L’agence de presse iranienne Fars, identifiĂ©e aux Gardiens de la rĂ©volution, a appelĂ© ce samedi Ă frapper le port de HaĂŻfa en IsraĂ«l ainsi que le port de Jebel Ali aux Émirats arabes unis, en rĂ©ponse Ă une frappe amĂ©ricaine visant un pont ferroviaire dans le nord de l’Iran. Parallèlement, le journal radical Kayhan a appelĂ© Ă tirer des missiles sur le pont du roi Fahd, qui relie l’Arabie saoudite au BahreĂŻn, ainsi qu’Ă frapper des raffineries de la rĂ©gion.
Fars est revenue sur la frappe visant le pont ferroviaire d’Aq Qala, situĂ© près de la ville d’Aqla dans la province de Golestan, la dĂ©crivant comme faisant partie d’une « guerre des corridors » — une lutte pour le contrĂ´le des voies de transport et de commerce stratĂ©giques de la rĂ©gion. « Nous devons frapper HaĂŻfa et Jebel Ali », a Ă©crit l’agence de presse.
Le journal Kayhan a publiĂ© sĂ©parĂ©ment un appel Ă frapper le pont du roi Fahd, voie de transport terrestre reliant l’Arabie saoudite au BahreĂŻn, ainsi que des raffineries dans les pays de la rĂ©gion. « Lorsque le pont d’Aqla est attaquĂ©, il faut frapper le pont du roi Fahd sans avertissement prĂ©alable », a Ă©crit le journal. « Si nos raffineries sont attaquĂ©es, il faut frapper leurs raffineries. »
Kayhan a Ă©galement affirmĂ© qu’il ne fallait pas considĂ©rer les pays hĂ©bergeant des forces amĂ©ricaines comme des acteurs indĂ©pendants dans le cas oĂą des attaques contre l’Iran seraient menĂ©es depuis leur territoire. Selon le journal, frapper ces pays Ă©quivaudrait Ă frapper les États-Unis et IsraĂ«l eux-mĂŞmes.
Des appels Ă l’unitĂ© doublĂ©s d’exigences de vengeance
Selon l’analyse du texte, le discours qui se dĂ©veloppe en Iran ne porte pas sur l’unitĂ© nĂ©cessaire pour rĂ©soudre les crises Ă©conomiques, sĂ©curitaires et diplomatiques qui s’aggravent dans le pays, mais sur une unitĂ© autour de la vengeance, de la rĂ©sistance et de l’obĂ©issance Ă la nouvelle direction. Les Gardiens de la rĂ©volution ont donnĂ© une expression explicite Ă ce message après les cĂ©rĂ©monies funĂ©raires organisĂ©es pour Khamenei en Iran et en Irak. Dans un communiquĂ© remerciant le public et les personnes ayant participĂ© Ă l’organisation des cĂ©rĂ©monies, les Gardiens de la rĂ©volution ont dĂ©crit les cortèges funĂ©raires comme une dĂ©monstration de loyautĂ©, d’unitĂ© et de rĂ©sistance.
Le communiquĂ© affirme que « la vengeance du sang » pour la mort de Khamenei et celle d’autres personnes est une « exigence certaine, lĂ©gitime et impossible Ă oublier ». Il y est Ă©galement affirmĂ© que le châtiment des « agents, commandants et soutiens » responsables de ces morts restera gravĂ© dans la mĂ©moire du monde islamique et de ce qui est appelĂ© le « front de la rĂ©sistance », jusqu’Ă ce que soit atteinte ce que les Gardiens de la rĂ©volution ont dĂ©fini comme la justice.
L’affrontement interne autour du dialogue avec les États-Unis
Parallèlement aux appels Ă la vengeance, des figures du camp radical en Iran se sont attaquĂ©es Ă des responsables impliquĂ©s dans les contacts diplomatiques avec les États-Unis. Selon l’agence de presse iranienne ILNA, la tension est perceptible depuis l’annonce du mĂ©morandum d’entente avec Washington, que les radicaux avaient rejetĂ© dès le dĂ©part en scandant des slogans tels que « nous n’acceptons pas cela ».
Lors des cĂ©rĂ©monies, des groupes dans la foule ont criĂ© « mort au compromis » et scandĂ© des slogans contre le prĂ©sident Pezeshkian, le ministre des Affaires Ă©trangères Araghchi et le prĂ©sident du Parlement Ghalibaf. Des vidĂ©os ont montrĂ© des scènes d’insultes dirigĂ©es contre le prĂ©sident. Dans une autre sĂ©quence, on voit des personnes jeter des pierres en direction du chef de la diplomatie Araghchi tout en le maudissant. Ces Ă©vĂ©nements ont suscitĂ© des rĂ©actions parmi les acteurs politiques et les mĂ©dias iraniens.
L’agence ILNA a averti qu’il est impossible de prĂ©server l’unitĂ© nationale par des insultes, des calomnies et la polarisation. L’agence a affirmĂ© qu’une partie des radicaux dĂ©passe le cadre de la critique politique et Ĺ“uvre Ă approfondir les fractures internes du pays.
Une unité tournée vers la vengeance
Un intervenant citĂ©, dĂ©signĂ© sous le nom de Jokar, a estimĂ© que les Iraniens doivent diriger leur colère contre les États-Unis, qu’il a qualifiĂ©s d’« AmĂ©rique criminelle », et veiller Ă ce que les responsables du « mal et du crime » commis rendent des comptes. Jokar a affirmĂ© que les cĂ©rĂ©monies funĂ©raires avaient dĂ©montrĂ© « la puissance et la force » de la nation et mis l’ennemi en colère. « Nous devons agir pour qu’il meure de cette colère », a-t-il dĂ©clarĂ©, ajoutant qu’il fallait venger « le sang des martyrs ».
Le mĂ©dia Iran International a relevĂ© que ces dĂ©clarations traduisent l’Ă©largissement du discours de vengeance, qui dĂ©passe dĂ©sormais la rĂ©ponse militaire pour englober des exigences portant sur une ligne idĂ©ologique, nuclĂ©aire et sĂ©curitaire plus dure. Ce climat se dĂ©ploie alors que les citoyens iraniens subissent les consĂ©quences de la reprise de l’affrontement, notamment la pression Ă©conomique, l’insĂ©curitĂ© et le risque d’une guerre plus large.
Sur ce dossier, notre rĂ©daction avait dĂ©jĂ rapportĂ© les menaces d’un ancien commandant des Gardiens de la rĂ©volution promettant de transformer Tel-Aviv et HaĂŻfa « en poudre », ainsi que le discours de Netanyahou revenant sur l’opĂ©ration « Rugissement du Lion » et les nĂ©gociations autour du dĂ©troit d’Ormuz.






