Il ne fait aucun doute que l’application des lois partielles, qui discrimine certains rĂ©gions par rapport Ă d’autres, est une mauvaise chose pour l’Ă©tat de droit. L’Ă©galitĂ© est nĂ©cessaire tant dans l’octroi des droits que dans les devoirs envers un Ă©tat pour tous les citoyens.
Cependant, il est très douteux que l’affirmation selon laquelle les ultra-orthodoxes subissent une discrimination dans l’application de la fermeture du pays soit fondĂ©e. La ville de BnĂ© Brak a pour la plupart de nombreux magasins ouverts. Certes, la plupart sont fermĂ©s suite au renforcement du confinement, mais pour beaucoup de quartiers de la ville, la police ferme souvent les yeux aux contrevenants et les rues sont loin d’ĂŞtre dĂ©sertes.
La photo d’un rabbin âgĂ© sur les mĂ©dias qui s’appuie humblement sur son pupitre avec sa guĂ©mara et a du mal Ă accepter la fermeture du Talmud Torah passe mieux que des jeunes Ă©tudiants qui provoquent la police.
Mais la question est plus large et plus fondamentale.
Pourquoi, ces manifestations ? Pourquoi ces Ă©meutes au milieu d’une pandĂ©mie oĂą les gens meurent tous les jours et beaucoup au sein de la communautĂ© religieuse ? Pourquoi en arriver Ă incendier un bus et blesser un chauffeur ? Pourquoi n’entendons nous pas des condamnations des rabbanims ? Pourquoi l’ouverture interdites des Ă©coles et yechivot prime sur la vie des gens ? L’importance de l’Ă©tude de la Thora n’est pas Ă nĂ©gliger mais jusqu’Ă quelle limite ?
Au cĹ“ur de la rĂ©ponse Ă toutes ses questions se trouve une raison, celle du statut unique accordĂ© par l’État aux ultra-orthodoxes et leur exclusion de toute Ă©galitĂ© devant la loi. Les arrangements de statu quo ont Ă©tĂ© Ă©tablis depuis 1947, avant la crĂ©ation de l’État, lorsque David Ben Gourion a demandĂ© le consentement des communautĂ©s ultra-orthodoxes pour crĂ©er un État sioniste, malgrĂ© l’opposition de certains des plus grands Ă©rudits halakhiques.
Il s’est avĂ©rĂ© que la crĂ©ation de l’État d’IsraĂ«l reposait en premier lieu sur la perception erronĂ©e et dĂ©formĂ©e que, dans le cadre de l’état de droit, il existe une distinction claire entre les ultra-orthodoxes et les autres israĂ©liens. Cela s’applique Ă l’Ă©ducation sĂ©parĂ©e et autonome pour les ultra-orthodoxes, cela s’applique Ă l’absence d’Ă©tudes « profane » et cela s’applique aux arrangements de report et d’exemption du service militaire, cela s’applique aux transports en commun et Ă d’autres questions qui ont Ă©galement Ă©tĂ© abordĂ©es dans cette dĂ©cision de l’Etat Ă l’Ă©poque. En Ă©change de la reconnaissance de l’État qui n’a jamais en fait Ă©tĂ© reconnu jusqu’Ă nos jours comme le pays du peuple Juif, les ultra-orthodoxes ont obtenu une autonomie et une libertĂ© de vie sur des domaines entiers de la vie publique. C’est un pays dans un pays.
Mais ce n’est pas seulement une tactique ultra-orthodoxe, mais une vision du monde halakhique profonde et enracinĂ©e. Depuis l’antiquitĂ©, le Talmud (en particulier le Babylonien) a luttĂ© avec les dimensions de l’obĂ©issance aux lois d’une entitĂ© laĂŻque. Le principe selon lequel la loi de l’État est contraignante. («Dina Damlakhuta Dina» dans le Talmud est un principe de la loi religieuse juive)
Le principe de «Dina Damlakhuta Dina» signifie que pour les juifs, l’obĂ©issance Ă la loi civile du pays dans lequel ils vivent est considĂ©rĂ©e comme une obligation religieuse et la dĂ©sobĂ©issance est une transgression, selon la loi juive. Ce principe gĂ©nĂ©ral est toutefois soumis Ă la condition que le gouvernement promulguant la loi soit un gouvernement reconnu par la loi juive comme ayant une lĂ©gitimitĂ© ; la loi doit s’appliquer Ă©quitablement Ă tous les habitants, juifs et non juifs ; et la loi ne doit pas contrevenir Ă l’esprit des lois dĂ©rivĂ©es de la Torah mĂŞme si un règlement particulier peut ĂŞtre contraire Ă une disposition de la loi juive.
La loi de la royautĂ© est, Ă©tait la base halakhique d’un compromis entre la loi de la Torah qui est considĂ©rĂ©e comme une valeur suprĂŞme et la loi de l’État et qui est considĂ©rĂ©e comme un compromis douloureux, une nĂ©cessitĂ© pour la rĂ©alitĂ©. L’obĂ©issance Ă l’État est conditionnĂ©e Ă sa cohĂ©rence avec la loi de la Torah et au fait que les deux peuvent ĂŞtre rĂ©conciliĂ©es. C’Ă©tait la ligne qui distinguait non seulement laĂŻc et religieux, mais aussi entre les religieux-sionistes et les ultra-orthodoxes.
L’obĂ©issance Ă la loi selon la conception ultra-orthodoxe est conditionnĂ©e Ă l’indĂ©pendance des communautĂ©s ultra-orthodoxes. Cette indĂ©pendance est menacĂ©e par la fermeture du pays, donc la difficultĂ© d’y obĂ©ir est l’expression d’un problème plus profond – l’expropriation des communautĂ©s ultra-orthodoxes du système d’Ă©galitĂ© et permettre une situation dans laquelle l’obĂ©issance Ă l’État est conditionnĂ©e par la loi de la Torah (dans son sens large talmudique). Les Ă©vĂ©nements de fermeture nous donneront peut-ĂŞtre l’occasion de reconsidĂ©rer le problème d’infrastructure du pays. Respect des ultra-orthodoxes, certes, mais dans le cadre d’une Ă©galitĂ© pour tous.
Mais tous les groupes haredi israĂ©liens n’ont pas rĂ©agi comme les ultra-orthodoxes Ă la pandĂ©mie, selon les experts. Les sĂ©farades ont largement observĂ© les directives du ministère de la SantĂ©.
Les contrastes sont les Hassidim, un mouvement fracturĂ© originaire d’Europe de l’Est.
Selon le professeur de l’UniversitĂ© hĂ©braĂŻque Benjamin Brown, l’attitude hassidique Ă l’Ă©gard des restrictions relatives aux coronavirus peut ĂŞtre rĂ©sumĂ©e comme une «dĂ©sobĂ©issance pure et totale». Certains juifs hassidiques auraient criĂ© «nazi» aux agents de sĂ©curitĂ© qui tentaient de faire appliquer les restrictions de santĂ© publique.
InspirĂ© des propos du professeur Gad Barzilai, un expert en droit, sociĂ©tĂ© et gouvernement, ancien doyen de la FacultĂ© de droit de l’UniversitĂ© de HaĂŻfa.





