La guerre entre Israël et l’Iran a une victime collatérale inattendue : le Qatar. Et derrière les déclarations diplomatiques de façade, la principauté n’est pas loin de considérer qu’Israël porte une part de la responsabilité de ce qui lui est arrivé. C’est ce que révèle un diplomate arabe du Golfe dans un entretien accordé à Kan News — une confidence qui donne à voir la fracture discrète mais réelle entre les pays du Golfe face à la montée en puissance du conflit.
Le déclencheur : la frappe israélienne sur le champ gazier iranien
Tout part d’une décision israélienne qui a changé l’équilibre de la campagne. La frappe sur le champ gazier dans le sud de l’Iran — un champ qui est partagé avec le Qatar — a provoqué une réaction en chaîne immédiate. L’Iran a riposté en ciblant des installations énergétiques dans le Golfe, dont le plus grand terminal de gaz naturel liquéfié qatari, dans le nord de la principauté.
Le Qatar a expulsé l’attaché militaire et sécuritaire de l’ambassade iranienne en signe de protestation. Mais selon les sources citées par Kan News, la colère réelle, celle qui circule dans les couloirs de la diplomatie, n’est pas dirigée vers Téhéran. Elle vise Jérusalem.
Ce que dit le diplomate arabe
Un diplomate arabe d’un des pays du Golfe a déclaré ce jeudi à Kan News : « Les Qataris pensent qu’Israël est devenue folle, pas seulement l’Iran. Israël a provoqué ce qui s’est passé. Le Qatar est devenu un dommage collatéral dans le cycle de la vengeance. » Selon ce même interlocuteur, le Qatar aurait également formulé des plaintes formelles auprès des Américains concernant la frappe israélienne sur le champ gazier.
La formule est percutante dans son contexte : un pays du Golfe qui se retrouve à la fois à expulser un diplomate iranien et à accuser Israël en privé — c’est le portrait d’un acteur pris en étau entre deux belligérants dont il ne voulait être l’ennemi d’aucun.
Oman sur la même ligne
Le Qatar n’est pas seul dans cette posture. Oman, autre pays traditionnellement modéré et canal de communication entre Téhéran et l’Occident, tient selon les mêmes sources un discours comparable : elle impute la responsabilité de ce qui se passe dans le Golfe à la fois à Israël et aux États-Unis, au même titre qu’à l’Iran. Ce positionnement reflète une vision dans laquelle la destabilisation régionale n’est pas uniquement le fait du régime iranien, mais aussi le résultat d’une escalade militaire que certains qualifient de disproportionnée ou de non concertée avec les pays du Golfe.
L’autre camp : Arabie saoudite et Émirats sur une ligne différente
À l’opposé de ce spectre se trouvent Riyad et Abu Dhabi. Les deux puissances, dont les propres infrastructures pétrolières et gazières ont également été frappées dans la nuit, adoptent une ligne résolument anti-iranienne — et nettement moins critique envers Israël et Washington. Pour l’Arabie saoudite et les Émirats, la responsabilité des frappes incombe à l’Iran, et c’est l’Iran qui doit en payer le prix.
Cette divergence entre les pays du Golfe est révélatrice d’une géopolitique régionale profondément complexe. D’un côté, des États qui ont historiquement entretenu des liens économiques et diplomatiques avec l’Iran — Qatar, Oman — et qui souffrent directement des effets de l’escalade. De l’autre, des États qui voient dans la guerre une opportunité de régler définitivement la question de la domination iranienne dans la région.
Le prix gazier de la guerre
La dimension économique de cet épisode ne doit pas être sous-estimée. Le Qatar est l’un des plus grands exportateurs mondiaux de gaz naturel liquéfié. Une attaque sur ses terminaux d’exportation au nord du pays ne touche pas seulement sa souveraineté — elle affecte directement les contrats d’approvisionnement signés avec des dizaines de pays en Europe et en Asie, dans un contexte où les marchés mondiaux de l’énergie sont déjà sous pression extrême depuis le début de la crise du Golfe.
Ce que ce diplomate arabe a confié à Kan News dessine une carte géopolitique du Golfe plus nuancée que le récit dominant d’une région unie contre l’Iran. La vérité est plus complexe : certains pays du Golfe sont furieux contre l’Iran pour ce qu’il a fait, et furieux contre Israël pour ce qu’il a déclenché. Dans cet entre-deux, le Qatar essaie de gérer les dégâts — au sens propre comme au sens figuré.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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