Israël a eu un aperçu du niveau de haine contre lui dans la rue musulmane d’Europe

Il est parfois difficile de sĂ©parer l’antisĂ©mitisme des critiques d’IsraĂ«l en Europe, mais ce qui s’est passĂ© Ă  Amsterdam le week-end dernier n’a rien Ă  voir avec cette discussion. Non seulement il s’agissait d’une dĂ©monstration de violence extrĂŞme et illĂ©gale – les photos prises par les Ă©meutiers eux-mĂŞmes montraient des coups de pied Ă  la tĂŞte, des lynchages d’innocents et une sĂ©lection Ă  la recherche de victimes – mais c’Ă©tait antisĂ©mite.
Dans les groupes « Telegram » oĂą l’attaque a Ă©tĂ© organisĂ©e, elle a Ă©tĂ© dĂ©finie comme une « chasse aux Juifs ». Les assaillants ont demandĂ© dans les rues d’Amsterdam qui Ă©tait juif et qui ne l’Ă©tait pas, et certains ont Ă©tĂ© enregistrĂ©s en train de donner des coups de pied aux victimes tout en scandant « vengeance sur Gaza » et « ceci est pour les enfants ». Pas pour la première fois, mais de la manière la plus visuelle jusqu’à prĂ©sent, les IsraĂ©liens ont eu un aperçu du niveau de haine contre eux dans les rues musulmanes d’Europe, après un an de guerre Ă  Gaza.

Ces communautĂ©s musulmanes se sont dĂ©veloppĂ©es en Europe occidentale ces dernières annĂ©es. Certains d’entre eux sont arrivĂ©s en Europe occidentale dès le dĂ©but des annĂ©es 1950 et 1960, Ă  la suite de changements globaux (besoin de travailleurs en Allemagne, fin du colonialisme en Afrique du Nord, immigration Ă©conomique, etc.). Ces dernières annĂ©es, en raison de l’immigration illĂ©gale sur le continent et de l’incapacitĂ© des autoritĂ©s Ă  y faire face, des millions de personnes supplĂ©mentaires sont arrivĂ©es. La proportion de musulmans en Europe est encore très faible (6,1 % en Allemagne, 6,3 % en Grande-Bretagne, 8,8 % en France, selon les donnĂ©es « Statista » de 2016), mais le fait qu’elle augmente rapidement dans la plupart des pays d’Europe occidentale provoque d’intenses tensions.

Certains immigrĂ©s musulmans n’ont pas prospĂ©rĂ© dans la sociĂ©tĂ©, restant dans des ghettos culturels et Ă©ducatifs, dont une minoritĂ© Ă©tait un officier religieux. Ceux qui sont venus au cours de la dernière dĂ©cennie en provenance de pays comme l’Irak, la Syrie et l’Afghanistan ont apportĂ© avec eux un antisĂ©mitisme musulman moderne. Les frictions se sont fait de plus en plus sentir au cours des deux dernières dĂ©cennies : attentats terroristes islamiques et choc des valeurs religieuses impliquant l’isolement et l’extrĂ©misme d’une part, et l’intolĂ©rance et la discrimination cachĂ©e de l’autre. Amsterdam, oĂą 15 % sont musulmans (trois fois la proportion de la population des Pays-Bas, selon « Statista »), est Ă©galement un exemple.

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Et à l’intérieur de ce baril d’explosifs sociaux et politiques, une bombe puissante a explosé l’année dernière, sous la forme de la guerre d’Israël contre Gaza suite à l’attaque terroriste du Hamas le 7 octobre.

Quand la police échoue

Les manifestations contre IsraĂ«l caractĂ©risent la rue musulmane des pays d’Europe occidentale depuis le lendemain de l’attaque terroriste. Alors que la plupart des gouvernements et du public ont fait preuve d’empathie envers IsraĂ«l en tant que victime, dans les quartiers oĂą les Arabes et les musulmans sont largement reprĂ©sentĂ©s, des manifestations contre IsraĂ«l ont commencĂ©, en raison du bombardement de Gaza. Dans les semaines qui ont suivi, les manifestants ont Ă©galement Ă©tĂ© rejoints par des Ă©lĂ©ments de la gauche radicale, soit de l’ancienne garde communiste de Londres, soit de la classe des jeunes des universitĂ©s de Berlin et d’Italie. Ils ont donnĂ© une sorte de « lĂ©gitimitĂ© » locale Ă  la haine venue des pays d’origine.

