La ville qui a renversĂ© Netanya : l’incroyable revirement de la capitale israĂ©lienne du crime

Les jours de FĂ©lix Abutbol et de Riko Shirazi sont rĂ©volus. Aujourd’hui, il n’y a plus de « roi » dans les rues de la ville qui fut pendant des dĂ©cennies dĂ©finie comme la capitale du crime organisĂ© en IsraĂ«l. Les criminels de haut rang sont soit en fuite, soit derrière les barreaux, soit figĂ©s dans des conflits gelĂ©s avec leurs rivaux. Netanya a changĂ© de visage — mais les observateurs du milieu sont loin d’ĂŞtre rassurĂ©s.

C’est le constat que dressent plusieurs sources criminelles et avocats pĂ©nalistes interrogĂ©s par le journaliste Alon Hakmon de Maariv. La carte de la criminalitĂ© Ă  Netanya s’est transformĂ©e de façon radicale depuis l’affaire 512 et la chute de la famille Abutbol. « Il y a une Netanya d’avant l’affaire 512, et une Netanya d’après », rĂ©sume un avocat pĂ©naliste de premier rang. « Beaucoup de choses ont commencĂ© autour de la famille Abutbol. »

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Fugitifs, silences et querelles en veille

Une partie des criminels les plus en vue ont Ă©tĂ© arrĂŞtĂ©s et purgent des peines de prison. D’autres, selon des sources criminelles, « sont descendus dans la clandestinitĂ© » ou ont quittĂ© la ville, soit parce que la police leur « est assise sur le cou », soit en raison de conflits ouverts avec des rivaux — attendant de se rĂ©armer, de se renforcer, ou de conclure de nouvelles alliances.

Parmi les figures mentionnĂ©es, Gal Zoaretz serait en fuite. Baruch Bokel se retrouve dans l’ombre en raison d’un conflit de sang sĂ©rieux. Alik Ben, lui, n’est plus prĂ©sent Ă  Netanya depuis des annĂ©es, ayant par ailleurs effectuĂ© plusieurs sĂ©jours en prison ces dernières annĂ©es. Oural Ganish et Tsahi Ethiopi sont en prison dans le cadre d’une tentative de meurtre. « Il y a des joueurs dominants, mais ils ne sont pas dans le jeu en ce moment », explique un des avocats.

Un silence particulier entoure aussi la relation supposĂ©e entre Zoaretz et Matan Arbib, l’un des criminels les plus en vue de Hadera. Des sources criminelles affirment que les deux hommes, autrefois proches, seraient devenus rivaux — mais maintenant ils gardent leurs distances, sans actions visibles l’un contre l’autre. « Tout est calme pour l’instant. C’est une guerre en silence. Tu ne vois personne agir contre l’autre. Rien ne se passe — et dans ce monde, c’est bien pour l’instant. Mais demain ? Tout peut changer. »

La nouvelle menace venue du secteur arabe

L’une des tendances qui revient systĂ©matiquement dans les tĂ©moignages recueillis est l’entrĂ©e progressive de clans criminels du secteur arabe sur la scène de Netanya — un phĂ©nomène qui ne se produisait pas Ă  l’ère de la famille Abutbol, qui aurait selon les estimations bloquĂ© ces tentatives. Les organisations criminelles associĂ©es aux familles Jarouschi, Hariri et Karajah commencent Ă  se faire remarquer dans la ville.

Selon un informateur du milieu, « ils ont commencĂ© modestement. Les criminels locaux les ont introduits pour rĂ©gler des conflits entre eux, en guise d’arbitres. Mais lorsque les criminels locaux sont entrĂ©s en prison, ont disparu ou se sont figĂ©s, ces organisations criminelles ont continuĂ© Ă  opĂ©rer dans la ville. » Leurs activitĂ©s se concentreraient principalement sur l’extorsion d’entrepreneurs, la perception de droits de protection, des amendes internes et des arbitrages entre criminels.

Un autre avocat nuance toutefois le tableau : « Les Arabes ne peuvent pas prendre le contrôle de Netanya. Pour dominer une ville, un criminel a besoin aussi de la population normative. Netanya est une ville très sensible à ce sujet. Ils peuvent pénétrer dans des conflits et certains secteurs, mais pas devenir les maîtres de la ville. »

Netanya, plus calme qu’avant — mais Ă  quel prix ?

Le paradoxe de la situation actuelle est rĂ©sumĂ© par un observateur : « Ă€ Hadera, le risque de recevoir une balle perdue est plus Ă©levĂ© qu’Ă  Netanya. Ă€ Hadera, la police a complètement perdu le contrĂ´le. Ă€ Netanya, il y a beaucoup moins de criminalitĂ©. La police a fait ici un excellent travail. La stigmatisation criminelle qui pesait sur Netanya existe bien moins aujourd’hui. C’est Hadera qui est maintenant bien plus dominante. »

Le meurtre d’Omri Zoaretz reste une affaire non Ă©lucidĂ©e sur le plan judiciaire, mĂŞme si dans le milieu, selon plusieurs sources, « tout enfant de Netanya sait ce qui s’est passĂ© lĂ -bas. » Des rumeurs de rue lient ce meurtre Ă  celui de Shalo Dahan, intervenu peu après — une vendetta qui aurait clĂ´turĂ© le dossier par le sang, sans jamais passer devant un tribunal.

Netanya calme ? « Tant que le statu quo sera maintenu, je ne pense pas que ça explosera. Mais si quelqu’un veut afficher sa dominance, il devra planter ses jalons. Il n’y a pas aujourd’hui un gamin que tu pourrais pointer du doigt et dire qu’il est le prodige du crime. »

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