La nouvelle équation : Trump et les Iraniens rient du « souffre-douleur » du Moyen-Orient | Avi Ashkenazi

La frappe de dimanche Ă  la mi-journĂ©e dans le quartier de la Dahiya Ă  Beyrouth Ă©tait, objectivement parlant, de faible envergure. Deux avions de chasse, quatre missiles, un appartement de quatre pièces avec deux expositions. Ă€ l’intĂ©rieur se trouvaient quelques symboles opĂ©rationnels et un officier de liaison de secteur du Hezbollah — rien de plus. Mais Avi Ashkenazi, analyste militaire senior de la chaĂ®ne 12, souligne que cette frappe limitĂ©e a suffi au Hezbollah et Ă  l’Iran pour faire jouer leurs muscles, prĂ©sentant l’affaire comme si « voilĂ , nous sommes les souverains au Liban, et mĂŞme les AmĂ©ricains s’alignent sur nous ».

C’est lĂ  que rĂ©side le cĹ“ur de l’analyse d’Ashkenazi : la frappe elle-mĂŞme n’est que le prĂ©texte. Ce qui importe, c’est la dynamique dans laquelle IsraĂ«l s’est lui-mĂŞme enfermĂ©.

Israel Hai - Toute l actualite israelienne en une seule application gratuite

IsraĂ«l, l’enfant qu’on gifle

La formule qu’emploie Ashkenazi est brutale mais dĂ©libĂ©rĂ©e. L’Ă©chelon politique israĂ©lien est devenu, selon lui, un « enfant qu’on gifle » — Ă  la fois des Iraniens et de Donald Trump. Trump, rappelĂ© par Fox News Ă  19h00 heure israĂ©lienne, a dĂ©clarĂ© sans dĂ©tour : « Un accord avec l’Iran sera signĂ© dans les prochaines heures. J’ai parlĂ© Ă  Netanyahu et je lui ai dit « mais qu’est-ce que tu fous ?! ». Je lui ai dit de ne plus frapper le Hezbollah pour ne pas compromettre les nĂ©gociations. Je demanderai Ă  l’Iran de ne pas tirer sur IsraĂ«l. »

La hiĂ©rarchie implicite dans cette dĂ©claration est Ă©loquente : Trump demande Ă  l’Iran de ne pas tirer sur IsraĂ«l comme on prie un voisin de ne pas taper chez le locataire d’en dessous. IsraĂ«l n’est plus dans l’Ă©quation en tant qu’acteur — il en est le problème.

Comment Israël a perdu la main

Ashkenazi remonte Ă  la source de ce dĂ©rapage. La Maison-Blanche abrite certes un prĂ©sident qui se prĂ©sente comme ami d’IsraĂ«l. Mais le vice-prĂ©sident James David Vance est, selon des sources de l’establishment sĂ©curitaire israĂ©lien, un homme qui porte une tout autre agenda. Convaincu que « l’AmĂ©rique passe d’abord », hostile aux aventures militaires en Iran et au Liban, c’est lui qui aurait pesĂ© pour stopper le combat. On lui attribue notamment le sabotage de l’activation des Kurdes qui devaient participer Ă  un changement de rĂ©gime en Iran. C’est lui qui pousse Trump Ă  « fermer le dossier iranien » — mĂŞme au prix d’un accord qui passe au-dessus de la tĂŞte d’IsraĂ«l.

IsraĂ«l, analyse Ashkenazi, n’a pas su lire les signaux. Il n’a pas compris les mĂ©canismes internes Ă  la Maison-Blanche, ni les dynamiques de l’opinion publique amĂ©ricaine. RĂ©sultat : IsraĂ«l a perdu toute influence sur les nĂ©gociations en cours entre Washington et TĂ©hĂ©ran — des nĂ©gociations portant prĂ©cisĂ©ment sur le programme nuclĂ©aire iranien, les missiles balistiques et le rĂ©seau de proxies, c’est-Ă -dire le plan de destruction d’IsraĂ«l. IsraĂ«l a Ă©tĂ© exclu de la conversation. « Personne ne le compte. IsraĂ«l est devenu l’enfant qu’on montre du doigt. Le paria auquel il est interdit de parler. »

La reconstruction de l’axe du mal, sous protection amĂ©ricaine

Ce qui inquiète le plus Ashkenazi dans cette configuration, c’est ce que l’Iran planifie sous ce parapluie diplomatique. TĂ©hĂ©ran a bien compris que le Hezbollah a ratĂ© le 7 octobre 2023. Il s’agit maintenant de rattraper le coup. L’Iran a l’intention de reconstruire le Hezbollah — et probablement le Hamas, les Houthis, et l’arsenal de missiles balistiques — sans qu’IsraĂ«l soit autorisĂ© Ă  perturber ce travail de reconstruction de force. Sous couverture amĂ©ricaine.

Face Ă  cela, la communication officielle israĂ©lienne après la frappe sur la Dahiya a sonnĂ© creux. Revendiquer une « rĂ©ponse mesurĂ©e et proportionnĂ©e » en rĂ©action Ă  des tirs de drones vers la GalilĂ©e au moment oĂą des enfants allaient Ă  l’Ă©cole, c’est, selon Ashkenazi, reconnaĂ®tre implicitement la souverainetĂ© de l’Iran sur le Liban. Ce n’est pas lĂ  la posture d’un État qui frappe parce qu’il a identifiĂ© une menace — c’est la posture d’un État qui s’excuse de l’avoir fait.

Avant le 28 fĂ©vrier, IsraĂ«l frappait partout oĂą il identifiait un danger : Gaza, toute la Syrie, l’Iran, le YĂ©men, et des centaines — peut-ĂŞtre des milliers — de fois au Liban. Ce temps-lĂ  est rĂ©volu. Et si IsraĂ«l veut rester un acteur au lieu de demeurer un souffre-douleur, il devra, selon Ashkenazi, briser les règles du jeu en vigueur — parce qu’il n’a de toute façon plus rien Ă  perdre.

Pour approfondir ces sujets connexes sur infos-israel.news :