Israël et la Jordanie se rapprochent d’un accord « eau contre énergie »

La semaine dernière, IsraĂ«l et la Jordanie ont signĂ© une lettre d’intention Ă  Abu Dhabi pour un projet dit « d’eau contre Ă©nergie », dans le cadre duquel la Jordanie construira une immense ferme solaire dans le dĂ©sert qui produira de l’Ă©nergie propre qui sera vendue Ă  IsraĂ«l en Ă©change d’eau dessalĂ©e.

« Cela va être l’exemple phare des relations bilatérales et aussi de l’intégration israélienne dans la région », a déclaré Oded Eran, chercheur principal à l’Institut d’études sur la sécurité nationale, basé à Tel Aviv, et ancien ambassadeur d’Israël en Jordanie.

« La responsabilité de fournir de l’eau est une responsabilité internationale, et la communauté internationale doit en assumer la responsabilité. »

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Dr Duraid al-Mahasneh, expert en eau

L’idée a été annoncée pour la première fois en 2021, lorsque la Jordanie prévoyait d’exporter 600 mégawatts d’énergie solaire de son désert du sud vers Israël. En échange, Israël fournirait à ce royaume en manque d’eau 200 millions de mètres cubes d’eau dessalée provenant de la Méditerranée.

« Cela exploite clairement les avantages Ă©nergĂ©tiques de la Jordanie et d’IsraĂ«l dans le sens de la proximitĂ© des quantitĂ©s d’eau pouvant ĂŞtre mises Ă  disposition par le dessalement du cĂ´tĂ© israĂ©lien et des vastes zones pouvant ĂŞtre utilisĂ©es en Jordanie pour produire de l’Ă©nergie solaire »,  » expliqua Eran.

Il est prĂ©vu que l’accord soit signĂ© lors de la confĂ©rence sur le climat COP28, qui se tiendra Ă  DubaĂŻ Ă  la fin de l’annĂ©e. Le projet sera financĂ© par les Émirats arabes unis.

« Je pense qu’il est absolument nĂ©cessaire, pour garantir la source financière d’un tel projet, d’impliquer les Émirats arabes unis afin d’assurer son succès », a dĂ©clarĂ© Eran.

Le projet a été durement critiqué par les experts en eau et en énergie en Jordanie ainsi que par les militants politiques.

L’expert en eau, le Dr Duraid al-Mahasneh, a dĂ©clarĂ© Ă  The Media Line que la Jordanie est confrontĂ©e Ă  un « dĂ©fi existentiel, et cet accord ou cet accord contribuera Ă  attĂ©nuer le problème de la crise de l’eau en Jordanie, mais ce n’est pas la solution ».

La Jordanie, dont 75 % est un dĂ©sert aride, est confrontĂ©e Ă  un grave dĂ©ficit hydrique . Le royaume se classe au deuxième rang des pays les plus pauvres en eau au monde, oĂą l’eau par habitant est infĂ©rieure de 88 % au seuil international de pauvretĂ© en eau de 1 000 mètres cubes par an.

« La Jordanie souffre d’une pĂ©nurie d’eau, et l’eau actuellement disponible n’est suffisante que pour 2 millions de personnes, alors que la population jordanienne s’Ă©lève dĂ©sormais Ă  environ 11 millions d’habitants », a dĂ©clarĂ© Mahasneh.

Selon le Programme des Nations Unies pour le dĂ©veloppement, la Jordanie ne dispose que de 147 mètres cubes d’eau par personne et par an, tandis que les ressources en eau renouvelables sont infĂ©rieures Ă  130 mètres cubes par personne et par an.

La crise de l’eau en Jordanie est exacerbĂ©e par le fait que ce pays abrite Ă©galement des millions de rĂ©fugiĂ©s.

« Avec le déplacement des Palestiniens vers la Jordanie à deux reprises, dans les années 1948 et 1967, puis le déplacement des Irakiens, suivi par plus de 1,3 million de réfugiés syriens en Jordanie, cela a imposé un lourd fardeau et une forte pression sur les ressources en eau du pays. Où trouveras-tu de l’eau pour tous ces gens ? » se demanda Mahasneh.

