
Zeev Elkin n’est pas n’importe quel critique. Pendant des années, il fut l’un des collaborateurs les plus proches de Benyamin Netanyahou — président de la coalition, ministre dans plusieurs de ses gouvernements, homme qui connaît mieux que quiconque les rouages de la prise de décision au bureau du Premier ministre. Et puis il devint l’un de ses détracteurs les plus acérés, depuis l’aile droite de l’échiquier politique. Ce matin, sur les ondes de la radio Kol Barama, Elkin a retourné sa veste de la façon la plus spectaculaire qui soit. Ce revirement constitue bien plus qu’une anecdote politique : dans le contexte de la guerre en cours, il dit quelque chose sur la manière dont les acteurs politiques israéliens réévaluent leurs certitudes.
Le mea culpa public
Elkin a prononcé ce qui s’apparente à une confession publique rare dans le monde politique. Selon ses propres mots, rapportés par Srugim, les critiques qu’il avait formulées contre Netanyahou en leur temps n’étaient tout simplement pas fondées. Lui qui avait observé de l’intérieur le fonctionnement du bureau du Premier ministre, et qui avait pourtant choisi la voie de la critique ouverte, admet aujourd’hui s’être trompé dans son jugement.
Ce n’est pas un repentir vague ou de circonstance. Il cible précisément la conduite de la guerre et les opérations militaires récentes. À son sens, Netanyahou a révélé dans ce conflit des capacités que personne d’autre n’aurait été en mesure de mobiliser. C’est une affirmation forte, qui implique non seulement une révision de son jugement personnel, mais aussi un commentaire implicite sur l’ensemble de l’offre politique disponible en Israël.
Le poids de l’expérience intime
Ce qui rend le témoignage d’Elkin particulièrement significatif, c’est précisément cette intimité passée avec le pouvoir. Il ne parle pas depuis les gradins de l’opposition classique, sans connaissance de cause. Il a vécu de l’intérieur les processus de décision du bureau du Premier ministre, participé aux discussions les plus stratégiques, côtoyé Netanyahou dans les moments de crise comme dans les phases de stabilité. Quand quelqu’un disposant de ce niveau d’accès déclare que la gestion actuelle de la guerre dépasse ce que n’importe quel autre dirigeant aurait pu accomplir, cela a un poids différent des soutiens habituels issus des rangs loyalistes.
Elkin ajoute que la trajectoire des derniers mois inscrit Netanyahou dans l’histoire de l’État d’Israël. Cette formulation, dans la culture politique israélienne, n’est pas anodine. Elle situe le Premier ministre dans la galerie des dirigeants dont l’action a eu des effets structurants pour l’avenir du pays — et non pas seulement des responsables de passage.
Que dit ce revirement du débat politique israélien ?
La confession d’Elkin s’inscrit dans un moment particulier de la vie politique israélienne. Le pays est en guerre, les décisions se succèdent à un rythme qui ne laisse pas le temps à la délibération habituelle, et la légitimité des choix opérationnels est constamment débattue. Dans ce contexte, des voix qui s’étaient éloignées du camp gouvernemental reviennent vers lui — non par opportunisme, mais, comme Elkin le décrit, par une réévaluation sincère de ce que la guerre a révélé.
Il est aussi utile de replacer ce moment dans l’histoire personnelle d’Elkin. Homme de droite traditionnelle, il avait choisi de se démarquer de Netanyahou pour des raisons qui tenaient à la fois à des désaccords de fond et à des dynamiques de coalition. Sa trajectoire l’avait conduit à rejoindre d’autres dissidents de droite. Aujourd’hui, la guerre agit comme un révélateur : face à l’épreuve existentielle, les lignes de fracture antérieures semblent s’estomper, et certains acteurs politiques réévaluent les priorités.
Ce type de revirement public, rare et coûteux politiquement, mérite qu’on s’y arrête. Il ne clôt pas le débat sur Netanyahou — loin de là. Mais il constitue un signe de l’atmosphère qui règne en Israël au fil des mois de guerre : une atmosphère où les certitudes bougent, où les jugements d’avant octobre 2023 sont soumis à révision, et où la figure du Premier ministre sort, aux yeux de certains de ses anciens adversaires, consolidée.
Sources : Srugim, Kol Barama
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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