L’agence Reuters l’a confirmĂ© ce 2 mai : Rafael Advanced Defense Systems et Volkswagen ont signĂ© un protocole d’accord (memorandum of understanding) portant sur le rachat par l’entreprise israĂ©lienne de l’usine Volkswagen d’OsnabrĂĽck, dans le nord de l’Allemagne. L’objectif annoncĂ© : y produire des composants du DĂ´me de Fer. Cette nouvelle, relayĂ©e par Walla Finance, lève en partie un voile sur une nĂ©gociation dont le Financial Times avait rapportĂ© l’existence voilĂ plusieurs mois. Elle soulève surtout une question centrale : Rafael prĂ©pare-t-elle un contrat de vente du DĂ´me de Fer Ă l’armĂ©e allemande ?
Une usine centenaire en quĂŞte de repreneur
L’usine d’OsnabrĂĽck a une histoire longue. FondĂ©e en 1901, elle a servi pendant des dĂ©cennies Ă la marque Karmann, spĂ©cialisĂ©e dans les cabriolets. Depuis les annĂ©es 1950, Volkswagen en Ă©tait le principal client, y faisant assembler les versions dĂ©capotables de la Coccinelle, de la Golf et d’autres modèles. En 2009, Karmann a fait faillite et Volkswagen a rachetĂ© le site, qui fabrique aujourd’hui le cabriolet du T-Roc. Mais le gĂ©ant automobile europĂ©en, confrontĂ© Ă une chute de ses ventes et de sa rentabilitĂ©, mène depuis plusieurs mois un vaste plan de restructuration incluant des fermetures de sites et une rĂ©duction de dizaines de milliers de postes. OsnabrĂĽck Ă©tait condamnĂ© Ă arrĂŞter la production du T-Roc cabriolet dès 2027. Les 2 300 employĂ©s du site attendaient de connaĂ®tre leur sort.
Des candidats au rachat s’Ă©taient dĂ©jĂ manifestĂ©s — l’industriel allemand Rheinmetall et le fabricant de camions MAN, tous deux intĂ©ressĂ©s par une reconversion militaire du site dans le contexte de la rĂ©armement europĂ©en accĂ©lĂ©rĂ© par la guerre en Ukraine. Les discussions s’Ă©taient soldĂ©es sans accord. C’est Rafael qui a finalement saisi l’opportunitĂ©.
Win-win ou annonce stratégique ?
Le dĂ©putĂ© allemand Bastian Ernst (CDU), qui a confirmĂ© Ă l’agence de presse DPA l’existence des nĂ©gociations, a rĂ©sumĂ© la situation avec franchise : « Ce sera une situation gagnant-gagnant. Nous aurons une expertise israĂ©lienne en Allemagne, et la sociĂ©tĂ© israĂ©lienne appartenant Ă l’État disposera d’un site de production qui n’est pas menacĂ© par les missiles. » La formule est rĂ©vĂ©latrice. Elle pointe vers deux logiques distinctes mais complĂ©mentaires.
La première est sĂ©curitaire : les usines de dĂ©fense israĂ©liennes sont exposĂ©es. Les missiles iraniens, les roquettes du Hezbollah — la guerre a rappelĂ© brutalement que le territoire israĂ©lien lui-mĂŞme n’est pas Ă l’abri. DĂ©localiser une partie de la production vers l’Allemagne, c’est crĂ©er une ligne de production de rechange, hors de portĂ©e des menaces balistiques. L’usine d’OsnabrĂĽck est Ă©galement Ă l’abri des Ă©ventuels embargos sur les matières premières que certains pays ont appliquĂ©s Ă l’industrie de dĂ©fense israĂ©lienne.
La seconde logique est commerciale et gĂ©opolitique. Rafael possède dĂ©jĂ plusieurs implantations europĂ©ennes : une usine Ă Kiel pour des radios militaires, une prĂ©sence en Grande-Bretagne, et surtout la filiale Dynamite Nobel Defense (DND) en Allemagne, qui produit les missiles antichar Spike pour les armĂ©es de l’OTAN. Produire localement est aujourd’hui une condition quasi systĂ©matique dans les grandes commandes militaires des pays membres — les gouvernements exigent un retour industriel sur leur territoire. Un site de production du DĂ´me de Fer en Allemagne faciliterait considĂ©rablement une Ă©ventuelle vente Ă la Bundeswehr.
Berlin, grand client des industries israéliennes
L’Allemagne est depuis plusieurs annĂ©es l’un des acheteurs les plus importants de matĂ©riel militaire israĂ©lien en Europe. Elle a acquis auprès de Rafael des pods de ciblage et des pods de guerre Ă©lectronique pour ses avions de combat, ainsi que le système de protection active Windbreaker (Trophy) pour ses chars. De l’industrie aĂ©rospatiale israĂ©lienne, elle a commandĂ© le système de dĂ©fense antimissile Arrow-3 (Hetz-3), des drones Heron TP, des radars et un sous-marin sans Ă©quipage. La question d’une acquisition du DĂ´me de Fer reste ouverte — Berlin s’y intĂ©resse depuis 2022, lorsque le chancelier Scholz avait Ă©voquĂ© publiquement cette possibilitĂ© dans le contexte de la menace russe.
Par ailleurs, aux États-Unis, Rafael et Raytheon exploitent dĂ©jĂ conjointement une ligne de production des intercepteurs Tamir du DĂ´me de Fer en Arkansas, dans le cadre d’une commande du Corps des Marines amĂ©ricain portant sur 2 000 unitĂ©s. Ces intercepteurs peuvent Ă©galement alimenter les forces israĂ©liennes grâce aux fonds de l’aide militaire amĂ©ricaine.
Rafael et Volkswagen ont toutes deux refusĂ© de commenter les informations de Reuters. Mais le signal est lĂ , lisible par tous ceux qui suivent le rĂ©armement de l’Europe occidentale : l’industrie de dĂ©fense israĂ©lienne prend position sur le continent, durablement.
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Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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