Les photos et vidĂ©os qui ont circulĂ© après la libĂ©ration des quatre otages sauvĂ©s samedi de Gaza ont fait entendre des voix sur les rĂ©seaux sociaux qui ont assurĂ© qu’ils semblaient « meilleurs » que prĂ©vu après une longue pĂ©riode de captivitĂ©.
Meital Binyamin, nutritionniste clinicien Ă l’hĂ´pital Shiba de Tel Hashomer, qui les a reçus et soignĂ©s, a expliquĂ© dans une interview au portail israĂ©lien Walla pourquoi les apparences cachent la malnutrition et de graves carences dues aux conditions difficiles dans lesquelles ils vivaient, et a formulĂ© une demande : « Éliminez le mot « bon » du lexique lorsque vous en parlez. »
«Au dĂ©but, lorsqu’ils ont Ă©tĂ© kidnappĂ©s, ils sont littĂ©ralement morts de faim. Les conditions Ă©taient terribles. L’Organisation mondiale de la santĂ© fixe une norme minimale de sĂ©curitĂ© nutritionnelle, ce dont un ĂŞtre humain a besoin pour survivre. Au cours des premiers mois, ils n’ont reçu qu’un dixième de la quantitĂ© de calories et n’ont reçu aucune protĂ©ine. Deux repas par jour et du pain pita (pain arabe) et c’est tout », a-t-elle dĂ©clarĂ©.
« Ce qui arrive au corps dans une telle situation, c’est qu’il doit Ă©puiser les rĂ©serves disponibles : les muscles. Ă€ leur retour, ils Ă©taient très Ă©puisĂ©s au niveau musculaire. Il ne restait plus de muscles sur le corps, seulement de la peau lâche, tout Ă©tait mangé », a-t-il expliquĂ©.
Comme il l’a dit, « quand les gens perdent du poids très rapidement sans manger de protĂ©ines, voilĂ ce qui se passe : le corps digère le tissu musculaire ».
«Il est courant de considĂ©rer les muscles comme les bras et les jambes, mais ce sont aussi des organes internes comme le cĹ“ur, l’estomac et le diaphragme. Dans des conditions extrĂŞmes, le corps doit activer le cĹ“ur, le cerveau et le système respiratoire. « Ensuite, cela paralyse d’autres systèmes », a-t-il expliquĂ©.
« Après quelques mois, il y a eu une certaine amĂ©lioration des conditions nutritionnelles, par rapport Ă ce qu’ils recevaient auparavant », a-t-il indiquĂ©.
Mais mĂŞme dans ce cas, les conditions qui leur ont Ă©tĂ© imposĂ©es Ă©taient inhumaines. « Ils mangeaient environ un dixième ou un quart de ce qu’ils Ă©taient censĂ©s manger. De zĂ©ro protĂ©ine, ils sont passĂ©s Ă dix grammes de protĂ©ines, contre les cent nĂ©cessaires. C’étaient des gens jeunes, en bonne santĂ©, avec de la masse musculaire, des gens qui faisaient de l’exercice. Lorsque le corps a très faim et consomme un peu plus de calories, il les stocke sous forme de graisse et non de masse musculaire », explique Meital.
«Ce qui peut sembler un Ă©tat normal pour une personne qui ne meurt pas de faim est uniquement dĂ» Ă l’ajout de graisses. Mais les professionnels les voient sans vĂŞtements, ils les contrĂ´lent et ils voient que la situation est diffĂ©rente », a-t-il indiquĂ©.
« Ils ont tous perdu du poids », a-t-il expliqué. « Au début beaucoup, en moyenne entre dix et 12 kilos, et quand les conditions se sont améliorées, ils ont un peu augmenté. Aujourd’hui, ils pèsent trois à cinq kilos de moins que leur poids normal, mais ce qu’ils ont regagné, c’est de la graisse et non du muscle. Nous avons testé leur force musculaire et leurs résultats ont été médiocres même par rapport au minimum possible inscrit dans notre tableau », a déclaré la nutritionniste professionnelle.
Les parents d’AndreĂŻ Kozlov, par exemple, ont dĂ©clarĂ© qu’il avait essayĂ© de s’entraĂ®ner en captivitĂ©.
«C’Ă©tait peut-ĂŞtre bon pour l’esprit, mais Ă cause du manque de protĂ©ines, on ne pouvait pas dĂ©velopper ses muscles. Ils sont tous revenus sĂ©vèrement sous-alimentĂ©s selon toutes les catĂ©gories. Les consĂ©quences pourraient ĂŞtre des dommages aux organes internes ; il est probable que si la captivitĂ© avait durĂ© plus longtemps, nous aurions constatĂ© davantage de blessures, par exemple au niveau du muscle cardiaque et au niveau neurologique. NĂ©anmoins, lorsque la situation reviendra Ă la normale, des effets pourraient dĂ©jĂ se faire sentir sur les personnes en captivitĂ© en moins bonne santĂ©. « Je ne veux pas saper le moral ni causer de souffrance aux familles des personnes kidnappĂ©es qui sont toujours en captivitĂ© », a dĂ©clarĂ© Meital.
« Nous avons Ă©galement dĂ» complĂ©ter avec des renforts en vitamines et minĂ©raux », ajoute-t-il, « par exemple de la vitamine D, car ils n’Ă©taient pas exposĂ©s au soleil, de la vitamine B, responsable de l’activitĂ© cĂ©rĂ©brale. Il faut comprendre que l’apparence ne veut pas dire nutrition.
«Ils ne vont pas bien mentalement ou nutritionnellement. Ils auront besoin d’une longue rééducation, mais nous pensons qu’ils pourront recouvrer leur pleine santé », a-t-il dĂ©clarĂ©.
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