« Ils ont refusé de chanter avec des Juifs » : un incident antisémite grave en Australie annule un concert de bienfaisance pour les victimes de Bondi

Le concert s’appelait « Concert for Hope and Unity » — Concert pour l’Espoir et l’Unité. Il devait se tenir le 28 juin prochain au Sydney Town Hall, devant quelque 2 000 personnes. Il devait réunir deux chœurs, l’Australian Hellenic Choir et la Sydney Jewish Choral Society, pour collecter des fonds au profit des familles dévastées par le massacre de Bondi Beach de décembre 2025. Il a été annulé. Non par manque de public, ni par problème logistique. Parce qu’une majorité de membres de la chorale grecque a voté contre le fait de partager une scène avec des Juifs.

Le 14 décembre 2025, Naveed Akram, 24 ans, et son père Sajid avaient ouvert le feu sur une fête de Hanoukka célébrée sur la plage de Bondi, à Sydney. Quinze personnes avaient été tuées, dont une fillette de dix ans. Sajid Akram avait été abattu par la police lors de l’intervention. Les autorités australiennes avaient qualifié l’attentat d’acte terroriste antisémite inspiré par l’État islamique. C’est pour les survivants et les familles de ces victimes que le concert était organisé.

Un vote qui dit tout

Lors d’une répétition la semaine dernière, les membres de l’Australian Hellenic Choir — une chorale d’une cinquantaine de personnes — ont été invités à se prononcer. Plus de la moitié ont voté contre la participation à l’événement. Les raisons invoquées : des « objections politiques » à l’idée de chanter aux côtés de Juifs. D’autres ont affirmé ne pas se sentir « en sécurité » lors d’une performance commune avec la Sydney Jewish Choral Society.

La présidente de la chorale juive, Anne Spira, a aussitôt informé ses membres par courrier que le concert était annulé. Elle a également soumis un témoignage à la Commission royale sur l’antisémitisme et la cohésion sociale, mise en place par le gouvernement australien après le massacre de Bondi. Sa phrase résume ce que des milliers de Juifs australiens vivent depuis octobre 2023 : « Comme tant d’autres Juifs dans le monde des arts depuis le 7 octobre 2023, nous avons été annulés. Nous avons été déplatformisés, et c’est profondément bouleversant pour nous et pour l’ensemble de la communauté juive. »

La voix du fondateur : « Je ne réalisais pas l’étendue de l’antisémitisme »

James Tsolakis, fondateur et président de l’Australian Hellenic Choir, n’avait pas anticipé ce dénouement. Lui-même soutient le projet, et il n’a pas mâché ses mots pour qualifier ce qu’il a découvert au sein de sa propre organisation. « Il y a un peu d’antisémitisme dans la communauté grecque. Je ne réalisais pas son étendue », a-t-il confié au quotidien The Australian. Puis, s’adressant directement à ceux qui ont voté contre : « Vous voulez haïr Netanyahu ? Haïssez Netanyahu. Mais qu’est-ce que le peuple juif vous a fait ? Tout ce phénomène d’antisémitisme doit être enrayé. »

Sa question — « qu’est-ce que le peuple juif vous a fait ? » — prend une résonance particulière dans ce contexte. La chorale juive n’est pas israélienne. Elle n’a aucun lien institutionnel avec le gouvernement d’Israël ni avec ses décisions militaires. Ce sont des Australiens, des chanteurs amateurs, qui avaient accepté de se joindre à un événement de solidarité pour des victimes d’un attentat antisémite sur leur propre sol. Les refuser, c’est sanctionner des Juifs pour le seul fait d’être Juifs.

Le programme musical prévu donnait toute sa dimension à l’absurdité de ce refus. Le concert devait notamment inclure « La Ballade de Mauthausen », œuvre commémorant la solidarité entre prisonniers grecs et juifs dans le camp de concentration nazi. Les deux chœurs l’avaient d’ailleurs déjà interprétée ensemble, en 2022, sans le moindre incident.

L’Australie, terrain fertile de l’antisémitisme post-7 octobre

Le refus de la chorale grecque n’est pas un incident isolé. Il s’inscrit dans une tendance alarmante que les chiffres rendent implacable. Selon l’Executive Council of Australian Jewry, 1 654 incidents antisémites ont été recensés entre octobre 2024 et septembre 2025 en Australie — soit environ cinq fois la moyenne annuelle enregistrée dans la décennie précédant le 7 octobre 2023. Des synagogues, des écoles et des domiciles ont été la cible d’incendies criminels. Des soignants ont proféré des menaces de mort contre des patients juifs. Une remorque remplie d’explosifs, apparemment destinée à un attentat de masse dans une synagogue de Sydney, a été découverte et neutralisée.

Face à cette montée, le gouvernement australien a constitué une Commission royale sur l’antisémitisme et la cohésion sociale, chargée d’examiner les politiques et pratiques ayant contribué au développement du sentiment anti-juif dans le pays. Le quotidien The Australian a jugé dans un éditorial que l’affaire de la chorale grecque méritait d’être portée devant cette commission, écrivant que ce vote « dépasse l’entendement » et révèle « un manque alarmant d’empathie historique. »

Ce qui aurait dû être un soir de musique, de mémoire et de solidarité entre deux communautés ayant toutes deux souffert de la barbarie nazie, s’est transformé en une leçon douloureuse sur l’état de l’antisémitisme en 2026. Les 2 000 billets attendus ne seront pas vendus. Les fonds ne seront pas récoltés. Et des familles qui ont perdu un être cher lors d’un attentat antisémite ont appris que, pour certains, même chanter à leurs côtés était un acte politique inacceptable.


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