Certains des pays européens les plus expérimentés dans de tels conflits, comme la France et l’Allemagne, ont pu comprendre à l’avance le danger potentiel que pourrait entraîner la propagation de la guerre à Gaza dans les rues d’Europe. Ils ont pris des mesures d’urgence et suspendu complètement les manifestations pro-palestiniennes, restreignant la liberté d’expression au nom du maintien de l’ordre public. Dans d’autres pays, comme aux Pays-Bas ou en Grande-Bretagne, le gouvernement et les autorités chargées de l’application des lois ont adopté une approche plus modérée.

Aux Pays-Bas en particulier, les prises d’assaut violentes des gares, les perturbations de la vie publique, l’application d’une « zone interdite » Ă  l’universitĂ© ont Ă©tĂ© ignorĂ©es dans un premier temps, et ce n’est qu’ensuite que l’action policière dĂ©cisive a Ă©tĂ© ignorĂ©e. Au cours de l’annĂ©e qui s’est Ă©coulĂ©e depuis, les rues de la plupart des villes europĂ©ennes sont dominĂ©es par des manifestants anti-israĂ©liens. Des manifestations ont lieu presque chaque semaine Ă  Berlin, Göteborg, Londres et dans d’autres villes. La violence y devient de plus en plus extrĂŞme. Jusqu’à prĂ©sent, la colère Ă©tait dirigĂ©e contre la police. La nuit de jeudi Ă  vendredi a illustrĂ© ce qui se passe lorsque la police Ă©choue et disparaĂ®t, et cette colère est dirigĂ©e contre les IsraĂ©liens.

La Hollande derrière

La première Ă©tape pour rĂ©soudre le problème est de le reconnaĂ®tre. Ă€ cet Ă©gard, les Pays-Bas sont en retard sur leur voisin allemand. La veille des troubles Ă  Amsterdam, une dĂ©claration avait Ă©tĂ© adoptĂ©e au Parlement allemand faisant directement rĂ©fĂ©rence Ă  l’antisĂ©mitisme musulman. Il affirme qu’une partie de l’antisĂ©mitisme en Allemagne provient de « l’immigration en provenance des pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, oĂą l’antisĂ©mitisme et l’hostilitĂ© Ă  l’Ă©gard d’IsraĂ«l sont une attitude largement rĂ©pandue, entre autres en raison de la politique anti-israĂ©lienne et islamiste ».  C’est l’une des phrases qui a suscitĂ© le plus d’opposition interne au sein du parti « Verts » et des sociaux-dĂ©mocrates, par exemple, en raison de revendications d’« inclusion » et d’islamophobie. Mais la dĂ©claration a Ă©tĂ© approuvĂ©e et constitue une Ă©tape importante dans la lutte de l’Europe contre ce phĂ©nomène. Aux Pays-Bas, cela ne fait pas encore consensus. LĂ -bas, les mĂ©dias parlent encore de « jeunes motards » responsables d’Ă©meutes et de toutes sortes de termes qui constituent les codes sociaux, pour Ă©viter une reconnaissance claire du problème.

La triste rĂ©alitĂ© est que les vies juives et israĂ©liennes en Europe devraient ĂŞtre protĂ©gĂ©es. Il en va de mĂŞme pour toutes les institutions juives en Allemagne, ainsi que pour les synagogues en France ou au Danemark, qui sont gardĂ©es par des gardes armĂ©s. Les juifs d’Europe occidentale qui frĂ©quentent les synagogues sont dĂ©jĂ  habituĂ©s Ă  la cĂ©rĂ©monie oĂą la kippa se met dans la poche dès qu’on la quitte, oĂą la chaĂ®ne avec l’Ă©toile de David passe sous la chemise. Ils connaissent les quartiers oĂą il est totalement sĂ»r de se promener – et il faut souligner que c’est le cas dans la plupart des villes du continent – et ceux oĂą il est prĂ©fĂ©rable de garder l’anonymat. Bien sĂ»r, la violence est perpĂ©trĂ©e par une minoritĂ© de la minoritĂ©, mais les donnĂ©es de l’annĂ©e dernière montrent que le nombre d’incidents violents antisĂ©mites a bondi de plusieurs centaines de pour cent. Tant que la guerre se poursuivra, et probablement longtemps après, la protection nĂ©cessaire pour les Juifs et les IsraĂ©liens sera nĂ©cessaire.Â