L’agression effroyable de la nonne à Jérusalem a déclenché une nouvelle tempête internationale

Les images sont courtes, mais elles frappent avec la force de l’évidence. Une nonne en habit blanc marche près du tombeau de David, sur le mont Sion à Jérusalem. Un homme surgit en courant, la pousse violemment au sol. Elle tombe. Il s’éloigne. Puis il revient. Et la frappe à nouveau, d’un coup de pied, avant de s’en prendre à un passant qui avait tenté d’intervenir. Les caméras de surveillance de la police israélienne ont tout capté. Ces images ont provoqué une onde de choc internationale, rallumant un débat que les communautés chrétiennes de Jérusalem portent depuis des années.

Une nonne française, un suspect arrêté

La victime est une religieuse française membre de l’École biblique et archéologique française de Jérusalem, établissement renommé installé depuis le XIXe siècle dans la Vieille Ville. Le directeur de l’institution, le père Olivier Poquillon, a remercié publiquement ceux qui étaient intervenus pour la secourir et a qualifié l’incident de manifestation d’un « venin de haine » qui représente « un défi commun ». La police israélienne a procédé à l’arrestation d’un suspect, et le réseau NBC News, qui couvrait l’affaire, a indiqué que la personne interpellée est soupçonnée d’avoir agi par motif raciste. Ni l’identité du suspect ni celle de la victime n’ont été rendues publiques. Des photos montrant les contusions visibles sur le visage de la nonne ont été diffusées par la police.

La Consulat général de France à Jérusalem a confirmé la nationalité française de la victime et signifié sa condamnation.

Gêne, ginuy, et l’ombre d’un malaise plus profond

La police israélienne et le ministère des Affaires étrangères ont tous deux condamné l’agression avec fermeté, réaffirmant la politique de « tolérance zéro pour tout acte de violence » contre les membres du clergé. Mais Wadi Abu Nassar, coordinateur du Forum des chrétiens en Terre Sainte, qui s’exprimait auprès de NBC, a nuancé ce tableau officiel. Pour lui, les agressions contre des chrétiens à Jérusalem sont devenues une tendance en hausse. Et la rapidité de réponse des autorités dans ce cas précis s’explique, selon lui, en grande partie par le fait que l’acte a été filmé. « Le problème central est l’absence d’effet dissuasif, a-t-il déclaré. Dans de nombreux cas, il n’y a pas d’arrestation, ou les suspects sont relâchés rapidement et les peines sont légères. »

Cette affaire intervient sur fond d’une série d’incidents récents qui ont chacun, à leur manière, mis en lumière une tension croissante autour des communautés chrétiennes dans la région. Le mois dernier, deux soldats de Tsahal avaient été démis de leur poste de combat après avoir été filmés en train de vandalisér une statue du Christ dans un village chrétien du sud du Liban — un incident qui avait lui aussi provoqué des condamnations du niveau politique et militaire en Israël. En mars, lors de la guerre contre l’Iran, l’interdiction totale d’accès aux lieux saints de Jérusalem avait entraîné l’impossibilité pour des dirigeants religieux chrétiens d’assister à la messe des Rameaux à l’église du Saint-Sépulcre — une polémique qui avait suscité des critiques internationales.

Abu Nassar et d’autres représentants des communautés chrétiennes plaident depuis des années pour une application plus cohérente et plus ferme de la loi face aux crimes à caractère idéologique commis contre des religieux ou des lieux de culte chrétiens à Jérusalem. Le fait qu’une agression filmée conduise à une arrestation rapide et à une indignation officielle, quand d’autres incidents similaires restent sans suite judiciaire, illustre selon eux une justice à deux vitesses qu’Israël doit impérativement corriger pour préserver sa crédibilité internationale et la confiance des millions de pèlerins et de résidents chrétiens sur sa terre.


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