Une vidéo publicitaire pour le restaurant Al-Malaki, spécialisé dans le shawarma et situé dans le camp de Nuseirat, au centre de la bande de Gaza, est devenue virale ces derniers jours sur les réseaux sociaux. Les images montrent un établissement au décor soigné, moderne et visiblement bien approvisionné, ce qui a immédiatement suscité des réactions contrastées de la part des internautes, certains s’étonnant du niveau d’équipement et d’achalandage du lieu au regard de la situation humanitaire décrite à Gaza.
Cette vidéo n’est pas un cas isolé. Depuis plusieurs mois, des comptes diffusent régulièrement des séquences filmées dans des restaurants, cuisines de rue ou étals de marché à Gaza, montrant des scènes de vie apparemment normales, avec de la nourriture en abondance. Ces publications circulent le plus souvent sous des mots-dièses comme #TheGazaYouDontSee, littéralement « le Gaza que vous ne voyez pas », une formule qui vise explicitement à contredire le récit dominant d’une famine généralisée dans l’enclave.
GAZA
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👀🥙🤡 Most Ridiculous Shawarma Commercial Ever: Gaza Restaurant Advertises Food So Good, You’ll Steal It.
An unusual commercial for Almalaki, a shawarma restaurant in Nuseirat, Gaza, suggests its food is so irresistible that customers simply can’t help but steal it.
On a… pic.twitter.com/UIw2K4dGRD
— Shiri_Sabra (@sabra_the) September 5, 2026
Ce phénomène a donné lieu à une controverse récurrente en ligne. D’un côté, des comptes affirment que ces vidéos prouvent que les rapports sur la famine à Gaza sont exagérés, voire fabriqués, un courant parfois qualifié de manière péjorative de « Pallywood » par ses détracteurs, en référence à l’idée que certaines scènes seraient mises en scène à des fins de propagande. De l’autre, plusieurs médias et organisations humanitaires ont documenté que ce type de contenu peut prêter à confusion : des journalistes ont par exemple relevé que certaines vidéos montrant de la viande ou des plats copieux avaient été tournées plusieurs mois avant leur diffusion, à une période où l’accès à la nourriture était moins restreint qu’au moment de la publication.
La question de la famine à Gaza reste par ailleurs un sujet évalué par des organismes indépendants. Le cadre de classification intégrée de la sécurité alimentaire (IPC), qui réunit des agences des Nations unies et des organisations humanitaires, a publié à plusieurs reprises des évaluations alarmantes sur l’insécurité alimentaire dans l’enclave, tandis que les autorités israéliennes et certains observateurs ont contesté la méthodologie ou l’ampleur de ces constats. Des ONG locales, de leur côté, soulignent que la persistance de marchés et de restaurants ne signifie pas l’absence de crise, dans la mesure où l’accès à ces denrées reste souvent limité par les prix, très largement gonflés par la rareté et les circuits d’approvisionnement informels.
Le cas du restaurant Al-Malaki illustre ainsi la difficulté à interpréter isolément ce type d’images virales. Une publicité soignée et un établissement visiblement fonctionnel peuvent coexister, dans une même zone géographique, avec des poches de pénurie sévère touchant une partie de la population, notamment les ménages les plus vulnérables ou éloignés des grands axes commerciaux. Cette coexistence, plutôt que de trancher le débat, tend à alimenter des lectures opposées d’une même réalité, chaque camp y puisant des arguments pour étayer son récit.
Au-delà de la polémique, cette vidéo témoigne aussi d’une dynamique bien documentée par les correspondants sur place : une partie de l’économie informelle continue de fonctionner à Gaza malgré le conflit, portée par des commerçants qui s’adaptent pour maintenir une activité, parfois au prix de marges élevées répercutées sur des consommateurs déjà fragilisés par la crise.






