Marwan Barghouti libre, tout de suite. C’est la demande que portent aujourd’hui vingt stars de Marvel, et s’ils le disent, se dit-on, il doit bien y avoir une raison.
En attendant, retenons leurs noms. Ils ont rejoint la campagne « Freedom for Marwan » : Benedict Cumberbatch, connu pour Doctor Strange ; Mark Ruffalo, l’interprète de Hulk ; Tatiana Maslany, qui incarne She-Hulk ; Cate Blanchett, Hela dans Thor : Ragnarok ; Tilda Swinton, The Ancient One ; Don Cheadle, War Machine ; Daniel Brühl, Zemo dans Captain America ; Rebecca Hall, Maya Hansen dans Iron Man ; Zawe Ashton, Dar-Benn dans The Marvels ; May Calamawy, Layla dans Moon Knight ; Emma Corrin, Cassandra Nova dans Deadpool & Wolverine ; Kingsley Ben-Adir, Gravik dans Secret Invasion ; et Hugo Weaving, Red Skull dans Captain America. Autant de visages familiers, autant de films que chacun a pu voir un jour au cinéma.
Ces acteurs expriment une « grave préoccupation » pour le sort de Marwan Barghouti et condamnent des « traitements violents » ainsi qu’un « refus des droits légaux ». Ils ne s’adressent même pas directement au gouvernement israélien pour demander sa libération : ils en appellent à l’ONU et aux « gouvernements du monde », une formule qui, écrite avec des majuscules comme « Gouvernements du Monde », ne peut naître que d’une méconnaissance totale du fonctionnement réel du monde.
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Ce que l’on sait, et ce qui compte
Sur quelle base juger si la place de Marwan Barghouti est dans une cellule de prison israélienne ou s’il devrait au contraire être libre ? Tout le monde connaît le surnom qu’on lui donne, celui de « Mandela palestinien ». Tout le monde sait aussi qu’il se définit lui-même comme un « politique », par opposition à un « militant », et qu’il défend la solution à deux États. Alors libre, n’est-ce pas ? Non. Car ce n’est là qu’une partie de ce que l’on sait tous, y compris les stars d’Hollywood — la partie qui compte pour elles. Il existe une autre partie, connue de tous également, mais que certains choisissent de reléguer au second plan.
Marwan Barghouti est reconnu, sans l’ombre d’un doute, comme le chef qui a guidé la seconde intifada. Ce soulèvement a provoqué plus de 6 000 morts. Il a vu un recours massif aux attentats suicides, dirigés en priorité contre des civils, des transports en commun et des restaurants. Autre trait marquant de cette période : l’exploitation de femmes recrutées comme kamikazes. Ces faits sont connus, même s’ils ne sont pas répétés avec la même insistance que le surnom de « Mandela palestinien ». L’intifada a deux visages : l’un fait la une, l’autre reste rangé dans la catégorie de ce dont on préfère ne pas se souvenir.
Deux visages de l’intifada
Parmi ce qu’on préfère oublier : l’attentat qui a frappé un bus à Jérusalem le 18 mai 2003. Sept personnes y ont trouvé la mort, des dizaines d’autres ont été blessées, certaines grièvement. Quatre des victimes étaient des juifs originaires de Russie, une autre un citoyen israélien arabophone. Les auteurs de l’attaque n’avaient pas utilisé de billes métalliques cette fois, mais des clous, glissés dans la bombe.
Il y a aussi l’histoire de Thawiya Hamour, une jeune femme de 26 ans, arrêtée à Tulkarem alors qu’elle se dirigeait vers Jérusalem pour commettre un attentat suicide. Quatre mois plus tôt, un homme lui avait proposé le mariage, mais sa famille s’y était opposée : elle était destinée à un attentat suicide. Thawiya Hamour avait alors contacté des membres du Tanzim de Jaba et de Naplouse — l’organisation dont Marwan Barghouti est le chef incontesté —, qui l’avaient préparée à l’opération. Dans un appartement de Naplouse, on lui avait fixé une ceinture explosive et détaillé la façon de la faire exploser. Elle s’était finalement rétractée à la dernière minute, expliquant que ses commanditaires lui avaient ordonné de s’habiller de manière provocante, à la façon d’une femme israélienne, cheveux détachés, maquillage appuyé et pantalon moulant. Interrogée par des médias, elle avait déclaré : « Je n’avais pas peur. Je n’ai pas peur de mourir. Je suis allée pour des raisons personnelles. Cependant, je ne voulais pas arriver « là-haut » pour des raisons impures. Je ne voulais pas m’habiller de cette façon, parce que c’est contre ma religion. »
Il suffit de regarder les yeux de Thawiya Hamour, puis à nouveau le visage de Marwan Barghouti, et enfin celui des stars d’Hollywood qui portent aujourd’hui sa cause. Ce qui compte pour elles, semble-t-il, n’est ni le sort des victimes juives des intifadas ni celui des victimes arabes utilisées comme instruments — c’est leur propre image de personnes bonnes et compatissantes, brandie tout en réclamant la liberté d’un homme dont les mains restent associées au sang de victimes dont, au fond, elles ne savent rien.
Pour prolonger la réflexion sur le sort réservé à Marwan Barghouti dans les négociations en cours, notre article sur une source gouvernementale confirmant qu’il ne sera pas libéré apporte un éclairage complémentaire. Voir aussi notre couverture de l’accord sur la libération des otages, qui précise également que Marwan Barghouti ne fera pas partie des prisonniers libérés.






