La Chambre des représentants américaine a rejeté dans la nuit de mercredi à jeudi une proposition d’amendement au budget du département d’État qui visait à bloquer intégralement l’aide sécuritaire annuelle que les États-Unis accordent à Israël, soit 3,3 milliards de dollars. L’amendement a été repoussé par 314 voix contre 104, avec 10 votes « présent ».
Un initiateur républicain, un vote qui fracture les démocrates
Fait notable, l’initiateur de la proposition est un élu républicain, Thomas Massie, du Kentucky, connu de longue date pour ses critiques envers Israël et pour son opposition à toute aide étrangère en général. Lors du débat à la Chambre, Massie a affirmé qu’Israël avait été « trop longtemps le plus grand assisté social des États-Unis », évoquant également le bilan civil du conflit à Gaza pour justifier sa position.
Le vote n’était pas censé aboutir, mais il a suscité un vif intérêt après qu’au moins 103 élus démocrates — soit près de la moitié du groupe démocrate à la Chambre — ont annoncé qu’ils voteraient en faveur de l’amendement, un geste qui illustre l’ampleur de la fracture entre le parti et Israël. Ce chiffre reste toutefois en retrait des prévisions initiales, qui évoquaient jusqu’à 150 élus démocrates potentiellement favorables au texte.
Ce nombre inédit de parlementaires prêts à interrompre intégralement l’aide américaine à Israël — une aide qui bénéficiait historiquement d’un large soutien bipartisan — a mis en lumière des divisions jusque dans la direction du parti. Le chef de la minorité démocrate à la Chambre, Hakeem Jeffries, a annoncé qu’il voterait contre le texte, le jugeant « trop large » dans sa portée, estimant qu’il entraverait également l’aide humanitaire, la réinstallation de réfugiés et les efforts contre des groupes comme le Hamas. Il a toutefois précisé qu’il n’avait donné aucune consigne de vote à son groupe. À l’inverse, la whip adjointe de la minorité démocrate, Katherine Clark, a annoncé qu’elle voterait en faveur de l’amendement, déclarant : « Le statu quo n’est plus tenable. Nous ne devrions pas donner un chèque en blanc pour une aide militaire à un pays qui ne respecte pas le droit, les intérêts et les valeurs américains. » L’ancienne présidente de la Chambre, Nancy Pelosi, a elle aussi voté en faveur du texte.
Selon le président du Congressional Progressive Caucus, l’élu texan Greg Casar, qui avait exhorté ses collègues à soutenir l’amendement, « le peuple américain réclame la fin du financement, par les impôts américains, de l’armée israélienne. À un moment où des millions de personnes peinent à joindre les deux bouts, nous envoyons des milliards de dollars à une armée qui a tué des dizaines de milliers de civils. » Le groupe libéral J Street, sans soutenir formellement l’amendement qu’il a qualifié de « trop large » et de « coup politique mal préparé », a salué le fait qu’une partie de la direction démocrate adopte une position plus ferme pour faire pression sur le gouvernement israélien. De son côté, la Republican Jewish Coalition s’est félicitée du rejet du texte, dénonçant « une hostilité véhémente envers Israël qui n’est plus marginale » au sein du Parti démocrate.
L’amendement de Massie ciblait le financement annuel prévu par le protocole d’accord signé avec Israël en 2016, valable jusqu’en 2028 — un texte qui, à l’époque de son adoption par une résolution de soutien à la Chambre, avait recueilli un score quasi unanime de 405 voix contre 4. Même symbolique, dans la mesure où le texte aurait de toute façon nécessité l’aval du Sénat et échappé à un veto quasi certain du président Trump, ce vote confirme une évolution notable de la relation entre les progressistes américains et Israël, sur fond de tensions persistantes autour de la guerre à Gaza et du conflit avec l’Iran.
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