Pour contribuer Ă  attĂ©nuer la crise de l’eau, Mahasneh affirme qu’il faut s’attaquer au problème des rĂ©fugiĂ©s.

« La responsabilitĂ© de fournir de l’eau est une responsabilitĂ© internationale, et la communautĂ© internationale doit en assumer la responsabilitĂ© », a-t-il dĂ©clarĂ©.

Un accord visant Ă  fournir du gaz naturel d’IsraĂ«l à la Jordanie est en vigueur depuis plus de 15 ans. La livraison du gaz a commencĂ© en 2021, provoquant une rĂ©action de la part du public et des partis politiques face Ă  la dĂ©pendance accrue du royaume Ă  l’Ă©gard d’IsraĂ«l.

La Jordanie dépend également déjà d’Israël pour son eau. En vertu du traité de paix de 1994, la Jordanie reçoit chaque année 50 millions de mètres cubes d’eau d’Israël, ce qui « a des répercussions majeures sur la question de la sécurité de l’eau », selon Mahasneh.

Mahasneh a expliquĂ© que ce n’est pas la première fois qu’une telle initiative est discutĂ©e entre les deux pays et remet en question la sagesse du projet. La Jordanie dispose dĂ©jĂ  d’un excĂ©dent d’Ă©nergie renouvelable qui peut ĂŞtre utilisĂ©e pour alimenter une station de dessalement dans la ville cĂ´tière d’Aqaba, sur la mer Rouge, a-t-il dĂ©clarĂ©.

« Nous n’avons pas besoin d’acheter de l’eau dessalĂ©e en IsraĂ«l », a-t-il dĂ©clarĂ©. 

En 2013, la Jordanie et IsraĂ«l ont signĂ© un accord pour unir leurs forces dans la construction d’un canal qui transporterait l’eau de mer de la mer Rouge Ă  la mer Morte. Ce projet produirait de l’électricitĂ© qui serait utilisĂ©e pour dessaler l’eau tout en dĂ©versant de la saumure dans la mer Morte, contribuant ainsi Ă  stabiliser la mer qui rĂ©trĂ©cit rapidement. Ce projet ambitieux a Ă©tĂ© abandonnĂ© pour l’instant, mais Mahasneh estime qu’il constitue la solution idĂ©ale au problème de l’eau et Ă  la prĂ©servation de la mer Morte, dont le niveau de la surface baisse de plus d’un mètre chaque annĂ©e.

« Une usine de dessalement d’eau Ă  Aqaba, oĂą l’eau salĂ©e est pompĂ©e dans la mer Morte et l’eau potable livrĂ©e Ă  Amman, est ce dont nous avons besoin », a-t-il dĂ©clarĂ©. « Ce projet aura l’avantage de fournir Ă©galement de l’eau potable aux Palestiniens et aux IsraĂ©liens. »

Les ressources en eau limitĂ©es de la Jordanie s’assèchent

Les sources d’eau vitales de la Jordanie – la pluie et les puits – se tarissent. Cette situation est causĂ©e par les effets prolongĂ©s du changement climatique, Ă  savoir la sĂ©cheresse et les tempĂ©ratures torrides supĂ©rieures Ă  la normale, qui mettent en danger la population et le secteur agricole jordaniens. Il s’agit, explique Mahasneh, d’un problème rĂ©gional.

« Les ressources en eau, Ă  l’origine en Jordanie, dĂ©pendent des eaux transfrontalières, car nous partageons les eaux provenant du barrage d’Al-Wehda sur la rivière al-Yarmouk, du cĂ´tĂ© syrien. Nous sommes censĂ©s extraire environ 400 millions de mètres cubes du bassin du Yarmouk. Mais l’annĂ©e dernière, nous n’avons pas obtenu 30 millions de mètres cubes », a dĂ©clarĂ© Mahasneh.