Le parquet gĂ©nĂ©ral de France a mis la pression sur le procureur Ă©conomique en chef, qui a menĂ© l’affaire des emplois fictifs sur Penelope Fillon. L’affaire s’est prĂ©sentĂ©e Ă un moment oĂą son mari, l’ancien Premier ministre François Fillon, Ă©tait candidat de droite Ă l’Ă©lection prĂ©sidentielle de 2017. L’Ă©pouse Ă©tait considĂ©rĂ©e comme son assistante parlementaire, mais elle Ă©tait Ă peine vue Ă l’AssemblĂ©e nationale.
Le scandale a Ă©clatĂ© quelques mois avant l’Ă©lection prĂ©sidentielle de mai et est devenu un facteur dĂ©cisif de la victoire d’Emanuel Macron. Une enquĂŞte pĂ©nale a Ă©tĂ© ouverte contre Fillon, populaire et, selon les sondages, il avait toutes les chances de devenir prĂ©sident de la RĂ©publique, et il a Ă©tĂ© contraint de retirer sa candidature. En consĂ©quence, Marine Le Pen et Emmanuel Macron ont atteint la finale – le rĂ©sultat Ă©tait prĂ©visible.
Ensuite, beaucoup ont Ă©tĂ© surpris par le dĂ©marrage inhabituellement rapide d’une enquĂŞte policière contre les conjoints de Fillon – l’Ă©tape de l’enquĂŞte prĂ©liminaire a Ă©tĂ© forcĂ©e, et la police l’a reprise presque immĂ©diatement après la publication de l’enquĂŞte journalistique dans le journal du Canard enchainĂ©. Fillon a alors dĂ©clarĂ© qu’il ne retirerait sa candidature qu’après le dĂ©but de l’audience officielle de la police, ce qui n’est arrivĂ© que 48 heures avant l’enregistrement des candidats.
La dĂ©cision de transfĂ©rer l’affaire Ă la police et les perquisitions dans la maison de Fillon ont Ă©tĂ© prises par la procureur financiere. Le 10 juin 2020, elle a fait exploser une «bombe» politique et juridique, dĂ©clarant Ă la commission parlementaire qu’elle avait Ă©tĂ© soumise Ă des pressions extrĂŞmes de la part du procureur gĂ©nĂ©ral. « Il Ă©tait très difficile de mener cette affaire sous la pression des journalistes », a dĂ©clarĂ© Le Point citant l’ancien procureur. – La presse peut encore ĂŞtre traitĂ©e. Mais il a Ă©tĂ© particulièrement difficile de rĂ©sister Ă la pression du procureur gĂ©nĂ©ral. »
Elle a dit qu’elle avait Ă©tĂ© convoquĂ©e au Bureau du Procureur gĂ©nĂ©ral et a demandĂ© que l’affaire soit renvoyĂ©e Ă la police pour enquĂŞte le plus tĂ´t possible. « Le contrĂ´le Ă©tait très serrĂ© et la pression Ă©tait très forte », a dĂ©clarĂ© Éliane Houlette. Elle a Ă©tĂ© nommĂ©e Ă un poste Ă©levĂ© avec la participation personnelle du prĂ©sident socialiste François Hollande, proche d’un membre Ă©minent du Parti socialiste, SĂ©golène Royal, ancienne Ă©pouse de Hollande.
Fait intĂ©ressant, Éliane Houlette a dĂ©jĂ fait ce tĂ©moignage pendant sa retraite. Mais en juin 2019, alors qu’elle Ă©tait encore procureure, elle a catĂ©goriquement niĂ© avoir subi des pressions de la part du procureur gĂ©nĂ©ral.
L’avocat de l’ancien procureure a dĂ©clarĂ© que ses aveux ne changeaient pas le fond : « La pression dont elle a parlĂ© ne concernait pas les faits portĂ©s par François Fillon et la validitĂ© des soupçons, mais des questions de nature purement procĂ©durale ». Entre-temps, c’est ce dernier qui a Ă©tĂ© dĂ©cisif dans l’opĂ©ration «d’Ă©limination de Fillon» dans un calendrier Ă©lectoral chargĂ©, selon ses partisans.
Les paroles de l’ancien procureure ont provoquĂ© de vives rĂ©actions de tous les cĂ´tĂ©s de l’arène politique. Le chef de l’extrĂŞme gauche, Jean-Luc Melanchon, a dĂ©clarĂ© que les rĂ©vĂ©lations du procureur « prouvent la nature politique de l’affaire Fillon ». «C’Ă©tait une opĂ©ration politique. « Ces viles astuces montrent que la Macronia est un digne hĂ©ritier de la Hollande. »
Marine Le Pen a appelĂ© « l’utilisation de la justice Ă des fins politiques ».
Le dĂ©putĂ© français Meir Habib a rĂ©pondu : « Fillon avait certainement le plus grand potentiel dans la course. La gauche française a rĂ©ussi Ă renverser le candidat de droite en quelques semaines. Certains voient cette similitude avec ce qui se passe dans d’autres pays du monde. »





