours dans la boue », a-t-il dit, demandant de garder l’anonymat.