La bataille autour de la commémoration du Rav Ovadia : attaque virulente contre la conseillère juridique du gouvernement

Le ton n’a rien d’administratif. Le directeur général du ministère des Services religieux, Yehouda Avidan, a adressé ce mercredi une lettre d’une rare dureté à la conseillère juridique du gouvernement, Gali Baharav-Miara. Motif : la demande de repousser la soirée du souvenir et les journées d’étude organisées à la mémoire du Rav Ovadia Yosef. Avidan y défend une ligne simple : son ministère n’a rien fait dans son coin. Il a agi selon des accords établis en amont, et la date des événements a même été avancée précisément pour l’éloigner de celle des élections.

La formule la plus cinglante de la lettre vise directement le raisonnement juridique adverse. « Les arguments juridiques soulevés dans votre courrier témoignent d’une déconnexion totale et d’une incompréhension fondamentale de ce qu’est la coutume d’Israël en matière de fixation des dates en général, et des jours de commémoration en particulier », écrit le directeur général. Derrière la formule, une conviction de fond : l’étude et la préparation spirituelle doivent précéder le jour du souvenir, et non le suivre. L’ordre n’est pas un détail de calendrier, c’est le sens même de l’exercice.

Israel Hai - Toute l actualite israelienne en une seule application gratuite

Le grief de la séparation hommes-femmes

Avidan s’en prend également à un second point de la demande adressée à son ministère : l’exigence de supprimer la séparation entre hommes et femmes lors de la soirée. Il rétorque qu’il s’agit d’un événement au caractère religieux et toranique affirmé. Selon lui, cette exigence est étrangère à la nature même de la manifestation et à l’héritage du Rav Ovadia Yosef, précisément cet héritage que les organisateurs cherchent à préserver.

La lettre revient ensuite en détail sur le fil des discussions qui ont précédé la crise. Lors d’échanges avec la conseillère juridique du ministère, Me Shiri Fogel, celle-ci aurait demandé d’éloigner autant que possible l’événement de la date du scrutin, afin d’éviter toute forme de médisance. Le ministère ne s’est pas contenté d’écouter : après consultation de décisionnaires halakhiques, il a accepté d’avancer d’environ une semaine la soirée et les événements du souvenir par rapport à la date initialement prévue.

C’est là que se noue le nœud du dossier, tel que le présente Avidan. Me Fogel aurait ensuite émis un avis favorable à la tenue de l’événement, avis transmis au conseil juridique du gouvernement. Le directeur général proteste donc contre ce qu’il décrit comme un retournement : après avoir suivi les instructions et respecté les accords passés, son ministère se retrouve sans couverture juridique, et l’événement se dirige vers une annulation pure et simple.

Quant à la solution de repli suggérée — organiser la soirée après les élections et après le jour de la commémoration — Avidan la balaie d’une image tirée du calendrier juif : ce serait, dit-il, des « étroguim après Souccot ». Autrement dit un objet devenu inutile une fois le moment passé. Il rappelle que la finalité de l’événement est de préparer le public et la jeune génération à l’approche du jour du souvenir. Le tenir après coup reviendrait à le vider de toute signification.

À l’argument de principe s’ajoute un argument très concret. Les salles censées accueillir la soirée seront occupées par la commission électorale centrale jusqu’à environ deux semaines après le scrutin. Repousser l’événement ne signifierait donc pas le décaler de quelques jours : selon le directeur général, cela conduirait à le tenir près d’un mois après le jour de la commémoration.

L’intention du législateur et le soupçon d’application sélective

Le courrier attaque aussi la lecture juridique elle-même. Pour Avidan, la nouvelle interprétation retenue par le conseil juridique s’écarte de l’intention du législateur. Il s’appuie sur l’exposé des motifs de la loi et sur le procès-verbal de la commission, où il aurait été précisé que l’expression « à proximité de celui-ci » englobe une période allant jusqu’à une semaine avant la date de la commémoration.

Le directeur général avance enfin une accusation d’application sélective des règles. Il met en parallèle l’exigence de reporter cette soirée avec la tenue d’autres événements financés par l’État : la journée à la mémoire de l’ancien Premier ministre Yitzhak Rabin, les manifestations du Centre Rabin, ainsi que des événements organisés à la résidence du président. Le message est limpide : deux poids, deux mesures.

En clôture de sa lettre, Avidan prend un engagement explicite. Aucun contenu politique ou partisan ne figurera lors de la soirée, qui sera consacrée à la Torah, à la halakha et à l’héritage du Rav Ovadia Yosef. Sur cette base, il exige l’autorisation des journées d’étude et de la soirée du souvenir dans le format convenu à l’avance, soit une semaine avant la date de la commémoration.

Pour prolonger la lecture, retrouvez sur notre site nos articles consacrés à la famille Yosef et aux tensions récurrentes avec le conseil juridique : L’accord sur les otages : voici comment le rabbin Yitzhak Yosef a répondu à ses opposants et « Violation significative des droits fondamentaux » : l’avis juridique du gouvernement s’oppose à la proposition d’interdire le lever du drapeau palestinien.