La grande bataille du recrutement : le chef d’Ă©tat-major Zamir engage une nouvelle manĹ“uvre face aux rabbins

C’est un front que ne montrent ni les cartes militaires ni les communiquĂ©s du porte-parole de Tsahal, et pourtant il mobilise autant d’Ă©nergie que n’importe quelle opĂ©ration terrestre. La question du recrutement des ultra-orthodoxes dans l’armĂ©e israĂ©lienne s’est transformĂ©e en vĂ©ritable bras de fer institutionnel, avec d’un cĂ´tĂ© le chef d’Ă©tat-major Eyal Zamir, et de l’autre une partie de la direction rabbinique qui refuse de cĂ©der.

Ces dernières semaines, la tension a considĂ©rablement montĂ© d’un cran. Douze doyens de yeshivot hesdĂ©r — ces institutions qui combinent Ă©tude de la Torah et service militaire — ont annoncĂ© qu’ils cessaient d’envoyer leurs Ă©lèves dans les unitĂ©s blindĂ©es de Tsahal, en rĂ©action Ă  un pilote d’intĂ©gration de combattantes dans les chars. Pour l’Ă©tat-major, c’est une ligne rouge franchie : des rabbins civils qui conditionnent leur soutien au recrutement Ă  des dĂ©cisions sur l’organisation interne de l’armĂ©e.

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Des ordonnances historiques, une résistance persistante

En fĂ©vrier 2026, Tsahal avait pourtant franchi une Ă©tape jugĂ©e dĂ©cisive. Le chef d’Ă©tat-major Zamir avait signĂ© des ordonnances inĂ©dites rĂ©glementant pour la première fois de manière contraignante le service des soldats haredim. Trois filières distinctes ont Ă©tĂ© créées — « David », « Hèrev » et « Magen » — correspondant Ă  des niveaux croissants d’adaptation Ă  la pratique religieuse. Le principe directeur : « qui entre Haredi dans Tsahal, sort Haredi. » L’ambition Ă©tait claire — lever les blocages culturels et rabbiniques qui freinaient depuis des annĂ©es l’intĂ©gration des ultra-orthodoxes.

Ces ordonnances ont été élaborées au terme de deux années de négociations intenses entre les représentants du Rav David Leibel — figure rabbinique pro-recrutement — et les responsables de la direction des ressources humaines de Tsahal. Elles prévoient notamment une séparation stricte entre hommes et femmes dans les unités dédiées, des encadrements religieux adaptés, une cuisine casher contrôlée, et des commandants religieux à tous les échelons dans les filières les plus strictes. Un organe rabbinique externe, placé sous tutelle du ministère de la Défense, a par ailleurs été créé pour surveiller le respect de ces engagements.

Un contexte militaire qui rend l’enjeu vital

Derrière cette bataille institutionnelle se profile une rĂ©alitĂ© opĂ©rationnelle prĂ©occupante. Tsahal fait face Ă  un dĂ©ficit croissant de soldats : dĂ©jĂ  plus de 15 000 combattants manquent Ă  l’appel, un chiffre qui devrait gonfler d’environ 5 500 unitĂ©s supplĂ©mentaires dans un avenir proche avec la libĂ©ration de promotions de soldats ayant effectuĂ© des services allongĂ©s depuis le 7 octobre 2023. La seule rĂ©serve humaine disponible pour combler ce dĂ©ficit est la communautĂ© ultra-orthodoxe.

C’est dans ce contexte que la manĹ“uvre ouverte par Zamir face aux rabbins prend toute sa dimension stratĂ©gique. L’objectif n’est pas seulement politique ou symbolique — il est militairement urgent. L’armĂ©e a dĂ©jĂ  envoyĂ© des dizaines de milliers d’ordres de mobilisation Ă  des jeunes haredim au cours de l’annĂ©e Ă©coulĂ©e, avec pour horizon une base de 80 000 concernĂ©s potentiels. Mais sans l’aval des autoritĂ©s rabbiniques influentes, chaque convocation se heurte Ă  un mur d’obĂ©issance religieuse que les procĂ©dures lĂ©gales peinent Ă  contourner.

Tsahal se retrouve ainsi pris entre deux impératifs contradictoires : respecter la chaîne de commandement et ne laisser aucune autorité civile — rabbinique ou autre — dicter sa politique interne, tout en cherchant des accommodements qui rendraient le service militaire acceptable aux yeux des familles et des guides spirituels ultra-orthodoxes. La nouvelle manœuvre de Zamir semble précisément tenter de trouver un passage entre ces deux écueils.


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