« J’avais tort sur Netanyahou » : la confession fracassante de l’un de ses anciens proches

Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu looks on as he addresses a joint meeting of Congress at the U.S. Capitol in Washington, U.S., July 24, 2024. REUTERS/Kevin Mohatt

Zeev Elkin n’est pas n’importe quel critique. Pendant des annĂ©es, il fut l’un des collaborateurs les plus proches de Benyamin Netanyahou — prĂ©sident de la coalition, ministre dans plusieurs de ses gouvernements, homme qui connaĂ®t mieux que quiconque les rouages de la prise de dĂ©cision au bureau du Premier ministre. Et puis il devint l’un de ses dĂ©tracteurs les plus acĂ©rĂ©s, depuis l’aile droite de l’Ă©chiquier politique. Ce matin, sur les ondes de la radio Kol Barama, Elkin a retournĂ© sa veste de la façon la plus spectaculaire qui soit. Ce revirement constitue bien plus qu’une anecdote politique : dans le contexte de la guerre en cours, il dit quelque chose sur la manière dont les acteurs politiques israĂ©liens réévaluent leurs certitudes.

Le mea culpa public

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Elkin a prononcĂ© ce qui s’apparente Ă  une confession publique rare dans le monde politique. Selon ses propres mots, rapportĂ©s par Srugim, les critiques qu’il avait formulĂ©es contre Netanyahou en leur temps n’Ă©taient tout simplement pas fondĂ©es. Lui qui avait observĂ© de l’intĂ©rieur le fonctionnement du bureau du Premier ministre, et qui avait pourtant choisi la voie de la critique ouverte, admet aujourd’hui s’ĂŞtre trompĂ© dans son jugement.

Ce n’est pas un repentir vague ou de circonstance. Il cible prĂ©cisĂ©ment la conduite de la guerre et les opĂ©rations militaires rĂ©centes. Ă€ son sens, Netanyahou a rĂ©vĂ©lĂ© dans ce conflit des capacitĂ©s que personne d’autre n’aurait Ă©tĂ© en mesure de mobiliser. C’est une affirmation forte, qui implique non seulement une rĂ©vision de son jugement personnel, mais aussi un commentaire implicite sur l’ensemble de l’offre politique disponible en IsraĂ«l.

Le poids de l’expĂ©rience intime

Ce qui rend le tĂ©moignage d’Elkin particulièrement significatif, c’est prĂ©cisĂ©ment cette intimitĂ© passĂ©e avec le pouvoir. Il ne parle pas depuis les gradins de l’opposition classique, sans connaissance de cause. Il a vĂ©cu de l’intĂ©rieur les processus de dĂ©cision du bureau du Premier ministre, participĂ© aux discussions les plus stratĂ©giques, cĂ´toyĂ© Netanyahou dans les moments de crise comme dans les phases de stabilitĂ©. Quand quelqu’un disposant de ce niveau d’accès dĂ©clare que la gestion actuelle de la guerre dĂ©passe ce que n’importe quel autre dirigeant aurait pu accomplir, cela a un poids diffĂ©rent des soutiens habituels issus des rangs loyalistes.

Elkin ajoute que la trajectoire des derniers mois inscrit Netanyahou dans l’histoire de l’État d’IsraĂ«l. Cette formulation, dans la culture politique israĂ©lienne, n’est pas anodine. Elle situe le Premier ministre dans la galerie des dirigeants dont l’action a eu des effets structurants pour l’avenir du pays — et non pas seulement des responsables de passage.

Que dit ce revirement du débat politique israélien ?

La confession d’Elkin s’inscrit dans un moment particulier de la vie politique israĂ©lienne. Le pays est en guerre, les dĂ©cisions se succèdent Ă  un rythme qui ne laisse pas le temps Ă  la dĂ©libĂ©ration habituelle, et la lĂ©gitimitĂ© des choix opĂ©rationnels est constamment dĂ©battue. Dans ce contexte, des voix qui s’Ă©taient Ă©loignĂ©es du camp gouvernemental reviennent vers lui — non par opportunisme, mais, comme Elkin le dĂ©crit, par une réévaluation sincère de ce que la guerre a rĂ©vĂ©lĂ©.

Il est aussi utile de replacer ce moment dans l’histoire personnelle d’Elkin. Homme de droite traditionnelle, il avait choisi de se dĂ©marquer de Netanyahou pour des raisons qui tenaient Ă  la fois Ă  des dĂ©saccords de fond et Ă  des dynamiques de coalition. Sa trajectoire l’avait conduit Ă  rejoindre d’autres dissidents de droite. Aujourd’hui, la guerre agit comme un rĂ©vĂ©lateur : face Ă  l’Ă©preuve existentielle, les lignes de fracture antĂ©rieures semblent s’estomper, et certains acteurs politiques réévaluent les prioritĂ©s.

Ce type de revirement public, rare et coĂ»teux politiquement, mĂ©rite qu’on s’y arrĂŞte. Il ne clĂ´t pas le dĂ©bat sur Netanyahou — loin de lĂ . Mais il constitue un signe de l’atmosphère qui règne en IsraĂ«l au fil des mois de guerre : une atmosphère oĂą les certitudes bougent, oĂą les jugements d’avant octobre 2023 sont soumis Ă  rĂ©vision, et oĂą la figure du Premier ministre sort, aux yeux de certains de ses anciens adversaires, consolidĂ©e.

Sources : Srugim, Kol Barama


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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